Les prestations complémentaires sont un droit légal. Mais trop de personnes âgées n’y recourent pas pour diverses raisons. Le Canton de Neuchâtel veut s’attaquer au problème. Un projet pilote a été présenté vendredi afin d’accompagner les seniors à franchir le pas.
C’est un problème avec de lourdes conséquences sociales. Le non-recours aux prestations complémentaires des ainés. Selon une étude de Pro Senectute, environ 230'000 personnes seraient concernées en Suisse. Pour tenter de remédier à ce phénomène au niveau local, un partenariat a été présenté vendredi matin. Il réunit l’AVIVO Neuchâtel, la Caisse cantonale neuchâteloise de compensation (CCNC) et l’État via le Département de l’économie et de la cohésion sociale. Il est réservé au quelque 1’900 membres des quatre sections de l’Association de défense et de détente des retraités (AVIVO). Le projet pilote propose un accompagnement gratuit pour aider les seniors dans leurs démarches.
L’idée est partie du constat que les obstacles sont divers et variés, comme l’explique Marc-André Nardin, avocat auprès de l’AVIVO qui a initié la démarche. « La nationalité, le manque de formation professionnelle, les formulaires à remplir demandent certaines connaissances. Il y a aussi des personnes qui ne savent tout simplement pas que le dispositif des prestations complémentaires existe ou encore ont honte d’aller auprès des guichets compétents pour les obtenir. »
Marc-André Nardin : « Nous proposons de faire sauter tous les obstacles. »
Marc-André Nardin va réaliser un pré-diagnostic notamment au moment de remplir les déclarations d’impôts des membres de l’AVIVO qui en font la demande et déterminer ainsi si les personnes ont droit ou non aux prestations complémentaires. Car le processus peut être complexe. Le formulaire à remplir est composé de 13 pages et compte entre 100 et 120 questions, ajoute encore l’avocat bénévole. Au vu du degré de compétences que cela requiert, l’automaticité du processus ne serait-elle pas la solution toute trouvée ? « Ce n’est pas si simple », explique la conseillère d’État en charge de la cohésion sociale, Florence Nater. « Au niveau de la loi fédérale, on est dans une démarche de responsabilité individuelle ». Mais il n’y pas que ça. « De nombreux critères entrent en ligne de compte pour savoir si on a droit à une prestation complémentaire ou pas, comme le loyer. » Et ce dernier ne figure pas sur la déclaration d’impôts.
Florence Nater : « Dans les dispositifs actuels, les nombreux critères demandés ne peuvent pas être résolus de manière purement automatique. »
Lutter contre la précarité
Mathieu Erb, directeur de la CCNC, précise que grâce à ce partenariat et aux chiffres qui vont remonter, il sera possible d’estimer le volume du non-recours potentiel et ainsi de « développer une politique du : 'aller vers', plutôt que du 'faire venir'. » De quoi améliorer le recours aux prestations et prévenir des situations de pauvreté cachée et de renoncement aux soins, par exemple.
Florence Nater, espère « documenter la réalité ». Et d’affirmer que ne pas recourir aux prestations ne fait pas gagner de l’argent à l’État. « C’est un faux calcul, car cela crée de la fragilité, la précarité est renforcée et cela accentue les formes d’exclusion et d’isolement qui impactent aussi la santé. »
Il est estimé que dans le canton de Neuchâtel environ 10'000 personnes bénéficient soit de prestations complémentaires AVS ou AI et de subsides LAMal. Seul le canton de Bâle-Ville en compte davantage en Suisse.
Ce dispositif, testé dans un premier temps comme projet pilote, fera l’objet d’un bilan dans les prochains mois. /jpp









