Problèmes d’hygiène, menaces, pression mentale, surveillance vidéo ou horaires à rallonge : des témoignages font état d’une situation « grave » au sein de l’entreprise alimentaire. La directrice, pour sa part, conteste l’intégralité des accusations. Notre enquête.
« Je n’ai jamais vu ça », « la situation est catastrophique ». Ces mots sont ceux de sources proches de l’entreprise alimentaire Lehnherr SA. Selon plusieurs témoignages, la société installée à Bevaix ferait face à de nombreux problèmes en coulisses.
Selon nos informations, des inquiétudes liées aux normes d’hygiène sont « récurrentes ». À titre d’exemple, nous apprenons que des marchandises tombées par terre, parfois même « sur le quai de livraison, un endroit particulièrement sale », seraient remises en vente au lieu d’être jetées. De même, des denrées décongelées seraient congelées une nouvelle fois et redistribuées. Enfin, certains témoignages mettent en évidence que certains produits venus de l’étranger seraient faussement étiquetés comme provenant de Suisse. Des observations qui, d’après nos sources, ont été remontées au Service cantonal de la consommation et des affaires vétérinaires. Contacté, ce dernier indique ne pas pouvoir donner d’informations complémentaires à ce sujet.
De son côté, la directrice de la société, Caroline Lehnherr, réfute « vigoureusement » ces allégations. Elle explique avoir revu récemment, de pair avec le SCAV, l’ensemble des processus pour « assurer un traitement idéal des marchandises ». La directrice ajoute que le service de la consommation et des affaires vétérinaires « a pleinement validé notre manière de travailler, qui correspond et dépasse les standards légaux et usuels de la branche. »
Conditions difficiles
Derrière les portes de l’entreprise Lehnherr, les conditions de travail des employés seraient aussi particulièrement difficiles. Les témoignages font état de périodes prolongées dans le froid, « à maximum trois degrés » en production, sans équipement adapté. Mais aussi de « pression mentale », de « menaces de licenciements » et d’un climat général « malsain ». Face à ses observations touchant le bien-être des employés, la directrice « conteste toute violation de ses obligations à cet égard. »
Légal ou pas ?
En parallèle, les employés ont récemment été informés de l’installation de vidéosurveillance sur le site bevaisan. Si l’entreprise à l’autorisation de mettre ce système en place, les caméras ont été installées « dans des zones où les collaborateurs travaillent en permanence. Les employés se retrouvent ainsi filmés en continu à leur poste », détaillent nos sources. Une situation qui serait illégale à en croire une juriste spécialisée dans le droit des travailleurs. « Les caméras sont autorisées aux entrées et sorties des entreprises, si les images ne sont conservées que sur une courte période. En revanche, il n’est pas autorisé de filmer un employé en permanence sur son lieu de travail », précise-t-elle.
Là encore, la directrice dément. Caroline Lehnherr précise tout d’abord que le système n’est pas encore en place, mais également que ce dernier « a été posé par un spécialiste et qu’il correspond au standard de la branche ». Elle ajoute encore que « c’est uniquement la zone de travail et de gestion des denrées alimentaires qui est au centre de cette surveillance. »
Rotation « anormale »
Pour mettre en évidence les nombreux problèmes observés. Nos témoins évoquent notamment « huit à dix départs en un an », au sein de l’équipe de production qui compte cinq ou six salariés. Mais également des employés qui auraient donné leur démission « à peine quelques semaines après leur arrivée ». Face à ce constat, l’Inspection cantonale du travail a été informée de la situation. Cette dernière nous indique qu’elle ne peut pas se prononcer sur un tel dossier, tout en précisant que « lorsqu’il y a une plainte, le service agit. »
Quant à la direction de l’entreprise, elle rappelle que le secteur d’activité de la société est « exigeant » et qu’il « n’est pas inhabituel d’avoir des changements fréquents au niveau des employés. »
Versions opposées
Au nom de la direction, Caroline Lehnherr se dit « convaincue du caractère malintentionné et parfaitement faux de ces graves accusations ». Une version opposée en tout point avec les nombreux témoignages récoltés.
Il reviendra à l’Inspection cantonale du travail et au Service cantonal de la consommation et des affaires vétérinaires de déterminer qui dit vrai. /gjo









