La Maison de santé de Médecins du monde fête ce vendredi ses dix ans d’existence dans la Métropole horlogère. L’occasion de se projeter sur l’avenir de cette porte d’entrée du système sanitaire pour les requérants d’asile et sans-papiers.
La Maison de santé de Médecins du monde fête ses dix ans d’existence ce vendredi à La Chaux-de-Fonds, dans ses discrets locaux d’Espacité 5. C’est une porte d’entrée du système sanitaire pour les requérants d’asile et sans-papiers. Environ 1300 consultations y ont lieu chaque année pour des bilans de santé, des soins infirmiers ou une orientation dans le réseau de soins neuchâtelois. Les sept postes de travail fixes, dont quatre d’infirmières, sont largement financés par le Canton de Neuchâtel, à hauteur de 400'000 francs par an.
La Maison de santé est née du regroupement des consultations infirmières, menées d’une part dans les centres de requérants du Canton de Neuchâtel et d’autre part pour les sans-papiers. « Les infirmières de Médecins du monde devaient faire 30 consultations dans un abri PC à Couvet, elles devaient même négocier l’accès à un bureau », se souvient Claude-François Robert. C’est donc lui, l’ancien médecin cantonal, qui a amorcé le changement.
« La Maison de santé a joué un rôle important pendant le Covid, en appui. Elle a su s’adapter lors de la crise des réfugiés ukrainiens. Il y a tout un apprentissage, des compétences infirmières en communication transculturelle qu’on ne trouve pas aux urgences de l’hôpital ou ailleurs », assure Claude-François Robert.
Une inspiration pour le système de santé neuchâtelois ?
L'expert va plus loin : « Il y a des inquiétudes sur notre système de santé en général, avec des difficultés d’accès économique, des franchises qui augmentent, tout le monde peut être touché. Une première ligne infirmière peut être utile pour des requérants d’asile, mais aussi ailleurs dans notre système de santé, pour de l’écoute, du tri, des soins spécialisés. Donc ce dispositif peut nous apprendre à transformer le système de santé neuchâtelois », estime Claude-François Robert.
Claude-François Robert : « Ce n'est pas un dispositif 'pour ces pauvres requérants'. Il peut nous apprendre à transformer le système de santé neuchâtelois. »
A la Maison de santé, « on a commencé très petit, avec l’idée de se débrouiller, de trouver des solutions, de monter des réseaux. Et petit à petit, on se professionnalise. On a commencé à se former en évaluation clinique, pour faire du tri infirmier plus pointu. On collabore avec des médecins, on peut faire certaines choses sur délégation, mêmes quelques prescriptions », témoigne Stéphanie Emonet, infirmière présente dès le début de l’aventure.
A l’avenir, la soignante verrait bien la Maison de santé offrir « encore plus d’accès à des psychologues », un meilleur « suivi individuel et communautaire ». Elle cite comme modèle le système lausannois, où l’association Appartenances qui s’occupe des personnes migrantes a mis « plein de choses en place. Quand les gens vont bien, ils s’épanouissent et ils s’intègrent », plaide-t-elle.
Stéphanie Emonet : « On a commencé très petit. Mais petit à petit, on se professionnalise. »
Humainement, Stéphanie Emonet apprend beaucoup dans son travail : « Quand vous avez en face de vous quelqu’un qui était à Gaza, ou qui a traversé la Méditerranée, ou qui a été dans la guerre en Ukraine, et qui malgré ça, arrive à sourire, à s’inquiéter encore pour les autres, je me demande qui à apprendre de qui… Moi, je dis que nos patients sont nos maîtres », confie l’infirmière. /vco









