Du vert qui n’efface pas les effets de la sécheresse

Les pluies tombées récemment ont redonné un peu de vigueur à la végétation, mais le manque ...
Du vert qui n’efface pas les effets de la sécheresse

Les pluies tombées récemment ont redonné un peu de vigueur à la végétation, mais le manque d’eau continue de se faire ressentir. Le Jardin botanique de Neuchâtel s’attelle à documenter ces phénomènes depuis 2022.

Le directeur du Jardin botanique de Neuchâtel, Blaise Mulhauser, tient entre ses mains une branche de tilleul qui a fait un deuxième feuillage en cette fin d'été. Le directeur du Jardin botanique de Neuchâtel, Blaise Mulhauser, tient entre ses mains une branche de tilleul qui a fait un deuxième feuillage en cette fin d'été.

Le vert regagne du terrain dans les paysages de la région. Les quelques averses et orages qui ont arrosé le canton de Neuchâtel ces dernières semaines ont permis à la végétation de retrouver un peu de vigueur, mais les effets de la sécheresse ne sont pas effacés pour autant.

Depuis 2022, le Jardin botanique de Neuchâtel documente les effets du manque d’eau sur la végétation. Une cinquantaine de photos est réalisée chaque année par drone dans un secteur déterminé de forêt de l’institution. Il s’agit d’une zone de « 700 mètres de long sur une centaine de large », précise Blaise Mulhauser, directeur du Jardin botanique de Neuchâtel. Il apparaît que certains arbres ont développé pour stratégie de refaire un deuxième feuillage à la fin de l’été. Le suivi se fait à trois dates précises : au 1er septembre, au 1er novembre et au 1er décembre. Blaise Mulhauser explique que le début du mois de septembre est une période charnière. Les pluies de fin d’été se produisent généralement entre la mi-août et la mi-septembre. « C’est une bonne date pour voir, soit si des arbres ont déjà commencé à refaire des feuilles, soit pour voir les dégâts de la sécheresse avec des arbres qui n’ont plus de feuilles du tout », indique le directeur. Début novembre, les arbres qui ont gardé leurs feuilles se parent d’orange et de rouge, tandis que ceux qui ont développé un deuxième feuillage restent verts. Il en va de même début décembre, quand les autres arbres ont perdu leur feuillage.

Blaise Mulhauser : « En décembre, normalement, il n’y a plus de feuilles du tout sur les arbres et on a ces individus qui sont encore verts. »

Les pluies de fin d’été jouent un rôle essentiel dans la survie de la végétation, après ces épisodes récurrents de sécheresse. « Ça va mieux sur le moment, mais ce n’est pas encore gagné », précise Blaise Muhlauser, qui évoque des arbres « très affaiblis ».

« On est plutôt dans une stratégie de survie. »

Le directeur du Jardin botanique s’interroge : « Est-ce que les arbres vont trouver une autre manière de fonctionner, un autre rythme durant l’année et passer le cap de cette détresse en lien avec le manque d’eau pour réussir à adopter un mode de vie plus proche des arbres de Méditerranée ? »


Des feuilles brûlées par le soleil

Selon lui, cet été 2026 a aussi été marqué par un autre phénomène : le fort rayonnement du soleil a brûlé certaines feuilles. Face à cela, certains arbres méditerranéens adoptent des pigments qui portent davantage sur le vert foncé pour se protéger, explique Blaise Mulhauser. Certains lauriers enrobent quant à eux leurs feuilles de cire pour les prémunir contre les rayons du soleil. Pour le directeur du Jardin botanique de Neuchâtel, il faut s’attendre à voir le paysage radicalement se transformer, notamment sur le pied sud du Jura. Blaise Mulhauser va jusqu’à parler de « Méditerranéisation » de la végétation locale. « Au-dessus de Neuchâtel, on a la plupart des forêts qui sont installées sur des dalles calcaires, avec très, très peu de sol. Je pense que c’est dans ces zones-là qu’on va voir disparaître les arbres petit à petit ».

Certaines feuilles ont brûlé sous l'effet des rayons du soleil cet été. Ici, un arbre au caramel, originaire du Japon et installé au Jardin botanique de Neuchâtel. Certaines feuilles ont brûlé sous l'effet des rayons du soleil cet été. Ici, un arbre au caramel, originaire du Japon et installé au Jardin botanique de Neuchâtel.

« La sécheresse va très vite affecter des arbres qui poussent sur des sols superficiels. »

Quoi qu’il en soit, « l’équilibre est très fragile », conclut Blaise Mulhauser. /sbm


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