« La peinture, c’est mon antidépresseur ». Depuis son adolescence, ce trentenaire neuchâtelois, qui souhaite garder l’anonymat, est un adepte de graffiti. Ses œuvres, petites comme grandes, couvrent certains murs de la banlieue de la ville de Neuchâtel et même au-delà. Il découvre cet art urbain à l’âge de 18 ans grâce à un ami. Rapidement, il tombe dedans, rencontre d’autres graffeurs plus expérimentés et perfectionne son geste. Aujourd’hui, ce poète des surfaces interdites dédie sa vie à cette pratique, souvent illégale. « Pour moi le graffiti c’est un mode de vie », explique-t-il. « Beaucoup considèrent ça simplement comme du vandalisme, mais c’est aussi une démarche artistique, non violente et qui met de la couleur sur les murs. » Dans sa pratique, au-delà du dessin en lui-même, le plus important pour le Neuchâtelois c’est le lieu.
« Pour moi c’est ça la vraie essence du graffiti. »
Pour ce travailleur de la nuit, le défi c’est de peindre dans des lieux difficiles d’accès. « Le Graal pour les graffeurs ce sont les trains. Parce qu’après ton œuvre voyage et tu ne sais pas où elle peut finir. Mais c’est trop risqué », ajoute-t-il. En effet, cette pratique n’est pas sans risque et peut être lourdement réprimandée en Suisse, jusqu’à des peines de prison dans certains cas. Alors avant d’entreprendre une œuvre c’est tout un rituel qui se met en place, afin de ne pas se faire « chopper » et s’assurer une porte de sortie.
« C'est une sensation incroyable ! »
« On n’a pas d’autres endroits pour s’exprimer »
L’artiste neuchâtelois au parcours de vie atypique et mouvementé ne revendique rien de politique ou d’idéologique, sa passion est avant tout son échappatoire. « Ça me fait me sentir bien. Ça me donne une raison de me lever et la sensation que je suis fier de moi. C’est peut-être un peu égoïste, mais j’essaye d’emmerder personne. »
« Pendant plusieurs jours, c'est comme un sentiment d'accomplissement. »
Pour ce neuchâtelois la peinture c’est aussi un moyen de laisser sa trace dans l’espace public. « On ne m’a jamais donné la parole pour différentes choses dans ma vie, donc je suis un peu révolté. Les graffitis ça me permet de la prendre. Écrire mon nom, ça témoigne du fait que j’existe. »
L’illégalité de sa passion n’est pas toujours choisie par conviction. Bien sûr, pour ce graffeur neuchâtelois, le côté illicite fait partie de la pratique. Toutefois, il estime que le territoire cantonal manque d’espaces d’expressions. « Franchement, si l’on avait quelques murs où faire nos peintures en toute légalité ce serait chouette », estime l’artiste.
« Il faut arrêter de se voiler la face. »
Pratiquer dans les règles de l’art
Pour beaucoup, le graffiti se résume à faire des dessins n’importe où et n’importe comment. Mais cet art de rue est soumis à des codes très stricts partagés par tous les acteurs de cette scène. Tout d’abord, il y a différents « niveaux hiérarchiques » de graffiti allant de la simple écriture au marqueur, à de véritables fresques colorées.
« Il y a des pièces d'hommage qu'il ne faut pas souiller. »
L’important pour ne pas faire n’importe quoi, selon le Neuchâtelois, c’est de s’intéresser à l’histoire du lieu. « Si l’on observe les graffiti sur les murs on peut reconnaitre les collectifs en place dans les différents endroits », explique le graffeur. « Il y a des graffiti qui n’ont parfois pas bougé depuis plus de trente ans. Le principe du respect de l’œuvre et de la conservation de l’histoire est très fort entre les graffeurs. », ajoute encore cet artiste de l’ombre.
Finalement, avec son message le semeur de couleur espère motiver les curieux à lever le nez et observer avec un peu plus d’attention ces peintures murales qui nous entourent et peuplent les villes. Car ces fresques font désormais partie du paysage urbain et sont les témoins de sa longue histoire. /crb









