Des robots qui se retournent contre leurs créateurs et prennent le contrôle du monde. Ce scénario se retrouve parfois dans les films de science-fiction. Ces récits alimentent une certaine méfiance envers les avancées technologiques. Ces 19 et 20 février, Bienne accueillait au Switzerland Innovation Park un évènement dédié aux robots: la deuxième édition de l’International Humanoid Forum.
Sarah Dégallier Rochat y était intervenante. Pour la responsable de la «Transformation Numérique centrée sur l’Humain» à la Haute école spécialisée bernoise (BFH), ces récits hollywoodiens jouent avec la peur de la population. Mais en réalité, le danger ne vient, selon elle, pas des humanoïdes… mais des développeurs et investisseurs. «Les robots peuvent seulement faire ce que nous leur laissons faire. Evidemment, si vous donnez à un robot le contrôle du bouton de la bombe atomique, les risques que cela dégénère deviennent élevés», développe Sarah Dégallier Rochat. Selon elle, les soucis potentiels peuvent être causés par une mauvaise conceptualisation ou une surconfiance dans le système.
Sarah Dégallier Rochat : «La technologie reste prévisible. Un robot qui développe une conscience et qui tente de nous détruire, c’est de la fantaisie»
Pourtant, de son côté, l’Intelligence Artificielle montre déjà des biais racistes, homophobes, conservateurs. Rien d’inattendu, car l’IA se base sur un système déjà biaisé, poursuit Sarah Dégallier Rochat. Un système que les ingénieurs sont tenus de corriger. «La technologie reste prévisible. Un robot qui développe une conscience et qui tente de nous détruire, c’est de la fantaisie.»
Les robots actuels manquent de vision
Les humanoïdes d’aujourd’hui sont régulièrement montrés faisant des backflips, du karaté ou du yoga. Pour l’instant, cela reste cependant très difficile d’avoir un robot réellement utile, pouvant interagir avec son environnement, d’après la chercheuse.
Deux gros challenges expliquent ce constat: la sensori-motricité et la vision. Les mains permettent aux humains une coordination entre ce que l’on aperçoit et ce que l’on fait. Les humanoïdes n’en sont à l’heure actuelle pas capables. La perception des objets est également différente pour eux. «Là où nous discernons des objets, les robots voient des pixels. Même s’ils réussissent à reconnaître une tasse, ils ne prennent pas en considération la fonction de ce récipient», explique Sarah Dégallier Rochat. Ajoutez à cela un objet nouveau dans un milieu inconnu et l’humanoïde ne sait plus comment réagir.
Une forme humaine sans compétences humaines
Actuellement, pour qu’un projet de robotique attire les investisseurs, les ingénieurs se doivent de vendre du rêve, regrette la professeure. Et le marché au plus grand potentiel économique se trouve être celui du travail humain, d’après elle. «Si les robots ont une forme humaine, ce n’est pas un hasard, cela permet de signaler le marché ciblé. Mais si un humanoïde est déguisé en Toni Rajala, cela ne signifie pas pour autant qu’il devient capable de jouer au hockey sur glace comme ce joueur du HC Bienne.»
Si Sarah Dégallier Rochat évolue dans le domaine, elle reste toutefois sceptique sur la tendance actuelle de la robotique et des autres technologies. Les innovations visent aujourd’hui à s’entraîner à faire ce que l’on fait déjà, mais en mieux. Pourtant, il existe une autre voie possible: «L’IA, comme les humanoïdes, ne fonctionnent pas comme nous et il s’agit-là d’une force. Ils peuvent nous permettre d’accomplir des actions encore jamais réalisées, sans remplacer notre savoir-faire.»
D’ailleurs, d’après Sarah Dégallier Rochat, au Switzerland Innovation Park de Bienne, on cherche plutôt à combiner les forces de la robotique avec celles des humains.
« Un humanoïde déguisé en Toni Rajala ne signifie pas qu’il sait jouer au hockey sur glace »
Pour éviter les dérives, à l’image de la circulation d’images de victimes du drame de Crans-Montana, déshabillées par l’Intelligence Artificielle Grok, Sarah Dégallier Rochat croit en la régulation. Actuellement, les créateurs et développeurs de nouvelles technologies ne sont pas tenus pour responsables en cas de problème. Ce sont les utilisateurs qui en paient les conséquences. Depuis l’été 2024, dans l’Union Européenne, la loi sur l’IA encadre désormais l’Intelligence Artificielle. /ehe












