Des directrices de crèches neuchâteloises s'inquiètent des coûts de la LAE3

La réforme de la loi neuchâteloise sur l’accueil des enfants est entrée en vigueur l’été dernier ...
Des directrices de crèches neuchâteloises s'inquiètent des coûts de la LAE3

La réforme de la loi neuchâteloise sur l’accueil des enfants est entrée en vigueur l’été dernier, sous tension. Elle vise un meilleur taux de couverture et une revalorisation du métier, mais elle suscite aussi craintes et interrogations. Tour d’horizon.

Les directrices de crèches ne sont pas toutes sereines depuis l'introduction de la LAE3 (photo d'illustration).  Les directrices de crèches ne sont pas toutes sereines depuis l'introduction de la LAE3 (photo d'illustration). 

La réforme de la loi neuchâteloise sur l’accueil des enfants, la LAE3, suscite des inquiétudes, surtout chez les directrices de crèches. Son entrée en vigueur a été agitée en coulisses : elle a fait l’objet d’un bras de fer cet été entre l’Etat et l’Andip, la faîtière des structures d’accueil extrafamilial, autour des nouvelles grilles salariales et conditions de travail. L’objectif de la réforme est de revaloriser le métier et d’augmenter le nombre de places en crèches et au parascolaire, mais après six mois d’application, des questions et des doutes subsistent.

Une chose est sûre désormais : l’Etat ne peut pas imposer à des structures privées, une grille salariale sans convention collective de travail. Cette CCT serait d’ailleurs difficile de faire appliquer aux communes, elles aussi très impliquées dans l’accueil extrafamilial. Il a fallu que l’Andip envoie son avocat pour expliquer cela au Canton cet été. Le fait que le Grand Conseil ait décidé, en décembre 2024, d’accentuer encore la revalorisation salariale induite par la LAE3, explique sans doute ce bras de fer de dernière minute.


Pression sur les crèches et autres structures

Dans les faits, et même si la nouvelle directive cantonale est entrée en vigueur avec trois mois de retard, au 1er novembre 2025, les salaires semblent bien avoir augmenté dans la branche. Même si certaines conversations avec des directrices de crèches nous font penser que les standards seront diversement suivis. « Je ne peux pas accorder jusqu’à sept semaines de vacances par an à mon personnel », témoigne par exemple une responsable.

Mais la LAE3 n’est pas remise en question pour autant, estime le conseiller d’Etat Frédéric Mairy. « Cette grille salariale n’a pas force obligatoire, mais elle sert de référence et met une pression sur les structures privées pour atteindre les minimas fixés. Pour les directrices, c’est aussi un enjeu fort d’attractivité. Elles ont tout intérêt à s’aligner sur les tarifs et globalement sur les conditions de travail souhaitées pour le personnel. »


Premier bilan ce printemps

Les directrices de crèches que nous avons contactées se demandent aussi si l’augmentation du prix de journée versé aux structures d’accueil suffira à couvrir les augmentations salariales. Frédéric Mairy estime qu’il est « encore trop tôt pour dire si des structures se trouvent en situation délicate en raison de l’augmentation des salaires auxquelles elles auraient dû consentir ». 

L’Etat, qui contrôle les comptes de ces structures subventionnées, fera un premier bilan ce printemps. Pour l’heure, l’adjoint du chef du Service de la protection de l’adulte et de la jeunesse, Christophe Calame, estime qu’à part pour quelques situations particulières potentiellement problématiques, le système est viable.

Nos questions à Frédéric Mairy

Autre conséquence de cette LAE3 : une facture qui augmente pour les parents. Le retrait d’enfants ou la diminution des placements en crèche ou au parascolaire ne semblent pas massifs, mais ils existent. 

C’est le cas au Locle pour la structure pré et parascolaire Les enfants d’abord. La directrice, Andrea Checola, parle d’une petite quinzaine de parents concernés. D’autres enfants ont pris les places disponibles, ce qui n’empêche pas cette responsable de se préoccuper des familles en difficulté. Certaines, dit-elle, renoncent au placement dans cette période économique particulièrement difficile. Par qui ces enfants sont-ils gardés ?, s’inquiète Andrea Checola. « J’ai vu des mamans en larmes face à cette pression financière », témoigne-t-elle. 


Déductions fiscales plus grandes qu'ailleurs à Neuchâtel

Le conseiller d’Etat Frédéric Mairy rappelle lui que le Canton de Neuchâtel permet des déductibilités fiscales des frais de garde « beaucoup plus importantes que dans d’autres cantons. Neuchâtel est dans le trio de tête suisse en termes de couverture. La LAE3 a pour ambition d’augmenter encore le nombre de places, donc là, on a plutôt le sentiment de continuer sur une tendance positive. » La LAE3 vise un taux de couverture de 33% tant en crèche qu’au parascolaire.


La facture grimpe de deux millions de francs à Neuchâtel

Depuis l’introduction de la réforme, une structure a fermé ses portes au Val-de-Ruz. La nouvelle donne n’aurait été « que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », nous dit-on.

Les communes aussi voient leur facture prendre l’ascenseur, bien que la hausse soit très diverse d’une collectivité à l’autre. La réforme coûte par exemple « deux millions de francs et 40 EPT » à Neuchâtel, déclare la conseillère communale Nicole Baur. Un meilleur taux d’encadrement en crèche (un adulte pour quatre enfants au lieu de cinq jusqu’alors) explique en partie cette augmentation. A Val-de-Ruz, l’introduction de la LAE3 coûte 247'000 francs à la Commune (plus de 2 EPT). Quant à La Chaux-de-Fonds, elle s’en sort pour l'instant avec une augmentation de moins de 2 EPT. /vco


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