Le Canton de Neuchâtel a édité un guide pour harmoniser les systèmes de collecte dans les communes neuchâteloises. L’identification individuelle sera obligatoire dès janvier 2028. Un sacré défi à mettre en place pour certaines petites administrations.
Renforcer la qualité des biodéchets. C’est ce qu’espère favoriser l’État de Neuchâtel avec son guide édicté vendredi dernier. Le texte demande à toutes les Communes du canton de pouvoir identifier les personnes ou le conteneur au moment de jeter du compost. D’ici janvier 2028, les collectivités devront toutes répondre à cette exigence. « C’est le résultat d’une étude qui a été menée en 2025 sur la qualité des biodéchets dans le canton, qui a attiré notre attention », explique Julien Noyer, chef coordination et déchets au sein du Service de l’énergie et de l’environnement du Canton de Neuchâtel. Selon l’étude du Réseau Biodéchets Neuchâtelois, la qualité des déchets récoltés n’est pas satisfaisante. « Leur réutilisation pour nourrir les sols, pour l’agriculture par exemple, n’est pas optimale à cause de la présence de déchets indésirables », ajoute le responsable. Trop souvent, des matières non compostables se retrouvent dans les biodéchets, allant de mégots de cigarettes à des sacs poubelles. Une problématique constatée et partagée par la majorité des communes neuchâteloises, selon Julien Noyer.
Julien Noyer : « Il y a quelque chose qui peut être mis en place de manière simple. »
Aux Communes, maintenant d’appliquer ce règlement. À savoir que toute personne qui jette ses déchets verts ou qui détient un conteneur doit être identifiée, afin de limiter les abus. Pour ce faire, les autorités communales ont plusieurs possibilités. « Elles peuvent appliquer un système de ramassage au porte-à-porte, avec un conteneur identifiable par maison et par immeuble. Les plus petits territoires peuvent aussi garder leur système de benne collective et instaurer un système de carte pour contrôler l’accès au conteneur », ajoute le chef coordination et déchets. Pour accompagner les Communes dans ces changements, le Canton a mis en place une campagne de communication, mais aucune aide financière supplémentaire ne sera octroyée.
« Dans le respect de l’autonomie communale, chaque Commune va mettre en œuvre de la manière qu’elle le souhaite. »
La grosse machine cantonale impose, puis c’est aux petites administrations de se plier aux nouvelles exigences en un temps record ? « Non », répond Julien Noyer, qui maintient que les Communes ont été prises en compte et ont participé activement à l’élaboration de ces nouvelles règles.
Un impact inégal pour les Communes
La Grande Béroche, membre de l’Association des communes neuchâteloise, faisait partie du groupe de travail pour l’élaboration de ce guide. L’administration travaillait déjà depuis quelque temps à la refonte de son système de gestion des biodéchets. « Nous allions déjà dans le sens de ce que préconise aujourd’hui le Canton », explique Maxime Rognon, conseiller communal en charge des infrastructures, du tourisme et de l’économie. « Depuis la fusion, nous avions gardé un mode de fonctionnement propre à chaque village. Il est logique d’harmoniser le tout », ajoute-t-il.
Le Conseil communal a présenté un rapport en février de cette année proposant un ramassage au porte-à-porte avec conteneurs identifiables. « Notre législatif a souhaité que l’on mette en place une phase pilote d’une année pour tester ce fonctionnement », rappelle Maxime Rognon. Dans cette nouvelle réalité, il est donc probable que le projet pilote aboutisse, selon l’élu. Ce ramassage n’est pas obligatoire et est proposé gratuitement à la population. Il est compris dans la taxe déchets, explique le conseiller communal. Seul coût en plus pour les privés : l’achat du conteneur identifiable.
Maxime Rognon : « C’est aussi pour responsabiliser le propriétaire. »
Maxime Rognon ne le cache pas, mettre en œuvre ces directives est très complexe pour la Commune de la Grande Béroche. « C’est un travail important, mais nécessaire, car la qualité des biodéchets en dépend. »
À Lignières, les autorités n’ont pas été appelées à participer à l’élaboration des mesures cantonales. « Nous ne sommes pas tombés des nues », affirme l’administrateur communal, Stéphane Bianchini, qui précise avoir pris connaissance du guide. Pour l'instant aucune mesure n’a encore été mise en place. « Nous avons un système de ramassage au porte-à-porte une fois toutes les deux semaines l’été. En hiver, les habitants doivent se rendre dans les déchèteries », explique-t-il. « Nous allons voir comment y intégrer l’identification. Nous devons mener une grosse réflexion d’ici à 2028, c’est sûr. Et la question des coûts sera centrale, car les mesures peuvent avoir un impact sur la taxe déchets », détaille l’administrateur.
Pour certains, le Canton fait preuve de souplesse
« Nous n’avons pas la même accessibilité qu’en ville », explique Frosio Gian Carlo conseiller communal des Ponts-de-Martel, notamment en charge des déchets. Le passage au porte-à-porte n’est pas envisageable, mais la Commune possède sept récepteurs pour les biodéchets. « Un employé communal les vérifie toutes les deux semaines pendant le ramassage », détaille l’élu. Et de préciser que les incivilités liées aux biodéchets sont très rares. « Notre système est simple et peu coûteux et il apporte satisfaction. Nous ne souhaitons pas le changer », poursuit Frosio Gian Carlo. La Commune s’est alors munie d’une feuille de route pour détailler son mode de fonctionnement et prouver son efficacité au Canton. « La qualité de nos déchets est satisfaisante et nous pourrons donc garder notre manière de faire », explique le conseiller communal, qui se réjouit d’avoir pu faire cela en bonne intelligence avec les autorités cantonales.
L’application de ces nouvelles règles en matière de biodéchets est-elle alors circonstancielle ? « Si la Commune garantit une qualité de ses biodéchets et donne satisfaction, nous n’allons pas l’obliger à mettre des conteneurs devant chaque habitation », explique Julien Noyer, tout en précisant que le Canton peut revenir sur sa décision si la qualité des biodéchets devient mauvaise. Cette différence de traitement ne risque-t-elle pas de créer des tensions entre les Communes ? « Non, je pense qu’il faut voir comme une chance le fait de pouvoir entrer en discussion sur ces mesures », termine le chef coordination et déchets au sein du Service de l’énergie et de l’environnement. /crb








