Sans patinoire, le comptoir du Val-de-Travers est désarçonné

L’exposition commerciale ne pourra pas avoir lieu à la patinoire de Fleurier cette année. Les ...
Sans patinoire, le comptoir du Val-de-Travers est désarçonné

L’exposition commerciale ne pourra pas avoir lieu à la patinoire de Fleurier cette année. Les acomptes de réservation n’ont pas été versés dans les temps. Une enquête commune menée par Arcinfo et RTN montre que l’association organisatrice cumule au moins 80'000 francs de factures impayées. La Commune songe à « tirer la prise ».

La patinoire lors de la foire 2025 : un site que le comptoir ne reverra pas en 2026. Photo : archives. La patinoire lors de la foire 2025 : un site que le comptoir ne reverra pas en 2026. Photo : archives.

L’organisateur vend du rêve en vue d’une prochaine édition du comptoir du Val-de-Travers. Du moins, sur le papier. Car l’enquête menée conjointement par RTN et Arcinfo montre que l’association du comptoir cumule plusieurs dizaines de milliers de francs de dettes. Son président Ruben Dominguez ne s’en inquiète pas : il travaille à l’organisation d’une nouvelle édition ce printemps. Mais ce ne sera pas à la patinoire, car la réservation n’a pas été payée dans les temps. Une stratégie qui s’apparente à une fuite en avant, ce que réfute le Neuchâtelois.

Nos recherches réalisées ces dernières semaines montrent que l’association a cumulé près de 80'000 francs de dettes auprès de plus d’une vingtaine d’entreprises. Des sociétés principalement basées au Vallon, mais aussi ailleurs en Suisse romande. Cela, sans prendre en compte certaines factures d’infrastructures comme la cantine ou la logistique des sanitaires. Au terme de la dernière édition – qui s’est tenue sur dix jours en mai dernier – une large partie des factures des prestataires n’a pas été réglée, selon nos recherches. Au moins quatre entreprises ont lancé des poursuites à l’encontre de l’association ou de son président afin de tenter d’être remboursées. En vain pour l’heure : l’une des entreprises a reçu un acte de défaut de bien en retour. L’association a, par contre, proposé à certaines entreprises un partenariat pour l’édition 2026, à condition de réduire ou annuler la créance 2025. Une proposition souvent déclinée. 

Malgré les dettes, une édition 2026 est sur les rails. Elle peut paraître séduisante : une mouture réduite sur cinq jours à la patinoire, sans les frais d’une cantine extérieure. Certaines entreprises de la région se sont déjà inscrites dans l’espoir de tenir un stand sous la patinoire. Elles ont parfois versé des acomptes. Un apport financier qui pourrait permettre à l’association de rembourser partiellement sa dette actuelle.


Remboursements promis pas versés

Son président Ruben Dominguez nous a fait part jeudi 8 janvier de sa propre lecture de la situation : « Je suis serein et optimiste pour tenir la pérennité du comptoir. […] On a des futurs sponsors en vue et des réservations qui sont faites pour 2026 ». Le président parle d’une quarantaine d’emplacements loués à l’heure actuelle – un chiffre que nous n’avons pas pu vérifier. Il espère en recevoir une centaine d’ici fin mars. Par contre, l’un des nouveaux sponsors confirme avoir été contacté pour du soutien, mais n’a jamais obtenu les compléments d’information requis auprès de l’organisateur. Les « nouveaux sponsors » évoqués ne sont donc pas tous au rendez-vous. Quant à la dette globale de l’association, elle est contestée par le président : « Ce n’est vraiment pas exact. […] Quand bien même, on tient notre engagement de rembourser chaque prestataire à qui le comptoir doit de l’argent ». Hors-enregistrement, le président indique que 60% des créanciers ont été remboursés. Dès vendredi 9 janvier, RTN et Arcinfo ont contacté les entreprises concernées : notre travail montre que dans l’écrasante majorité des cas, les remboursements promis n’ont pas été versés.

Comment le président de l’association se positionne-t-il face aux poursuites lancées à son encontre ? « Ça ne change pas la situation ; les payements seront honorés et tout le monde recevra son argent jusqu’au dernier centime ». Et pour stabiliser la structure, cinq Vallonniers ont rejoint le comité cet automne afin d’élargir le cercle. Très momentanément, puisqu’ils ont déjà tous quitté le navire. Pourquoi ? « Nos avis et les idéaux divergeaient » explique Ruben Dominguez sans donner davantage d’information.


Pas à la patinoire

Le comptoir, Ruben Dominguez le veut à la patinoire. Jeudi 8 janvier, le président nous a indiqué que la structure était réservée : « La réservation est faite. Les payements [d’acomptes] sont en cours ». Une version démentie par le président du Centre des sports de glace du Val-de-Travers : « Le versement n’a pas eu lieu dans les temps et nous avons décliné la réservation » nous indique Valentin Hotz. Un versement d’un acompte de 12'000 francs était nécessaire.


« La Commune a une responsabilité de tirer la prise »

Selon nos informations, une rencontre entre l’association organisatrice et la Commune de Val-de-Travers s’est tenue vendredi dernier, séance lors de laquelle Ruben Dominguez a demandé au Conseil communal de pouvoir organiser la manifestation sous une cantine, par exemple sur le terrain de football des Lerreux, où s’était tenu l’avant-dernière édition en partageant l’infrastructure avec le festival Trouble A. Le terrain avait été endommagé et la Commune avait dû procéder à sa remise en état. Ce vendredi, l’exécutif a refusé la demande d’organiser le comptoir dans une infrastructure communale. « Nous réfléchissons à dénoncer la convention » qui lie la Commune au comptoir, explique la conseillère communale Sarah Fuchs Rota. Cela, car « la collaboration n’est pas suffisamment transparente. Il n’y a eu aucune demande de leur part d’organiser une séance de planification », afin de préparer un concept sécuritaire adéquat. Mais l’exécutif va plus loin : « La Commune a une responsabilité de tirer la prise quand une association ne paye pas ses prestataires. »

Dans ces conditions, où pourrait se tenir le comptoir 2026 – pour autant qu’il ait lieu ? Contacté ce lundi, Ruben Dominguez n’a pas donné suite à nos sollicitations. /aju



Enquête menée conjointement avec Matthieu Henguely d’Arcinfo.


Dans une volonté de transparence, nous indiquons que l’association Comptoir neuchâtelois, organisateur du comptoir du Val-de-Travers, a des factures ouvertes envers les régies publicitaires de Arcinfo et RTN. Cette situation découverte en cours d’enquête n’a ni provoqué, ni influencé notre travail rédactionnel publié ici.


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