La diversité des semences pour lutter contre la faim, c’est la thématique de la Campagne œcuménique lancée le 18 février par Action de Carême, l’Entraide Protestante Suisse (EPER) et Être Partenaire. Ces trois organismes s’engagent pour le droit des paysans à disposer des semences locales, expliquent-elles dans un communiqué diffusé le 17 février. Au-delà de la lutte contre la faim, ils évoquent la sauvegarde de la biodiversité et de pratiques séculaires.
Si en Suisse un agriculteur peut travailler avec ses propres semences, ça n’est pas le cas partout dans le monde. Les pays du Sud sont particulièrement concernés, explique Kibrom Mehari. Ce spécialiste du droit à l’alimentation chez EPER explique que les sanctions pour les contrevenants peuvent aller jusqu’à la prison et à la confiscation des biens.
Kibrom Mehari : « [Le Ghana] va jusqu’à la peine de 10 ans de prison. »
En Suisse, en revanche, il est possible de cultiver ses propres semences. C’est ce que fait Bertrand Comtesse à Engollon depuis 23 ans. En tout cas partiellement. Son expérience l’a conduit au fil de temps à aussi se fournir chez des grossistes.
Derrière sa démarche, il y avait une certaine volonté de s’affranchir de la politique agricole suisse et mondiale, sans vouloir pour autant « décrier tout le système ». L’objectif restant de pouvoir assurer l’autonomie alimentaire de sa ferme, tout en gagnant sa vie. Deux décennies plus tard, le pari est gagné.
Son choix lui a permis de cultiver des espèces devenues rares, voire oubliées. Il évoque le blé rouge de Cernier, d’anciennes variétés de céréales, la caméline, le sarrasin.
Le processus pour produire ses propres semences est d’une simplicité enfantine. On sème, on récolte et on conserve une partie du fruit de son travail pour ressemer.
« C’est assez basique. Il n’y a pas à se dire qu’il faut être ingénieur agronome. »
Avant de pouvoir compter sur ses propres semences, il faut trouver un premier approvisionnement. « Il y a des réseaux », assure Bertrand Comtesse, qui se sont développés au fil des décennies.
« On va chez l’un ou chez l’autre pour se proposer des semences. »
Utiliser ses propres semences permet de cultiver la biodiversité. Mais la pratique comporte aussi des risques : maladie ou dégénérescence. Toutes les variétés ne se multiplient pas bien, concède Bertrand Comtesse
« Après quelques années, je peux juste constater que je ne peux pas garder toujours mes propres semences. »
La Campagne œcuménique « Semer l’avenir » a débuté le 18 février. Jusqu’à la fin du mois de mars, différents évènements sont organisés à travers la Suisse romande. On notera cette soirée autour des enjeux liés au droit aux semences le 5 mars à la Maison de paroisse de la Côte à Peseux, avec des témoignages du Cameroun et de Suisse. /cwi









