Il y a eu les paysans-horlogers, il y a aussi les horlogers-vignerons. La famille Vuillemez applique à ses vins du Mâconnais ce qu’elle a appris dans les manufactures des Montagnes neuchâteloises.
Des montres aux vins de Bourgogne, c’est le parcours atypique d’une famille des Montagnes neuchâteloises, les Vuillemez. Habitants du Locle et maintenant de Neuchâtel, Claude et Patricia sont devenus propriétaires d’une maison à Chardonnay, dans le Mâconnais à la fin des années 1980. Lui a fait toute sa carrière dans l’horlogerie, comme directeur puis comme indépendant. Il a acheté son premier hectare de vigne en Bourgogne du Sud en 2007. Ce qui était au départ un placement patrimonial a finalement donné naissance à une cave familiale. D’un hectare, le domaine est passé à dix. Paul et Valentin, le fils et le neveu du couple Vuillemez ont abandonné leur carrière dans une manufacture horlogère du Crêt-du-Locle pour rejoindre l’entreprise, accompagnés d’un vigneron bourguignon, Florent Bardey et d’un œnologue du Vully, Christian Vessaz.
La première cuvée, en 2016, donnera 8'000 bouteilles. Aujourd’hui, le domaine en produit 80'000.
La famille Vuillemez met un point d’honneur à appliquer à la vigne et à la vinification les préceptes appris dans le monde des garde-temps : la rigueur, la lenteur et la recherche de la grandeur. « C’est notre modus opérandi », confirme Paul. À partir de chardonnay et pinot noir, la maison propose huit cuvées qu’elle appelle « vins horlogers », un concept qu’on retrouve bien sûr dans les bouteilles, mais aussi sur les étiquettes, que ce soit dans le design ou dans les noms.
Paul Vuillemez : « Des vins qu’on voulait comme nous, c’est-à-dire des vins horlogers. »
L’innovation, c’est une des autres caractéristiques de l’horlogerie. Cette notion, la famille Vuillemez a voulu l’intégrer à la vinification. Elle l’a fait en adoptant la cuve ovoïde en ciment ou l’œuf en béton. Un outil moderne dans un terroir traditionnel, qui permet d’obtenir « un chardonnay un peu atypique ».
« C’est un peu le petit cousin de l’amphore. »
Dans une région où l’immense majorité de la production de raisin est vendue à une coopérative qui produit 14 millions de bouteilles de Chardonnay, le domaine Vuillemez a mis toutes les chances de son côté afin de se démarquer.
L’entreprise cultive son esprit familial jusque dans la récolte du raisin. Deux week-ends par année, Paul, Claude, Valentin et les autres font appel à leurs proches et à leurs amis quand vient le temps de la vendange.
« Notre fameux programme ambiance et sueur. »
La Bourgogne du Sud comme les autres régions viticoles du globe doit composer avec le dérèglement climatique.
« Tous les trois ans, on a un accident climatique. »
Si la famille Vuillemez a finalement fait le choix du vin plutôt que des montres, elle n’en reste pas moins très attachée à sa région d’origine. Ses membres vivent toujours dans le canton de Neuchâtel. /cwi









