Près de cinq mois après le piratage de leur maison mère, les centres de radiologie Iris du canton de Neuchâtel sortent la tête de l’eau. Le système de santé est du moins encore impacté. Une nouvelle plateforme de consultation des images a été mise en place.
Une cyberattaque dont se souviendra le système de santé du canton de Neuchâtel. Voilà bientôt cinq mois que le Groupe 3R, maison-mère des centres de radiologie Iris, a été victime d’une cyberattaque de grande ampleur. Aujourd’hui, les centres d’imagerie neuchâtelois appartenant au réseau romand retrouvent gentiment leur fonctionnement habituel. « Du point de vue de l’accès patient, la situation est quasiment normalisée », estime Alain Pellaton, codirecteur médical du Groupe 3R. « À l’interne, il nous reste encore plusieurs processus, de numérisation notamment, à compléter. Ce qui alourdit passablement le travail de notre personnel au secrétariat et dans le domaine technique », ajoute-t-il.
Pendant les six semaines qui ont suivi la cyberattaque, le système de transmission des images a cessé de fonctionner. Impossible alors pour les médecins de les consulter en ligne. « On est revenu au système des CD gravés, qu’on envoyait par la poste », explique le codirecteur médical du Réseau de radiologie romand, en ajoutant que les délais de réception des résultats pouvaient ainsi être plus longs : « Nous étions plus sur 72 heures que sur nos 24 à 48 heures habituelles ». Une partie des images provenant d’examens effectués avant avril 2026 n’a pas encore pu être récupérée. « Ces archives ne sont pas perdues, elles ont été cryptées et sont donc encore inaccessibles », explique Alain Pellaton.
Alain Pellaton: « On a bon espoir de pouvoir les décrypter. »
La perte d’examen peut être délicate, notamment pour les patients atteints de cancer. Dans ces cas, si les images servant de base comparative sont inaccessibles, le suivi du traitement peut être impacté. Dans certains cas, les patients ont dû refaire des images, aux frais du Groupe 3R.
« Dans le cas d’un suivi oncologique […] ça peut poser problème pour la suite. »
Cette problématique des archives inaccessibles est d’autant plus importante à Neuchâtel qu'ailleurs, car les centres de radiologie Iris représentent une part importante des capacités d’examen d’imagerie du canton. « Avec trois centres sur le territoire neuchâtelois nous avons un poids important », détaille Alain Pellaton et d’ajouter que cette situation a d’autant plus mis sous pression le système de santé neuchâtelois.
« L’accès à l’imagerie est beaucoup plus complexe que dans d’autres cantons. »
Une nouvelle plateforme à double identification
Depuis mi-août, le Groupe 3R a mis en ligne une nouvelle plateforme permettant aux médecins prescripteurs de consulter les examens de leurs patients. « Nous avons profité de cette page blanche pour reconstruire tous nos systèmes informatiques en rajoutant la sécurité nécessaire », confie Benoît Dufour, responsable projet et workflow du groupe.
Benoît Dufour : « En imagerie, on a souvent des accès uniques avec des codes. »
Pour les médecins prescripteurs, la seule chose qui change c’est donc le fait de devoir s’identifier pour accéder à la plateforme, assure le chef de projet, un processus qui nécessite un tout petit peu plus de temps qu’avant. Depuis la mise en ligne de la plateforme, plus de mille professionnels s’y sont déjà inscrits. « Pour les sensibiliser à ce nouvel outil, nous les avons avertis par mail, mais nous avons surtout formé notre personnel à l’interne afin qu’il puisse renseigner les professionnels en cas de besoin », ajoute Benoît Dufour.
Regagner la confiance des hôpitaux
Après cinq mois de crise, le Groupe 3R relève l’attitude compréhensive de la part des professionnels de la santé et des hôpitaux. « Personne ne veut vivre un piratage donc on a eu pas mal de soutien », explique Alain Pellaton, tout en confirmant que certains professionnels ont pris leurs distances avec les services du groupe, mais davantage pour des raisons pratiques que par méfiance. À présent, le Réseau de radiologie romand doit se reconnecter avec les hôpitaux des différents cantons au niveau informatique. Toutefois, le Groupe 3R doit désormais montrer patte blanche : « Ce n’est pas une tâche facile. Ce sont de longs processus qui varient entre chaque établissement en fonction de leurs exigences », termine le codirecteur. /crb









