Neuchâtel introduit le système des fenêtres de capture. Objectif : protéger les jeunes et les grandes truites génitrices. Certains pêcheurs neuchâtelois espèrent beaucoup de cette nouvelle mesure. D’autres se montrent critiques et estiment que l’intervention cantonale est tardive.
Affûter ses hameçons, monter de nouvelles mouches et lubrifier son moulinet… L’ouverture de la saison de la pêche à la truite, c’est le 1er mars dans le canton de Neuchâtel.
Deux nouveautés sont introduites cette année. La première, c’est que, dans toutes les rivières du canton, on pourra pêcher la truite jusqu’au 30 septembre. Par le passé, à l’exception du Doubs, la fermeture était arrêtée au lundi du Jeûne.
L’autre nouveauté, c’est l’introduction de fenêtres de capture. Dans le Doubs, les truites inférieures à 30 centimètres et celles entre 35 et 55 cm devront être remises à l’eau. Dans les autres rivières, soit l’Areuse, le Seyon et le Bied des Ponts notamment, les arcs-en-ciel et autres farios inférieures à 25 cm et celles entre 32 et 45 cm devront être relâchées.
Si les tailles varient d’une rivière à l’autre, c’est que la croissance des poissons dépend de plusieurs facteurs, explique Thierry Christen, le président de l’association des pêcheurs de la Gaule, active principalement sur le Doubs.
Thierry Christen: « La croissance en fonction des températures, débits, volumes d’eau est complètement différente. »
La technique des fenêtres de capture permet de protéger les jeunes individus encore immatures et les grands géniteurs. La sauvegarde des gros poissons présente plusieurs avantages, selon une étude sur laquelle s’appuie Thierry Christen. « Les grandes génitrices produisent plus d’œufs que les jeunes et elles les dotent de plus grandes réserves de protéines (…). Les grands poissons ne pondent souvent pas au même endroit ni au même moment que les plus petits. » Les gros individus présentent aussi une génétique plus forte. Au fil des saisons, ils ont résisté à différentes maladies, notamment la Saprolegnia.
« Les poissons âgés ont une génétique très résistante (…). Ils sont intéressants pour la reproduction. »
Les fenêtres de capture sont déjà utilisées dans d’autres cantons et pays. Les études menées dans ces régions montrent que tout l’éventail des poissons, des plus petits aux plus gros, en profite et donc les pêcheurs aussi. Thierry Christen constate qu’aujourd’hui environ 50% des personnes qui prennent le permis rentrent bredouille. À l’avenir, ils pourraient aussi ramener leur lot de poissons, espère-t-il.
« [En Suisse], on n’est pas pionnier. »
Selon Thierry Christen, cette nouveauté est accueillie de façon diverse par les pêcheurs. Les nouvelles générations attendaient ça avec impatience. Pour les anciens, « c’est plus compliqué de relâcher un beau poisson. »
« C’est toujours le rêve du pêcheur de prendre un poisson record. »
Face aux fenêtres de capture, Damien Reichen, le président de la Fédération neuchâteloise des pêcheurs en rivière et de la Fario, la Société des pêcheurs en rivière de Neuchâtel, Val-de-Ruz et environs, se montre dubitatif. « Les études, c’est une chose. Après savoir si ça sera efficace chez nous, ça sera une autre paire de manches. On ne s’est pas opposé, parce qu’il faut bien faire quelque chose pour qu’il y ait du poisson. »
Ce que constate Damien Reichen, graphique à l’appui, c’est que depuis une vingtaine d’années, le nombre de prises de truites de rivière dans le canton de Neuchâtel est en « chute vertigineuse ». Une des explications, selon lui, c’est la fin de la pisciculture de Môtiers. « Dès qu’on n’a plus mis de poissons dans les cours d’eau, on a vu que ça baissait ».
Toutes ces années durant lesquelles le poisson s’est raréfié dans les rivières, les pêcheurs neuchâtelois ne sont pas restés les bras croisés : remise en état des gravières pour favoriser la fraie, diminution du nombre de prises, augmentation de la taille minimale des poissons pêchés.
De son côté, Toni Calame, président sortant de la Société des pêcheurs de la Haute-Areuse, émet aussi des doutes. Aux yeux du Vallonnier, la mesure cantonale intervient trop tardivement : « Je pense que cette mesure ne sera pas efficace en ce moment. Elle aurait pu l’être à une époque – il y a bien longtemps en arrière – on voyait les diminutions dans les rivières. Là, à ce moment, elle aurait peut-être fait du bien, elle aurait permis de garder les bons reproducteurs. Mais maintenant, on voit qu’il manque beaucoup de poissons, et des classes d’âge, je pense que cette mesure sera complètement inefficace ». Une mesure qui risque donc bel et bien de passer à côté de sa cible, selon celui qui a présidé la société vallonnière durant près d’une quinzaine d’années et qui pêche principalement dans la rivière Le Buttes.
Toni Calame, président sortant de la Société des pêcheurs de la Haute-Areuse
Durant les cinq prochaines années, des pêches électriques seront organisées régulièrement par le Canton dans les différentes rivières neuchâteloises. Elles permettront de voir si les fenêtres de capture ont porté leurs fruits.
Lors de sa dernière assemblée des délégués, la Fédération neuchâteloise des pêcheurs en rivière a émis l’idée de proposer des assises des cours d’eau. Elle envisage de réunir autour d’une même table le Service cantonal de la faune, des forêts et de la nature, le Service de l’environnement et celui des ponts et chaussées, ainsi que les associations de protection de la nature. /cwi-aju











