Fondée à Neuchâtel, la société CloudBees fait partie du club des « licornes » : nom donné aux start-ups ayant dépassé le milliard de dollars de valorisation. Une première pour le canton. Mardi, au Palais du Peyrou, son cofondateur Sacha Labourey est revenu sur son parcours à l'invitation du Rotary Club Neuchâtel.
C’est l’histoire d’une start-up neuchâteloise devenue géant de la technologie. CloudBees est une société informatique fondée en 2010. Onze ans après sa création, l’entreprise a intégré le prestigieux club des « licornes », nom donné aux start-up valorisées à plus d’un milliard de dollars. Elle est, à ce jour, la seule licorne issue du canton de Neuchâtel.
Mardi, son cofondateur, le Neuchâtelois Sacha Labourey, donnait une conférence au Palais du Peyrou pour revenir sur son parcours hors norme. Il répondait à l'invitation du Rotary Club Neuchâtel. Rien de dépaysant pour le quinquagénaire, qui a étudié au lycée Jean-Piaget. Il n’a en effet jamais quitté sa « ville de cœur », malgré un succès international et des allers-retours réguliers aux États-Unis, où l’entreprise possède des bureaux. Il affirme même ne s’être jamais posé la question d’un déménagement : « Au contraire, j’aurais tout fait pour ne jamais devoir le faire. » Une présence locale revendiquée : « C’est quelque chose d’ancré dans la société. »
Sacha Labourey : « J'ai toujours été très attaché à la Suisse et à la région neuchâteloise. »
Derrière l’entrepreneur se cache d’abord un passionné d’informatique, son « premier amour », comme il l’appelle. Il lui aura pourtant fallu du temps pour comprendre que cette passion pouvait devenir un métier à part entière, raconte-t-il.
Une succession de rencontres déterminantes permettra à l’entreprise de voir le jour et de se développer à l’international. Interrogé sur les ingrédients de sa réussite, Sacha Labourey évoque la persévérance face aux difficultés, une grande curiosité et une confiance accordée très tôt à ses collaborateurs : « J’ai embauché des gens en qui j’ai eu confiance par défaut. Je leur ai donné beaucoup de pouvoir assez rapidement, parce que je pense que la valeur se crée avec ce mélange d’ADN. »
« J’ai dû m’intéresser aux ventes, aux modèles de vente, au marketing, à la levée de fonds et à la finance, et j’y ai trouvé du plaisir. »
CloudBees propose des outils d’automatisation basés notamment sur des technologies open source pour aider les entreprises à développer, tester et déployer leurs logiciels. Parmi ses clients figurent Adobe, HSBC, BNP Paribas, ainsi que l’US Air Force.
Des références prestigieuses qui ne semblent pas avoir changé son état d’esprit. Devenir une licorne « n’a rien changé », assure-t-il. Quant au seuil du milliard, il estime cette reconnaissance comme « une mesure arbitraire qui n’aide en rien à résoudre les problèmes du quotidien. » Il met même en garde contre les effets pervers de ce type de reconnaissance : « C’est un excellent moyen de perdre son étoile polaire, sa direction. Ce n’est pas ça qui va rester à la fin. Les entreprises se créent et disparaissent, mais ce qui compte, je pense, c’est le voyage plus que la destination. »
En 2021, Sacha Labourey a quitté son poste de CEO. Il a ensuite pris du recul opérationnel, tout en restant membre du conseil d’administration. L’avenir, il le conçoit désormais dans la transmission, notamment auprès de jeunes entrepreneurs : « C’est ce qui m’a construit. Je serai toujours très redevable, et donc je le fais moi-même maintenant. » /raf









