Quatre ans plus tard, le témoignage d’une Ukrainienne ayant fui la guerre

Le 24 février 2022, la Russie entamait son invasion de l’Ukraine. Depuis, la guerre perdure ...
Quatre ans plus tard, le témoignage d’une Ukrainienne ayant fui la guerre

Le 24 février 2022, la Russie entamait son invasion de l’Ukraine. Depuis, la guerre perdure au prix de centaines de milliers de vies, dans les deux camps. En Suisse, de nombreux Ukrainiens ont trouvé refuge, dont la présidente de l’association des Ukrainiens du canton de Neuchâtel, Tetiana Chornoochenko. Elle nous livre son témoignage.

À gauche, Ganna Zagorna, membre de l'association des ukrainiens du canton de Neuchâtel et à droite, Tetiana Chornoochenko, la présidente de l’association. À gauche, Ganna Zagorna, membre de l'association des ukrainiens du canton de Neuchâtel et à droite, Tetiana Chornoochenko, la présidente de l’association.

Le 24 février 2022, à l’aube, la Russie initie ce qui se révélera être le conflit le plus sanglant en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Depuis, Moscou progresse en Ukraine de manière lente, mais continue. Près de 20 % du territoire ukrainien est actuellement occupé, selon l’AFP, au prix de centaines de milliers de victimes dans les deux camps. Le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) estime que, sur l'ensemble, le conflit a causé entre 500’000 et 600’000 victimes - blessés, disparus ou décédés - du côté ukrainien, et près de 1,2 million côté russe.

Les habitants fuient massivement le pays en guerre. Au cours des dernières années, des dizaines de milliers d’Ukrainiens ont trouvé refuge en Suisse. Tetiana Chornoochenko en fait partie. Elle a quitté l’Ukraine pour Neuchâtel un mois après le début du conflit. Un départ difficile, mais motivé par l’espoir de préserver l’intégrité physique et psychique de ses trois enfants.


Les bombes, les incendies, les soldats 

En Ukraine, Tetiana habitait un village près de Kiev, où elle travaillait comme adjointe de direction dans une école privée. « C’était très difficile de prendre la décision de partir. On espérait que la guerre allait se terminer vite, on n’imaginait pas que cela durerait encore quatre ans. » Mais il était impossible, pour elle et sa famille, de poursuivre une vie normale. Elle témoigne du bruit des bombes et des armes pendant la nuit, des incendies et de la présence des soldats dans le village.

Tetiana Chornoochenko : « Ce n’est pas un film, c’est notre réalité » 

Après leur départ, la famille arrive dans un centre pour réfugiés à la frontière polonaise. « Aux frontières ukrainiennes avec la Pologne et la Hongrie, il y avait des centres d’accueil pour réfugiés, des centres énormes, où l’on dénombrait des centaines de milliers de personnes. Des gens de toute l’Europe venaient sur place chercher des enfants, des familles, des orphelins pour les ramener avec eux », explique Ganna Zagorna, membre de l’Association des Ukrainiens du canton de Neuchâtel, également présente.


De la Pologne à Neuchâtel 

C’est dans ce contexte que Tetiana rencontre Arsène, un bénévole neuchâtelois engagé dans l’acheminement d’aide humanitaire en Ukraine. Il s’y rendait à bord de bus chargés de matériel et de produits de première nécessité et, sur le trajet du retour, emmenait avec lui des réfugiés rencontrés dans les centres d’accueil. Une fois en Suisse, il les accompagnait dans leurs démarches et les aidait à trouver des familles d’accueil.

Comment vit-on une guerre lorsqu’on n’est pas physiquement sur place ? Tetiana fait preuve de résilience : « Je dis toujours que je dois être très forte. J’ai quatre enfants, je les élève seule, mais c’est très difficile. J’ai dû quitter toute ma vie, ma mère, ma grand-mère ; elles sont restées en Ukraine. Je garde des nouvelles de ce qui se passe sur place. Beaucoup de mes amis sont morts à la guerre, mon meilleur ami aussi. Pour moi, c’est très difficile. Mais je dois être forte pour mes enfants, c'êst ce qui m'a toujours motivé à continuer mon chemin. »

« Je dois être forte pour mes enfants, c'est ce qui m'a toujours motivé à continuer mon chemin » 

Aujourd’hui, Tetiana se dit reconnaissante envers la Suisse et envers toutes les personnes qui « ont ouvert leur cœur pour nous ». Elle confie toutefois un sentiment partagé : « Notre cœur est comme divisé, on ne sait plus vraiment où est notre maison. »


Une commémoration à Neuchâtel

Elle adresse également une pensée aux Ukrainiens restés sur place : « Comment survivre à cela, continuer à vivre chaque jour, aller au travail, faire les courses, emmener ses enfants à l’école ? Je pense que les Ukrainiens font preuve d’une force immense d’avoir tenu quatre ans à ce rythme, en se battant pour ne pas céder un seul centimètre de nos terres. »

Ce mardi, l’Association des Ukrainiens du canton de Neuchâtel a organisé une marche silencieuse à Neuchâtel. Elle s’est tenue du Jardin anglais jusqu’à la Place des Halles, avant de se poursuivre par une soirée commémorative. Tetiana et Ganna insistent : « C’est l’occasion de se rassembler, de se souvenir ensemble, et de rappeler que la guerre n’est pas terminée. » /raf


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