Un forum pour décortiquer les enjeux en matière d’intégration

Quelle place la Suisse accorde-t-elle aux personnes issues de la migration ? C’est l’une des ...
Un forum pour décortiquer les enjeux en matière d’intégration

Quelle place la Suisse accorde-t-elle aux personnes issues de la migration ? C’est l’une des questions débattues à l’occasion de l’Appel de Neuchâtel 2026, un événement qui se tient jusqu’à samedi à Neuchâtel.

Le public était convié à l'aula Unimail à Neuchâtel ce vendredi à l'occasion du Forum cantonal pour l'intégration. Le public était convié à l'aula Unimail à Neuchâtel ce vendredi à l'occasion du Forum cantonal pour l'intégration.

« Affirmer la diversité pour construire la Suisse de demain ». Voilà la thématique retenue pour le Forum cantonal consacré à l’intégration qui se tient vendredi et samedi à Neuchâtel. Des conférences, des ateliers et des activités culturelles sont au programme de cet « Appel de Neuchâtel 2026 ». Porté par la FENECI, la Fédération des immigrés du canton de Neuchâtel, cet événement a pour objectif d’explorer les enjeux liés à l’intégration de la population étrangère, à la participation citoyenne ou encore à la cohésion sociale.

L’ancien conseiller communal en Ville de Neuchâtel Thomas Facchinetti a rappelé que le Canton de Neuchâtel était pionnier en matière de politique d’intégration, ainsi que de droits de vote et d’éligibilité des étrangers. La « Loi sur l'intégration et la cohésion multiculturelle » date de 1996. Il a par exemple fallu attendre 2007 « pour que le Canton de Vaud ne se mêle d’intégration », a expliqué Amina Benkais, du Bureau cantonal vaudois pour l'intégration des étrangers et la prévention du racisme. Auparavant, c’est avant tout les Communes et le tissu associatif qui se chargeaient de cette question, a-t-elle précisé à la tribune.

Parmi les conférenciers figurait également Gianni D’Amato, professeur en études de la migration et de la citoyenneté à l’Université de Neuchâtel. Celui qui est aussi directeur du Pôle de recherche national nccr – on the move a évoqué la tension qui existe en Suisse entre les besoins de l’économie et la vision politique en matière d’immigration. La Suisse a toujours eu besoin de la main-d’œuvre étrangère pour assurer sa prospérité, mais peine à accepter cette immigration sur le plan politique et civique, selon le professeur.

Gianni D’Amato : « C’est l’économie qui fait venir les gens. Ce n’est pas les frontières qui sont ouvertes. »

Gianni D’Amato a notamment évoqué le statut de saisonnier qui s’est appliqué entre autres aux travailleurs italiens après la Seconde Guerre mondiale, à qui toute forme de vie familiale était refusée en Suisse. À ses yeux, l’immigration doit aujourd’hui être pensée aussi sous l’angle de la mobilité, avec des personnes qui s’installent dans le pays pour quelques années seulement, poursuivent leur trajectoire ailleurs et reviennent ensuite. « Il y a cette nouvelle réalité », dit-il, avec des flux plus complexes, que le Pôle de recherche national nccr – on the move s’attelle à étudier.

Aujourd’hui, cette tension entre les besoins de l’économie et la vision politique persiste en matière d’immigration. Gianni D’Amato a évoqué les défis que cela représente en termes d’infrastructures telles que les logements ou les transports publics ; autant de thématiques qui ont largement résonné lors de la campagne en lien avec l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions », refusée par le peuple le 14 juin.

Pour le professeur de l’Université de Neuchâtel, la Suisse va devoir réfléchir à « comment gérer les conséquences d’une société cosmopolite », tout en repensant la citoyenneté. Gianni D’Amato a donné l’exemple d’une personne issue de la migration, qui travaille depuis 20 ans sur sol suisse, qui a fondé une famille, dont les enfants vont à l’école, mais qui continue d’être considérée comme politiquement extérieure et dénuée de certains droits.

Gianni D'Amato, professeur en études de la migration et de la citoyenneté à l’Université de Neuchâtel et directeur du Pôle de recherche national nccr – on the move. Gianni D'Amato, professeur en études de la migration et de la citoyenneté à l’Université de Neuchâtel et directeur du Pôle de recherche national nccr – on the move.

« C’est important de voir […] comment est-ce qu’on peut rester attractif comme Suisse pour maintenir ces gens et offrir un futur dans ce pays, un futur qui est mérité par tout le monde. »

Ces questionnements sont d’autant plus importants selon lui au vu des défis démographiques auxquels la Suisse doit faire face avec une population vieillissante. « Il va falloir réfléchir à attirer des actifs », a-t-il conclu. /sbm


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