Alors que des bouchons en série ont marqué la période pascale, les professionnels reconnaissent qu’il s’agit d’un effet structurel. Certaines pistes d’amélioration sont toutefois à l’étude, comme la création d’une centrale du trafic.
Que faire pour réduire les nuisances causées par les embouteillages ? Ces derniers jours, le trafic en ville de Neuchâtel a été sévèrement impacté à plusieurs reprises par des accidents dans les tunnels sous la ville ou dans celui des Gorges du Seyon. Celui-ci est actuellement mis en bidirectionnel pour procéder à des travaux pendant la période pascale, ce qui a causé plusieurs accidents. Et comme à chaque cas de ce genre, le travail des services d’intervention est suivi d’une fermeture du tronçon autoroutier et le trafic se reporte sur le réseau routier secondaire, ce qui propage les embouteillages loin à la ronde. Des situations où voitures, camions mais aussi bus sont paralysés.
Dans le cas d’espèce, lorsqu’un tronçon est en bidirectionnel, il est forcément fermé pour permettre l’accès des véhicules d’intervention et éviter le suraccident, explique Georges-André Lozouet, porte-parole de la Police neuchâteloise.
La sécurité des intervenants et des bénéficiaires est la priorité des professionnels des secours, rappelle Grégory Duc, commandant du Service d'incendie et de secours des Montagnes neuchâteloises. C’est la raison pour laquelle les véhicules d’interventions sont souvent disposés de manière à faire bouclier et à prévenir un choc supplémentaire. Juste après, dans l’ordre des priorités, vient la prise en charge de patients et l’exécution des missions sur place. Enfin, au troisième rang, il s’agit de rendre la chaussée aux automobilistes : « On doit rouvrir au plus vite », souligne Grégory Duc.
Le trafic augmente
Restent que les embouteillages sont en partie inévitables dans ce genre de situation, de l’avis de la plupart des experts. « La densité de la circulation augmente partout en Suisse », rappelle Alexandra Popescu porte-parole de l'Office fédéral des routes (OFROU). Qui plus est, « les infrastructures sont vieillissantes » et nécessitent des travaux d’entretien réguliers qui peuvent compliquer la vie des automobilistes. Dans de telles circonstances, « le moindre grain de sable crée une surcharge et des effets de cascade », constate Georges-André Lozouet (Police).
Lors d’une fermeture d’autoroute, les véhicules se reportent sur un réseau secondaire qui n’est pas toujours configuré pour les recevoir. Le Conseil communal de Neuchâtel a initié en 2020 une politique destinée à diminuer le trafic automobile privé de 5% par année jusqu’en 2035. Réduction de trafic, îlots, gendarmes couchés, bandes cyclables, radars fixes : des mesures sont en place dans de nombreux quartiers au nom du confort, de la mobilité douce et de la sécurité des habitants, mais elles accentuent les bouchons lorsque les automobilistes doivent trouver un itinéraire secondaire. À La Chaux-de-Fonds, le projet de contournement Est vise à délester le centre-ville de 22’000 véhicules quotidiens et là aussi, la mobilité douce va être favorisée en ville, parfois, c’est inévitable, au détriment du trafic de transit en cas de fermeture de la future autoroute.
Une centrale du trafic à l’étude
Malgré ces contraintes, des mesures sont-elles envisageables, voire envisagées, pour réduire l’impact des embouteillages qui pourrissent régulièrement la vie d’une partie des Neuchâtelois ? Sur le plan cantonal, il n’existe pas à l’heure actuelle de « plan embouteillage » actionné automatiquement, qui mobiliserait un certain nombre de professionnels et modifierait une partie des signalétiques afin de fluidifier le trafic.
Toutefois, « un projet de réalisation d’une centrale de gestion du trafic est à l’étude par le Canton en collaboration active avec la Ville de Neuchâtel », explique Emmanuel Gehrig, chef du Service de la communication de la capitale cantonale. Première mesure en ce sens : « les carrefours qui sont renouvelés sont désormais munis de caméras qui contribueront à cette gestion plus dynamique du trafic ».
Des idées déjà étudiées
En attendant, face à ce type d’urgence, les différentes institutions impliquées dialoguent et coordonnent leurs interventions au cas par cas. Mais ces mesures ponctuelles ont des limites. Par exemple, du côté de la Sécurité publique de la Ville de Neuchâtel, pas question de mobiliser des agents pour réguler la circulation en cas de perturbation routière. Une telle mesure « ne permettrait pas d’apporter une amélioration significative de la fluidité », explique Emmanuel Gehrig (Neuchâtel). Sans compter le fait que ces personnes se retrouveraient elles aussi dans les bouchons…
Autre idée, souvent débattue parmi les automobilistes : la mise en place en cas d’urgence de feux clignotants pour les voitures ou les piétons. Selon le porte-parole, cette solution « a déjà été examinée par le passé et il apparaît qu’elle ne produit pas d’effet positif ». Elle risquerait même de créer des bouchons supplémentaires.
Lutter contre les accidents
S’il n’est pas facile d’atténuer les nuisances des embouteillages, certains se demandent si des mesures ne pourraient pas être prises pour réduire le nombre d’accidents, afin de prendre le problème à la racine sur des voies à risques.
Pourquoi, par exemple, ne pas réduire la vitesse limite dans les tunnels des Gorges du Seyon à 60 kilomètres à l’heure pendant toute la durée des travaux ? Du côté de la Police neuchâteloise, Georges-André Lozouet explique que des fermetures ponctuelles, liées à un événement de trafic ou à des conditions temporaires, sont possibles. Mais une diminution de vitesse pendant une phase de travaux est du ressort de l’OFROU.
Celui-ci, par principe, essaye de ne pas toucher à la vitesse de circulation, même en cas de chantier. Il peut toutefois faire une exception pour des raisons de sécurité, en fonction de la topographie des lieux ou des difficultés de circulation spécifiques sur place. Si les circonstances l’exigent, par exemple si la police constate un grand nombre d’accidents liés à la vitesse à proximité d’un chantier, elle peut remonter l’information et l’OFROU adapte les limitations en conséquence. Aucune mesure de ce type n’a toutefois été envisagée en ce qui concerne l’A20 lors des travaux en cours, relève Alexandra Popescu.
Autre adaptation éventuelle : un changement de signalisation qui viserait à séparer le trafic entre chaussée Bienne et Lausanne dès l’entrée dans les tunnels des Gorges du Seyon, sans possibilité de changements de voie par la suite, pour éviter les chassés-croisés. Un renouvellement de la signalisation sur ce tronçon doit justement intervenir ces prochaines années. Cette idée a été remontée jusqu’à l’OFROU et pourrait être prise en compte dans le cadre de ces modifications, explique la chargée de communication.
De manière générale, en ce qui concerne la planification des travaux, « on essaye de fermer le moins possible », explique Alexandra Popescu, qui relève qu’en dehors de la sécurité et du cadre contraignant de la loi, le maintien de la circulation est une des priorités de l’Office. C’est la raison pour laquelle, par exemple, les travaux qui exigent des fermetures sont planifiés de nuit ou pendant les vacances. /jhi










