Les champignonneurs ne trouvent ni bolets, ni chanterelles cet été. La faute à la sécheresse qui met à mal la biomasse et le mycélium présents dans les sols. S’il ne pleut pas d’ici septembre, l’abondance des champignons cet automne sera impactée.
La saison des champignons se présente mal. Dans les forêts du canton de Neuchâtel cet été, ils sont quasiment introuvables. Les chanterelles ou autres bolets d’été, pour les plus connus, n’ont pas proliféré à cause de la sécheresse qui frappe notre région. « Tous les champignons ont besoin d’eau pour pousser », rappelle François Freléchoux, président technique de la Société de mycologie des Montagnes neuchâteloises (SMMN), alors qu’il se balade sur le sentier de la forêt d’Engollon. « Normalement, on doit porter des bottes quand on se promène ici à cause des sols qui sont très humides », plaisante ce passionné de mycologie. « Cet été on peut sans problème venir en petite basquette tellement la terre est sèche. » Après quelques pas sur le chemin, le constat est frappant pour cet habitué de la forêt : « On ne voit que très peu de champignons », explique-t-il. C’est le mycélium, c’est-à-dire la partie de l’organisme qui est sous terre, qui est mis à mal par le sec. Avec le manque d’eau, il ne se développe pas et donc les champignons dits « mycorhiziques » ne poussent pas.
François Freléchoux : « Cette année, par le manque de pluie, les champignons sont fragilisés. »
Quelques champignons arrivent tout de même à pousser malgré la sécheresse. Il s’agit d’espèces dites « saprophytes », qui désagrègent le bois. « On les trouve sur les troncs et les souches en décomposition », développe François Freléchoux. Des zones qui restent humides plus longtemps que le sol, et donc moins impactées par la sécheresse. « Elles trouvent assez d’eau pour fructifier », ajoute-t-il.
Une saison incertaine cet automne
L’impact à long terme de la sécheresse est difficile à prévoir, selon le président technique de la SMMN : « Certainement que ce mycélium diminue peut-être de moitié, ou plus... on ne sait pas. » Si la sécheresse se poursuit jusqu’à l'automne, les champignons se feront donc plus rares dans nos forêts. Mais tout n’est pas perdu, selon François Freléchoux : « Il suffit de deux semaines de pluie pour que le mycélium se multiplie à nouveau très rapidement », rassure-t-il.
« On fera le point à la mi-janvier. »
D’après le mycologue, trois ou quatre épisodes de pluies, apportant chacun entre 20 et 30 millimètres d’eau, suffiraient à relancer la prolifération. Mais pour le moment, l’expérience ne permet pas de pouvoir prédire l’impact de cette sécheresse à long terme sur les champignons. « Ce qu’il se passe sous-terre, c’est la boîte noire », précise François Freléchoux. Cependant, si ces épisodes de sécheresse se répètent, les spécialistes pourront mieux appréhender les conséquences.
Un écosystème important pour la forêt
Au-delà de ces conséquences pour la récolte cet automne, le sec pose surtout des problèmes pour l’écosystème. Certaines espèces, en particulier les « mycorhiziques », sont indispensables aux arbres de nos forêts.
« Ces champignons sont très importants pour les arbres. »
François Freléchoux ne cache pas son inquiétude quant à l’avenir des champignons dans les forêts neuchâteloises. De plus que ces organismes ne sont pas les mieux connus. « On travaille pour ça. On a terminé l’année passée une nouvelle liste rouge des espèces de champignons qui sont les plus sensibles aux problématiques comme la sécheresse par exemple », détaille-t-il. Les problèmes écologiques liés au réchauffement climatique sont nombreux, relève encore le président technique de la SMMN. « C’est un souci parmi tant d’autres quand on parle de biodiversité », termine le mycologue. /crb









