Il faudrait en moyenne un pédiatre pour soigner et suivre 1000 enfants. On n’y est pas, dans le canton de Neuchâtel. Et les perspectives ne sont pas bonnes. Deux responsables au Réseau hospitalier neuchâtelois nous livrent quelques chiffres et interprétations.
La pénurie de pédiatres est déjà une réalité dans le canton de Neuchâtel et elle va empirer. C’est le constat des professionnels de la santé. Le libéral-radical chaux-de-fonnier Claude-André Moser, médecin à la retraite, s’en est inquiété à deux reprises devant le Conseil général ces derniers mois.
Les montagnes neuchâteloises sont particulièrement touchées : trois des neuf pédiatres installés en cabinet vont bientôt prendre leur retraite. Et un seul candidat se profile dans les prochaines années. Les 5,7 équivalents plein-temps actuels pourraient être réduits à 1,8 EPT à l’horizon 2031, soit 0,23 pédiatre pour 1000 enfants.
Impossible de compenser les départs à la retraite
Sur le Littoral, la situation est meilleure, mais d’ici 2031, cette zone géographique aussi passera sous le seuil recommandé d’un pédiatre pour 1000 enfants. « On a un très bon réseau de pédiatres à Neuchâtel, ils s’entraident, mais on peine à compenser les départs à la retraite, principalement dans les montagnes neuchâteloises, le Val-de-Ruz et le Val-de-Travers », constate Laurence Racine, médecin-cheffe du département pédiatrique du Réseau hospitalier neuchâtelois (RHNe). Le seul pédiatre installé dans le Val-de-Ruz partira bientôt à la retraite et ne sera pas remplacé.
Laurence Racine : « La pénurie touche particulièrement les montagnes et les vallées. »
La pénurie de la pédiatrie libérale touche Neuchâtel comme n’importe quelle région périphérique souffrant du manque de médecins de premier recours. La génération des baby-boomers – souvent des bourreaux de travail – qui part à la retraite est insuffisamment remplacée par des pédiatres, qui eux, sont souvent à temps partiel et plus soucieux de leur qualité de vie.
Ajoutez à ce tableau certains jeunes patients en moins bonne santé – souffrant par exemple de diabète ou d’obésité – ainsi qu’une prise en charge plus large des familles par les pédiatres (jusqu’à des problématiques sociales et éducatives) et vous comprendrez la pression accrue sur les structures hospitalières pédiatriques. Leur fréquentation a augmenté de 215% entre 2012 et 2024, selon l’estimation du RHNe.
« Comme le système de la pédiatrie libérale est surchargé, on a forcément un report de beaucoup de patients sur l'hôpital. »
Le problème, c’est que le suivi de l’enfant est moins bon à l’hôpital qu’en cabinet. « On manque de médecins pour s’occuper des enfants de manière longitudinale. Et c’est vrai que des problématiques de santé moins bien suivies dans l’enfance sont souvent difficiles à corriger à l’âge adulte », relève Fabian Spigariol, responsable de la pédiatrie ambulatoire du RHNe.
Des solutions ? « On peut imaginer le travail en réseau, c’est quelque chose qui doit se développer en médecine de premier recours. Mais le cœur du réseau de prise en charge d’un enfant doit rester un pédiatre », ajoute-t-il.
Fabian Spigariol : « Beaucoup de marqueurs nous inquiètent. »
Selon le RHNe, les autorités politiques suisses et neuchâteloises ont conscience de la pénurie de médecins de premier recours et des conséquences qu’elle engendre. Reste selon les spécialistes à traduire cette prise de conscience en actes. /vco









