Locarno lâche ses Léopards

La 79e édition du Festival international du film de Locarno s’achève samedi soir. Entre coups ...
Locarno lâche ses Léopards

La 79e édition du Festival international du film de Locarno s’achève samedi soir. Entre coups de cœurs, politique et cinéma suisse, nous revenons sur la manifestation avec notre consultant cinéma, Vincent Adatte.

Le Festival du film de Locarno s'achève samedi soir avec une ultime projection sur la Piazza Grande. (Photo : KEYSTONE/Jean-Christophe Bott) Le Festival du film de Locarno s'achève samedi soir avec une ultime projection sur la Piazza Grande. (Photo : KEYSTONE/Jean-Christophe Bott)

C’est l’un des plus vieux en son genre. La 79e édition du Festival international du film de Locarno a métamorphosé la ville tessinoise du 5 au 15 août. En dix jours, la manifestation a présenté un total de 233 films, dont 107 en compétition, issus de 69 pays différents. Samedi après-midi marquait le clou du spectacle avec la remise des fameux Léopards d’Or. Dans la catégorie de la Compétition internationale, dix-sept films étaient en lice. C’est finalement « Nu e locul tau aici » (« Tu n’as pas ta place ici ») du réalisateur roumain Florin Șerban qui a été sacré. Le film traite de la relation entre un père veuf et son fils adolescent, proche de l’extrême droite et qui commet des actes de vandalisme. En remportant la plus haute distinction du festival, le réalisateur ainsi que son producteur ont remporté 75'000 francs.

Vincent Adatte, notre consultant cinéma était présent lors du festival. Il a trouvé le film victorieux « un peu trop caractéristique du cinéma roumain », et « en deçà des grands films roumains que l’on connait, mais quand même très intéressant ».

Commentaire de Vincent Adatte sur le Léopard d’Or. 

Toujours en Compétition internationale, le Léopard de la meilleure réalisation a été remis au Sud-coréen Hong Sang-soo pour son film « Nun Dul Dega Eomne » (« Nulle part où poser mon regard »), un film tourné en six jours. L’actrice principale de celui-ci, Kim Minhee, a reçu l’un des deux Pardos de la meilleure interprétation. Le second est revenu à l’Italienne Monica Bellucci pour son rôle dans « Ketticè » de Giovanni Tortorici. Finalement, le Prix spécial du jury, doté de 30'000 francs, a été attribué à « A Margem do Rio » (« Au bord de la rivière »), des réalisateurs brésiliens Matheus Farias et Enock Carvalho.

Pour Vincent Adatte, une autre compétition du festival mérite aussi d’être mise en avant : celle des cinéastes du présent. Elle est « plus relevée, exigeante et audacieuse ». Le Léopard de cette catégorie était l’un des coups de cœur du consultant neuchâtelois. C’est le film « La Illusion de un verano sin fin » (« L’illusion d’un été sans fin ») de la cinéaste argentine Alessandra Sanguinetti. Elle a aussi remporté le Prix de la meilleure première œuvre, toutes sections confondues à Locarno.

« Un film absolument magnifique ! »


« Le cinéma comme laboratoire d’espoir. »

Né dans un contexte de post-Seconde Guerre mondiale en 1946, le festival a toujours accordé une place à la politique, parfois malgré lui. Une chose est sûre, il reste un lieu de rencontre entre personnalités politiques et culturelles suisses. Vincent Adatte nous explique que le premier week-end du festival est même appelé « week-end politique ». En cause, différentes conférences de presses, des annonces « par rapport à la politique cinématographique suisse » et même un repas thématique. Le critique cinématographique relève aussi la phrase « le cinéma comme laboratoire d’espoir », prononcée par le directeur artistique du festival, Giona A. Nazzaro. Celle-ci illustre la programmation des films qui « se posent vraiment des questions et réfléchissent sur l’état actuel du monde » selon Vincent Adatte. Il note aussi le fait que, par sa taille, Locarno « peut se permettre d’inviter des films plus risqués et qui travaillent une matière plus proche du réel ».

« Le miroir de nos préoccupations par films interposés. » 


Quelle place pour le cinéma suisse ?

Aucun grand film suisse n’a été primé lors de l’édition 2026 du festival, malgré la présence de 36 films et coproductions suisses, dont un en lice pour le Léopard d’Or dans la Compétition internationale. Légère consolation avec le Prix du public, remis à la réalisatrice alémanique Petra Volpe pour son long-métrage, en anglais, « Frank & Louis ». Avant d'être plébiscité, ce drame carcéral avait été présenté en avant-première lundi dernier. L’histoire de Frank, un détenu s’occupant d’un codétenu atteint de la maladie d’Alzheimer, avait  ému le public qui a salué le film par de vifs applaudissements. 

Le prix du Jury des jeunes est quant à lui revenu au court-métrage « Asheghetam » de Filmsaazs, une coproduction minoritairement suisse avec la France et l’Iran. Vincent Adatte constate que les films suisses se font de plus en plus rare à Locarno. Il explique cela notamment par le fait qu’ils vont « dans les grands festivals plus qu’avant ». Il confirme : « si vous avez une invitation pour Venise, qui est juste après Locarno, et Locarno, vous choisissez bien évidement Venise ». La preuve que le marché de l’industrie se tend et relève d’une réelle bataille pour les festivals, chose que Locarno souhaite encore développer.

« Ce n’est plus vraiment une priorité pour les cinéastes suisses d’être à Locarno. »

La 79e édition du Festival international du film de Locarno s’achève samedi soir sur la Piazza Grande avec l’attribution du Prix du Public. Après quoi, le film français « Ni vue, ni connue » de Marc Fitoussi sera projeté, en présence de l’actrice Isabelle Huppert. La prochaine édition du festival se tiendra quant à elle du 4 au 14 août 2027 pour son 80e anniversaire. /ewa


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