Fermé depuis le mois de janvier avant d’être déclaré en faillite, le restaurant avait résisté de justesse à l’incendie de 1794 qui avait ravagé la vieille ville, grâce, dit-on, au vin de l’établissement. Le propriétaire du bâtiment souhaite transformer le bistrot pour en faire quatre appartements. Nous l’avons rencontré.
La pluie martèle les échafaudages qui entourent le bâtiment de la Pinte neuchâteloise, ce lundi. Jérôme Chatelain se hâte vers l’entrée. Il croit ouvrir la porte de l’ancien bistrot, mais c’est fermé à clé. « J’ai tellement l’habitude que ce soit ouvert… », lâche-t-il pour s’excuser en sortant son trousseau.
A l’intérieur, le temps s’est arrêté. Tables et chaises sont disposées comme elles semblent l’avoir toujours été et les verres sont encore alignés sur le comptoir. En fermant les yeux, on sentirait presque l’odeur des fondues… « Si vous avez besoin de chaises, prenez-les », sourit le propriétaire. Pour l’interview, on s’assoit à la table ronde, celle située dans le prolongement du comptoir.
La Pinte neuchâteloise est fermée depuis le début de l'année, après le départ du tenancier. La faillite a été prononcée en avril. Le bail courait jusqu'au mois de juin.
Le vin de l'établissement pour éteindre le feu
« J’en ai entendu, des histoires sur ce restaurant ! Comme il était situé à côté des deux bâtiments des tribunaux (réd : le Tribunal régional y est toujours) et que les magistrats y venaient souvent, on l’appelait le Tribunal 3 », raconte Jérôme Chatelain. Dans le quotidien « L’Impartial » du 19 mars 2003, Robert Nussbaum écrit que ce « rendez-vous royaliste aurait été sauvé de l’incendie de 1794 – mais rien ne le prouve – par des pompiers sagnards venus prêter main-forte. L’eau épuisée, la légende raconte qu’ils auraient aspergé les murs avec le vin de l’établissement. » Toujours selon le quotidien local, le roi Frédéric Guillaume IV aurait été le dernier souverain prussien à s’y attabler, en 1842.
Fin de l’histoire, donc… « Oui, c’est vraiment un crève-cœur, parce que c’est quand même quelque chose d’assez mythique ! Quand on entend les anecdotes des anciens, c’est vrai que ça fout malheur d’arrêter ça, en quelque sorte », lâche cet entrepreneur et ancien fondeur franc-montagnard.
Jérôme Chatelain : « La Pinte, on l'appelait le Tribunal 3. Certains partis avaient leur stamm bien ancré là. C'est vrai que ça fout malheur d'arrêter ça, en quelque sorte. »
Il aurait fallu rénover la cuisine de l’établissement, un investissement que le propriétaire des lieux estime à « 150'000 francs ». Mais lui, qui a loué à deux tenanciers depuis 2012, explique que « la restauration, c’est compliqué. Les banques sont frileuses. Et la clientèle a changé [depuis le Covid]. » Jérôme Chatelain, qui a investi dans un établissement public aux Reussilles, sait de quoi il parle. Il ajoute que ce bistrot sur trois étages qui fait l’angle entre le Pod et la rue du Grenier a le désavantage de n’avoir ni parking, ni terrasse.
Quatre appartements à la place du restaurant
Le propriétaire, qui a déjà fait transformer trois appartements dans l’immeuble, projette d’en proposer quatre autres à la place du restaurant. Il n’a pas encore déposé son dossier à l’Urbanisme. Le bâtiment de Grenier 8, sur lequel figure en toutes lettres le nom de la Pinte neuchâteloise, bénéfice d’une protection patrimoniale de la Ville. « Ce serait dommage de casser quoi que ce soit à cet immeuble. Même les enseignes resteront. Je vais essayer de garder au maximum le cachet extérieur. A l’intérieur, je ne sais pas quelles contraintes j’aurai. Ce qu’il y aura lieu de faire, je le ferai », promet Jérôme Chatelain. « Ce serait bien de conserver, dans certains appartements en tout cas, le cachet d’origine. »
« Je vais essayer de garder au maximum le cachet du bâtiment. A l'intérieur, je ne sais pas quelles contraintes j'aurai. Mais je ferai ce qu'il faut. »
Ressortons de la Pinte neuchâteloise. La pluie tombe toujours sur les échafaudages. Ils seront bientôt démontés. Le propriétaire a fait réparer le toit après la tempête de juillet 2023. /vco









