Arnaque aux faux policiers : la justice neuchâteloise a condamné deux hommes

Dix et neuf mois de prison avec deux ans de sursis. C’est la peine qui a été prononcée ce mardi ...
Arnaque aux faux policiers : la justice neuchâteloise a condamné deux hommes

Dix et neuf mois de prison avec deux ans de sursis. C’est la peine qui a été prononcée ce mardi matin par le Tribunal de police du Littoral et du Val-de-Travers contre deux ressortissants français accusés d’avoir participé à des arnaques aux faux policiers dans le canton à l’été 2024. Le ministère public avait requis 12 mois.

Deux hommes ont été condamnés mardi matin pour avoir participer à des arnaques aux faux policiers. (Photo libre de droits : illustration.) Deux hommes ont été condamnés mardi matin pour avoir participer à des arnaques aux faux policiers. (Photo libre de droits : illustration.)

« Ils ne sont que les pantins d’un réseau bien ficelé », a déclaré l’avocate de l’un des deux hommes qui comparaissaient mardi matin devant le Tribunal de police du Littoral et du Val-de-Travers à Neuchâtel. Les deux hommes sont accusés d’avoir participé à une série d’arnaques aux faux policiers dans la région l’été passé. Ils ont tous deux reconnu les faits qui leur étaient reprochés et ont été condamnés à une peine de 9 et 10 mois de prison assortis d’un sursis de deux ans chacun. Des faits « très graves » à rappeler la juge lors du verdict aux deux jeunes hommes qui semblaient prendre leur jugement avec légèreté.

Les faits reprochés aux deux accusés se seraient déroulés entre le 15 et le 16 juillet 2024 à trois adresses différentes en ville de Neuchâtel. Les deux hommes étaient âgés de 21 et de 23 ans aux moments des faits et domiciliés à Strasbourg en France. Ces deux amis seraient venus en Suisse dans le but de perpétrer ces arnaques pour le compte d’un réseau dont ils n’ont pas détaillé l’origine. Au total, trois escroqueries avec, à chaque fois, le même mode opératoire. Selon leurs déclarations, les deux hommes recevaient des informations quant au domicile de la victime via Snapchat. Cette dernière était contactée par téléphone en amont de la visite des deux hommes par des complices. Lors de l’appel, les complices inconnus demandaient une somme d’argent en prétextant être de la police pour mettre la pression sur la victime. Une fois rendu sur place, l’un des deux hommes se présentait au domicile indiqué en expliquant être un policier au courant de l’affaire et récupérait le butin. À savoir des cartes bancaires, de l’argent liquide, des bijoux et d’autres valeurs. L’autre homme restait quant à lui dans le véhicule. Trois victimes constituent la partie plaignante: deux femmes et un homme âgés respectivement de 73, 98 et 96 ans au moment des faits. Elles n’étaient pas présentes au procès. Au total, les deux hommes ont empoché un butin estimé à environ 102'000 francs et 6'000 euros au moment de leur arrestation le 16 juillet 2024.

Les chefs d’accusation sont au total de huit pour les deux hommes : escroquerie, tentative d’escroquerie, vol, tentative de vol, usurpation de fonction, tentative d’usurpation de fonction ainsi qu’utilisation frauduleuse d’un ordinateur et tentative d’utilisation frauduleuse d’un ordinateur. Le ministère public, qui a renoncé à être cité aux débats de mardi matin, avait requis une peine d’emprisonnement de 12 mois pour chacun des deux hommes avec 2 ans de sursis.


Les accusés « victimes d’un système qui les dépassent ».

Sur le banc des accusés, les deux jeunes hommes se sont présentés mardi matin en survêtements et en doudoune noir. Tout au long du procès, ces derniers se sont lancé des regards complices, en échangeant parfois quelques paroles et même quelques plaisanteries. La juge a dû les reprendre à plusieurs reprises en leur rappelant qu’ils comparaissaient devant un tribunal et qu’il ne s’agissait aucunement de « discussions ouvertes ». Loin d’avoir des profils de bandit, les deux hommes avaient davantage l’air de deux adolescents ne mesurant pas vraiment la gravité de leurs actes.

Les deux hommes n’ont pas nié les faits, mais n’ont pas été capables de donner de véritables motifs à leurs agissements. « Je ne saurais pas vous dire pourquoi j’ai fait ça. C’est tellement con et stupide », a exprimé l’un d’eux. De plus, les deux hommes ont nié avoir eu connaissance du mode opératoire et du profil des victimes en s’engageant dans la combine. « On m’a simplement dit que je devais aller d’un point A à un point B et prendre l’argent. Je n’en savais pas plus », a déclaré le conducteur de la voiture, qui affirme n’avoir été que le chauffeur de l’opération. Après avoir découvert que la première victime était une personne âgée, le prévenu qui se faisait passer pour un faux policier s’est dit « dégouté » par la situation. « Pourtant vous avez continué », à déclarer la juge. « J’étais dans le besoin », a simplement répondu l’accusé. Aux termes des questions de la juge, les deux accusés n’ont exprimé aucun remord.

Les deux avocates de la défense ont appuyé sur le fait que leurs clients ne seraient que des « pions humains, victimes d’un vaste réseau d’arnaques bien ficelé ». Les deux hommes n’auraient que suivi des instructions données par des complices inconnus sans prendre conscience de la gravité de leurs actes, « attirés par l’appât du gain facile ». Les deux avocates ont demandé à ce que leurs clients soient jugés en qualité de « complices » et non de « co-auteurs » des faits. Elles ont de plus demandé à ce que les chefs d’accusation d’escroquerie et de tentative d’escroquerie ne soient pas retenus. « Les éléments constitutifs de l’escroquerie ne sont pas réunis », selon l’une des avocates. Les chefs d’accusation concernant l’usurpation de fonctions ne devraient pas être retenus non plus selon ces dernières, car aucune preuve n’est tangible quant à ces faits. Elles ont toutes deux demandé du sursis.


Arguments peu crédibles pour la juge

« C’est une affaire qui laisse un fort sentiment de malaise », a exprimé la juge au terme des délibérations. Cette dernière a fait état d’un certain paradoxe : d’un côté des faits « très graves » avec derrière un « réseau criminel bien rodé et tristement efficace ». De l’autre, deux personnes « jeunes et immatures » qui ne collent pas du tout au profil de « criminels dangereux ». Bien que les deux accusés aient assumé leurs actes et se soient donnés la peine de se présenter devant le tribunal : « ils minimisent leur implication et mentent », a détaillé la juge. « Ils ne montrent pas vraiment de regrets et adoptent une attitude revancharde devant la cour », ajoute-t-elle.

La juge a finalement balayé les plaidoiries des avocats de la défense en insistant sur certains chefs d’accusation : « À l’évidence, c’est de l’escroquerie », a-t-elle fermement déclaré. « Tout indique et conforte l’astuce pour tromper les victimes, ce n’est pas de simples vols. » De plus, les deux hommes ont bien été jugés en tant que co-auteurs et non pas en tant que complices. Quant à l’usurpation de fonction : « Il suffit de comparer les versions », a expliqué la juge, et celles des trois plaignants est plus convaincante, selon elle. Ces derniers ont décrit exactement le même mode opératoire, alors que les déclarations des prévenus sont moins évidentes et comptent des mensonges ainsi que des incohérences.

Finalement, les deux prévenus ont donc été condamnés pour tous les chefs d’accusation cités en amont, seuls le vol et la tentative de vol n’ont pas été retenus. Ils écopent respectivement d’une peine de 9 mois et de 10 mois de prison avec un sursis de 2 ans pour chacun d’eux et au remboursement des frais de justice. Ils ont dix jours pour faire appel. /crb


 

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