Le Canton de Neuchâtel affiche un bénéfice de près de 10 millions de francs au budget 2027. (Photo d'archives : Bertrand Pfaff)
Le budget 2027 de l'Etat de Neuchâtel prévoit un bénéfice de 9,6 millions de francs, avec des charges de 2,66 milliards. La copie ne répond pas pleinement aux exigences du frein à l'endettement, en raison du maintien nécessaire d'un important volume d’investissements.
Après des années bénéficiaires, six de suite jusqu'en 2025, le budget 2027, bénéficiaire de près de 10 millions de francs, s'inscrit dans un « contexte économique et financier marqué par de fortes incertitudes », a indiqué mardi à Neuchâtel le Conseil d'Etat. Il a été élaboré avec « responsabilité et réalisme », a précisé Frédéric Mairy, président de l'exécutif.
Malgré d’importants efforts de maîtrise, les tendances relevées lors des exercices précédents continuent de peser sur les finances publiques, « avec des charges qui demeurent particulièrement dynamiques ». Notamment dans la santé, le social et la formation, où le canton dispose de marges de manœuvre très limitées.
Frédéric Mairy : « Pour 2030, on a des perspectives plus inquiétantes, notamment avec l’introduction d’Efas, un nouveau système de financement des soins. »
Mais le recours aux réserves du bilan, sollicité pour la deuxième année consécutive, avec la moitié utilisée « potentiellement », ne saurait constituer une « réponse durable », a averti la grande argentière Crystel Graf. Il permet d’atténuer en partie la pression financière et « d'accompagner le canton dans une phase délicate ».
Crystel Graf : « L’Etat fait le choix aujourd’hui d’investir de manière très importante. »
Arbitrages
L’enchaînement de prélèvements d'ampleur aura un « impact direct » sur la capacité à affronter de futures dégradations économiques. L'exécutif a fixé des « priorités claires » et renoncé à des demandes, l'objectif étant « de concilier rigueur financière et maintien des prestations, tout en préservant l’effort d’investissement ».
Ainsi, face à la vigueur des charges et la baisse des revenus de la péréquation financière (RPT), des arbitrages « admissibles » ont été nécessaires « pour préserver l'avenir », estime le gouvernement. Ils impliquent une « répartition des efforts », a noté Crystel Graf. Il y a déjà une baisse moyenne de 2% des subventions.
Crystel Graf : « La volonté, c’est de pouvoir traiter de manière pragmatique et constructive les différentes situations. »
Ensuite, le budget comprend une réduction de la participation des patients aux soins à domicile, la limitation des projets financés par le Fonds pour l'apprentissage (FAPP) et la suspension du rabais « énergie grise » de la taxe automobile et l'intégration du contentieux LAMal dans la facture sociale harmonisée.
Dérogation demandée
Le personnel devra se contenter de la moitié de l'indexation salariale, avec l'octroi toutefois de l'échelon annuel. Le Conseil d'Etat a dit « assumer pleinement » la nécessité de poursuivre les investissements. « Renoncer reviendrait à reporter des coûts financiers et structurels plus élevés sur les générations futures ».
Les députés neuchâtelois seront donc sollicités en vue d'une dérogation au frein à l’endettement, avec l'objectif de permettre l’adoption de ce « budget de transition », a insisté Crystel Graf. La dépense nette d’investissement de 205,8 millions de francs, un record, dépasse celle inscrite au budget 2026 de 52,2 millions.
Trois projets au budget 2027 sont gérés hors des critères du frein à l’endettement parce qu’ils sont d’intérêt cantonal majeur. Il s'agit du bâtiment Univers de l'Université de Neuchâtel (pour 16,5 millions), de l’augmentation du capital-actions de TransN (20 millions) et de la concrétisation du RER neuchâtelois (1,6 million).
Attente d'effets concrets
Six projets dépassent une tranche annuelle de 10 millions. Outre TransN et Univers, il y a le contournement est de La Chaux-de-Fonds (13,8), la réalisation du centre d’entretien routier des Montagnes (13,8), l’assainissement du patrimoine immobilier (deux crédits pour 17,7) et la construction du Centre archives et patrimoine (11,8).
Le degré d'autofinancement des investissements, qui s'élèvent à 157,7 millions sans les projets hors frein ni les prêts, atteint 45,6%, nettement en dessous des 80% requis. Pour réaliser ce taux, le budget devrait afficher un bénéfice de 54,3 millions ou réduire de 46 millions les investissements pour approcher une cible de 70%.
Pour la suite, le canton attend encore les « effets concrets » du programme d’optimisation, dont les mesures devront progressivement rétablir l’équilibre structurel, a rappelé Crystel Graf. L'exécutif a répété être « convaincu » que « c'est en travaillant de concert avec les partenaires qu’il sera possible de le retrouver durablement ».
L'Etat de Neuchâtel a inscrit un bénéfice de 57,6 millions en 2025, évoluant pour la sixième année consécutive dans les chiffres noirs. Le budget 2026 affiche lui un excédent de recettes de 16,95 millions.
Florence Nater : « Il y a une certaine cohérence à partager la facture entre Canton et Communes quand les personnes n’arrivent pas à payer. »
Un comité contre l'austérité réagit
Réagissant à « l'orientation problématique du budget 2027 », un comité contre l'austérité, composé de syndicats, associations et des partis politiques (POP, solidaritéS) s'est réactivé. « Face aux défis actuels, l’heure n’est pas aux économies, mais au développement des services publics et parapublics », a-t-il indiqué dans un communiqué.
« La plupart des services sont sous tension, certains sont proches de l’implosion quand d’autres peinent à assurer leur mission. Dans la santé, l’enseignement, le travail social ou encore la protection des mineurs, les salariés sont épuisés et les prestations à la population sont menacées », a précisé le comité. Ce dernier invite la population à manifester le 2 octobre contre l'austérité, la militarisation et pour le climat.
/ATS-bla








