La betterave et ses producteurs mis à mal

Alors que la récolte de betteraves sucrières approche, les betteraviers sont inquiets. Entre ...
La betterave et ses producteurs mis à mal

Alors que la récolte de betteraves sucrières approche, les betteraviers sont inquiets. Entre sécheresse et insectes ravageurs, les rendements sont fortement impactés cette année. Témoignage d’un agriculteur neuchâtelois qui remet en question sa production.

Producteur de betterave sucrière à Saint-Aubin, Dominique Mori constate les dégâts de la sécheresse et des parasites dans son champ. Producteur de betterave sucrière à Saint-Aubin, Dominique Mori constate les dégâts de la sécheresse et des parasites dans son champ.

Les fortes chaleurs font suer les producteurs de betterave sucrière. Cette culture est emblématique et même stratégique en Suisse. Mais avec les canicules à répétition depuis le début de l’été, les betteraviers craignent pour leurs plantations. En plus de restreindre le développement de la betterave, la sécheresse affaiblit grandement la plante qui ne peut plus se défendre face aux parasites. Parmi les différents nuisibles se trouve le charançon. Ce petit coléoptère se nourrit et loge dans la racine, où il pond aussi ses larves.

Dominique Mori est agriculteur dans les hauts de Saint-Aubin. Depuis 2021, il s’est essayé à la cultivation de betterave sucrière. Une odyssée semée d’embuches entre grêle, sécheresse et insectes ravageurs. Il consacre aujourd’hui un hectare et demi à la plante. Une minorité par rapport à sa production de fourrage. Malgré tout, cette année s’annonce particulièrement difficile pour lui. Son champ de betterave est presque plat, alors qu’à ce moment de l’année, le feuillage devrait être haut de 30 à 40 centimètres. « Les feuilles blanches ont été desséchées à cause de la chaleur. Et les feuilles brunes sont celles qui ont été attaquées par l’insecte, ce qui a fait que la racine est morte » précise l’agriculteur.

Dominique Mori : « Toute la plante est affaiblie. »

Le rendement peut normalement atteindre 80 tonnes par hectare selon les sols. Dans le domaine de Dominique Mori, ils sont « assez légers et ne tiennent donc pas beaucoup l’humidité ». Ce n’est pas forcément favorable pour la betterave, mais lors d’années normales et pluvieuses, il peut atteindre de 40 à 50 tonnes par hectare. Cette année en revanche, en plus d’une récolte avancée de force, il projette un rendement entre 10 et 20 tonnes par hectare « si tout va bien ». Ce chiffre lui fait remettre en question la production même de betterave.


Un double problème qui questionne la production

La situation a toutefois des solutions – en demi-teinte. Contre la sécheresse, Dominique Mori explique que simplement arroser est « très difficile, laborieux et coûteux ». Et contre les parasites, des insecticides peuvent être efficaces, notamment contre les cicadelles. Le charançon est plus difficile à combattre, car il pond rapidement ses œufs dans la racine et une fois que c’est fait, « zéro insecticide n’arrive à pénétrer dedans ». Cette année, l’agriculteur se résigne donc à garder la solution de l’assurance. Mais elle ne couvre que les dégâts causés par la chaleur et non pas par les insectes. « L’année prochaine, si on a une année normale, question pluviométrie, et que le charançon est là, je n’aurai pas d’assurance » s’inquiète Dominique Mori.

« On va voir ce qu’on arrive à tirer de cette parcelle, mais ce n’est pas dit qu’on en remette l’année prochaine. »

Les betteraves sont ravagées par le charançon et finiront par pourrir. Même constat sur la totalité du champ sec de Dominique Mori. Les betteraves sont ravagées par le charançon et finiront par pourrir. Même constat sur la totalité du champ sec de Dominique Mori.

Des réflexions globales sont donc nécessaires afin de préserver la production de betterave sucrière en Suisse. Quant à Dominique Mori, il pourrait bien se concentrer sur sa production principale, elle aussi affectée par les fortes chaleurs. /ewa


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