On ne peut pas vivre que de spiritualité. L’Église réformée évangélique du canton de Neuchâtel (EREN) lance une réflexion en profondeur sur une question sensible : les salaires. Un rapport sur le sujet doit être examiné lors de la prochaine session du Synode, le 10 décembre.
Le texte vise à mettre en place un système basé sur trois piliers et à même de corriger ce qui est perçu comme des failles dans la donne actuelle. D’abord, maintenir le principe de l’égalité salariale pratiquée chez les ministres du culte. Deuxièmement, mettre en place un assortiment d’indemnités de fonctions liées aux charges et aux responsabilités spécifiques de chaque poste. Enfin, instaurer des aides ponctuelles liées à la situation spécifique de chacun, par exemple lors d’une naissance dans la famille ou lorsque les enfants sont aux études. Quoi qu’il arrive, l’EREN garantit qu’aucun ministre ne verra sa situation financière se détériorer en raison du changement de système.
Une situation insatisfaisante
Auteur du document, le Conseil synodal, l’exécutif de l’Église, part du constat que la situation actuelle ne donne pas satisfaction. En 2022, les salaires des postes administratifs ont été alignés sur les standards du marché, mais ceux des pasteurs, diacres et autres permanents laïques ne l’ont pas été. Une proposition de réforme a été refusée en 2014 et depuis, le dossier a été considéré comme si sensible que de son propre aveu « le Conseil synodal n’a plus osé y toucher ».
Plusieurs aspects sont considérés comme insatisfaisants. Le principal, c’est qu’à travail égal, les salaires pratiqués au sein de l’EREN sont souvent inférieurs à ceux que l’on rencontre au sein d’autres Églises romandes. Au sommet de la grille, la différence peut atteindre 50'000 francs de salaire brut par année.
L’inégalité de traitement se rencontre principalement chez les pasteurs. L’EREN possède une grille salariale unique pour tous les membres du ministère, au contraire de ce qui se pratique ailleurs. Conséquence : les pasteurs, qui ont une formation universitaire, sont moins bien rémunérés à Neuchâtel que dans les cantons voisins, alors qu’au contraire, la situation des diacres reste financièrement compétitive.
L’enjeu : la survie de l’Église
Car c’est bien de ça qu’il s’agit : alors que la crise des vocations est générale, les différentes Églises protestantes se disputent un nombre de personnes formées en constante diminution. Être capable de proposer des conditions salariales attrayantes est considéré comme « un enjeu de survie institutionnelle » par le Conseil synodal. Par ailleurs, la grille salariale unique rémunère de la même manière des tâches qui présentent des contraintes et des niveaux de responsabilités très diverses. Certaines fonctions, comme le travail en paroisse, s’en trouvent d’autant plus désavantagées. Enfin, ce n’est pas nouveau : l’Église a mal à ses finances. Quelle que soit la réforme entreprise, elle doit l’être sans plomber ses ressources.
À cela s’ajoute encore la question des logements de fonction, intimement liée à celle des rémunérations puisqu’elle constitue l’unique levier dont dispose actuellement l’EREN pour augmenter le pouvoir d’achat de certains ministres du culte. Une quinzaine de personnes en bénéficient, selon des critères et à des conditions inégales. Le rapport note par ailleurs que le système n’est plus adapté aux besoins des familles modernes.
La Société des pasteurs et l’Association des employés de l’EREN vont à présent être associés à la réflexion. Le Conseil synodal espère remettre son rapport en juin 2027, pour une entrée en vigueur souhaitée au 1er janvier 2028. /jhi









