La Fondation Carrefour Neuchâtel a réuni jeudi à Cernier près de 200 professionnels romands pour une journée de formation sur les violences intrafamiliales. Des violences souvent silencieuses, commises dans l’intimité des familles. Alessandra Duc Marwood, pédopsychiatre au CHUV, s’est exprimée sur leurs impacts sur les enfants.
La violence intrafamiliale, un fléau qui se cache dans l’intimité des familles… Cette thématique a été abordée jeudi à Cernier lors d’une journée de formation. Cette rencontre était organisée par la Fondation Carrefour Neuchâtel à l’occasion de son soixantième anniversaire. Elle a réuni près de 200 professionnels romands qui œuvrent dans les domaines du social, de la santé et de la justice. Alessandra Duc Marwood, pédopsychiatre et médecin responsable d’une unité qui s’occupe des violences intrafamiliales au CHUV, était présente. Elle a expliqué, vendredi dans La Matinale, comment ces violences sont détectées et quelles sont leurs conséquences sur les enfants. « La détection est faite par les lieux qui accueillent les enfants : l'école, les crèches, les structures d'accueil parascolaires, les pédiatres et l'hôpital. » La justice civile constitue une autre voie de détection. Elle intervient notamment lors de séparations conflictuelles qui cachent souvent des situations de violence. Les parents eux-mêmes peuvent parfois signaler des situations problématiques. « Si c'est une violence contextuelle, liée à un épuisement parental, ils peuvent en avoir conscience et même le regretter. » La situation est différente dans les cas de domination. « Quand il y a un auteur de violence qui a besoin de garder le pouvoir et de dominer la famille, il n'est pas conscient de la violence. » Et sa victime a tendance à la banaliser et à penser que l'auteur est quand même un bon parent.
L'enfant ne peut pas identifier la maltraitance par lui-même
La pédopsychiatre explique que les enfants victimes de violence ne disposent pas de points de comparaison. « Un enfant se construit une idée de ce qu'est une famille dans sa propre famille. Il n'a pas de référentiel. » Il ressent un malaise sans pouvoir le qualifier. « Il sent qu'il n'est pas très bien. Il va parfois évoquer un événement à un enseignant de manière ponctuelle. » C'est la réaction de l'adulte qui permet à l'enfant de prendre conscience de sa situation, par exemple un enseignant à qui il s'adresse et qui va dire que ce qu'il vit n'est pas normal.
Pour aider les enfants à verbaliser leur vécu, les spécialistes utilisent des approches indirectes. La mémoire traumatique ne passe pas par le verbal. Raison pour laquelle les professionnels ont recours à des outils comme les contes. « Ils restituent une trame verbale, offrent des mots et des références à l'enfant qui pourra alors nommer certaines violences au cours d'un récit », détaille Alessandra Duc Marwood. D'autres supports sont également utilisés : cartes Dixit, mandalas des émotions, dessin et jeu symbolique. Ces méthodes permettent aux enfants d'exprimer ce qu'ils ne peuvent pas dire avec des mots. /sma









