Une enfant de neuf ans face à des actes d'ordre sexuel

Un jeune homme comparaît ce lundi devant le Tribunal criminel à Neuchâtel. Il est accusé de ...
Une enfant de neuf ans face à des actes d'ordre sexuel

Un jeune homme comparaît ce lundi devant le Tribunal criminel à Neuchâtel. Il est accusé de deux viols sur une enfant de neuf ans, d’actes d’ordre sexuel avec des enfants et de contrainte sexuelle. Il nie la plupart des faits.

Un homme doit répondre d'actes d'ordre sexuel avec des enfants ce lundi devant le Tribunal criminel qui siège à l'Hôtel de Ville de Neuchâtel. (Photo d'archives) Un homme doit répondre d'actes d'ordre sexuel avec des enfants ce lundi devant le Tribunal criminel qui siège à l'Hôtel de Ville de Neuchâtel. (Photo d'archives)

Un jeune homme de 18 ans a-t-il utilisé une enfant de neuf ans comme partenaire sexuelle ou les faits sont-ils bien moins graves ? C’est la question que la justice neuchâteloise est appelée à trancher ce lundi. Le prévenu, aujourd’hui âgé de 27 ans, doit répondre, devant le Tribunal criminel de Neuchâtel, de viol, d’actes d’ordre sexuel avec des enfants et de contrainte sexuelle. Deux versions s’affrontent et les preuves matérielles font défaut dans cette affaire. Pour le Ministère public, le prévenu a usé de son lien de confiance avec l’enfant qui lui avait été confiée par ses parents. « Il était chargé de veiller sur elle. Il était considéré comme un grand frère. Elle avait 9 ans. Il en avait 18 », a déclaré la procureure. Alors jeune adulte, il est accusé d’avoir contraint l’enfant à deux rapports sexuels complets entre 2017 et 2019. Selon l’acte d’accusation, il lui aurait également touché les parties intimes avec ses doigts et se serait masturbé à deux reprises en sa présence.


Le prévenu nie la majorité des faits

L’homme rejette en grande partie ces accusations. Il reconnaît uniquement des étreintes, ainsi que des câlins et admet avoir été surpris une fois par la victime en train de se masturber.

Pour le Ministère public, « la preuve de la culpabilité pourrait être impossible à apporter ». Les faits se sont déroulés à huis clos et plusieurs années se sont écoulées depuis. La victime a mis du temps à sortir de son silence, se confiant d’abord à sa sœur jumelle, qui ne la croit pas. Sa mère s’inquiète ensuite d’un comportement changeant, de troubles alimentaires et du sommeil. C’est d’ailleurs elle qui portera plainte et entraînera sa fille sur le terrain judiciaire, contre son gré.

Pour la procureure, le choix du silence appartient à la victime. « Est-ce que l’on sait, à neuf ans, ce qu’est la sexualité, la masturbation, une pénétration ? », a-t-elle déclaré. « C’est difficile d’expliquer l’inexplicable », a-t-elle ajouté, se demandant encore pourquoi la jeune fille se serait infligé une telle procédure si elle mentait. Pour le Ministère public, il y a toutefois des indices concrets qui corroborent les déclarations de la victime. La procureure s’appuie sur le témoignage de la sœur et d’un ami de confiance qui ont recueilli ses confidences. La partie plaignante met aussi en avant le contenu du journal intime tenu par celle qui est devenue adolescente et sur les rapports médicaux de ceux qui l’ont suivie. La jeune fille a dû être internée après une tentative de suicide. Elle souffre de dépression et vraisemblablement de stress post-traumatique, selon les conclusions du Centre Neuchâtelois de Psychiatrie (CNP) évoquées durant l’audience. Durant les débats, la jeune fille a, à plusieurs reprises, été prise de tremblements et a quitté la salle temporairement lorsque les faits reprochés ont été explicitement évoqués.


Le Ministère public requiert une peine ferme

Pour la procureure, le jeune homme a agi dans le seul but égoïste de se procurer du plaisir et de satisfaire ses pulsions. Le Ministère public requiert ainsi trois ans de prison, dont un an ferme, et l’interdiction à vie de tout contact avec des mineurs.

L’avocate de la plaignante s’est rangée derrière cet avis. « Une famille tout entière a été détruite », a-t-elle déclaré. La procureure a salué le courage de la jeune fille, présente dans la salle. Elle a décrit l’ascendant que le jeune homme exerçait sur la fillette. « Il en a profité », a-t-elle déclaré. L’avocate s’appuie aussi sur une série de messages que les deux protagonistes se sont envoyés en 2023, dans lesquels le prévenu fait part de sa honte : « J’ai envie de vomir. Ça va me poursuivre jusqu’au bout de ma vie », écrit-il. Le juge s’est étonné de tels propos pour les quelques étreintes et l’épisode de la masturbation admis par l’accusé. La partie plaignante y voit quant à elle des aveux, même si les faits dont il est question ne sont pas explicitement cités dans cet échange.


La défense plaide l’absence de preuves et le doute

L’avocat de la défense a quant à lui recouru aux écrits de Friedrich Dürrenmatt pour inviter les juges à ne pas prendre « une apparence de cohérence » pour la réalité. Il a évoqué une procédure en deux temps, qui s’était tout d’abord soldée par une ordonnance de classement, avant que de nouveaux éléments conduisent à l’acte d’accusation qui occupe la justice ce lundi. « Le dossier s’est épaissi, mais s’est-il renforcé ? », s’est-il demandé. À ses yeux, la cause de la souffrance de la jeune fille n’a pas pu clairement être identifiée. Il estime par ailleurs que le journal intime a été écrit par une intelligence artificielle et qu’il ne constitue pas une base fiable de souvenirs. La défense a aussi remis en doute les différents témoignages des proches. Selon lui, les scènes de viols sont à peine décrites. « On ne sait pas ce qui passé avant et après, et dans quel lieu exactement », a-t-il argumenté. L’avocat a lui aussi évoqué le nombre d’années écoulées depuis les faits reprochés.

Pour la défense, la honte mentionnée par le prévenu dans l’échange de messages datant de 2023 est à mettre en lien avec les épisodes de masturbation. « Mon client a eu honte de sa sexualité envahissante », a-t-il dit. L’accusé a admis qu’à cette époque, il ressentait le besoin de se masturber plusieurs fois par jour, même sur son lieu de travail. « Ces excuses ne sont pas un aveu de viols », a ajouté l’avocat. À ses yeux, son client n’a pas cherché à mêler la partie plaignante à ses agissements : « Il s’est éloigné, elle l’a rejoint et l’a surpris ». L’accusé souffre aussi de cette affaire, selon la défense. Il a perdu son travail en raison de cette procédure et se retrouve isolé socialement. L’homme a aussi été passé à tabac à une occasion au centre-ville de Neuchâtel. Selon lui, ce sont les amis de la victime qui sont à l’origine des coups », mais selon la police, les auteurs n’ont pas pu être identifiés.

Pour l’avocat de la défense, le manque de preuves et les doutes trop nombreux doivent profiter à son client, pour qui il demande l’acquittement. Dans sa dernière prise de parole, le prévenu a déclaré : « Je ne suis ni un violeur, ni un pédophile et je ne le serai jamais. »

Le verdict est attendu dans le milieu de ce lundi après-midi. /sbm


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