Les travaux en cours à la chapelle du Scapulaire, au Landeron, ont permis de dégager des décors peints remontant au XVIIe siècle. Leur état de conservation est « inattendu et remarquable », tout comme les citations et motifs qui étaient inconnus jusqu’alors. Découverte de ce bijou retrouvé.
C’est une découverte qui vaut bien sa restauration. Les décors peints de la chapelle du Scapulaire du cimetière du Landeron ont été présentés mercredi par l’Office cantonal du patrimoine bâti et immatériel (OCPI) et les autorités communales landeronnaises. Enclave catholique en terre protestante, Le Landeron, qui célèbre cette année ses 700 ans, possède un riche patrimoine religieux, dont témoigne la chapelle du Scapulaire au cimetière des Bévières. L'endroit est caractérisé par son patrimoine funéraire, précise le conservateur cantonal Frédéric Frank. Il est aussi le dernier témoin de l’ancien et mystérieux établissement de Nugerol qui, de l’époque romaine au début du XIVe siècle, constituait la principale localité de l’Entre-Deux-Lacs. Au Moyen Âge central, en plus d’un château seigneurial, puis d’un bourg, le site possédait deux lieux de culte : l'église St-Ursanne, aujourd’hui la Blanche-Église de La Neuveville (BE), et, surtout, l'église St-Maurice, dont la chapelle du Scapulaire est le dernier vestige monumental, le reste de l'édifice ayant été démoli en 1828. Correspondant à l’une des deux chapelles originellement accolées à la nef de l’église, le lieu doit son nom à la fondation d’une confrérie placée sous le titre de Notre-Dame du Mont-Carmel ou du Scapulaire en 1671. Il était à l’origine ouvert sur l’église par une arcade et éclairé par une fenêtre, tous deux encore repérables. La chapelle est couverte d’une voûte sommée d’une clé portant les armoiries du Landeron et la date de 1674. Sous les enduits modernes, un décor polychrome portant la date de 1683 ornant les parois et la voûte vient d’être mis à jour. Ce décor, dont seul un fragment était connu, est en cours de dégagement. Pour Christian de Raynier, archéologue du bâti à l’OCPI, ce lieu témoigne de la riche histoire locale : « Nous avons là un petit trésor archivistique », se réjouit-il.
Notre reportage dans la chapelle du Scapulaire :
Christian de Raynier : « Il n’y a pas de raison liturgique au masquage de ces décors. »
Conservation remarquable
L'opération intervient dans le cadre de travaux de conservation-restauration suivis par l’Office du patrimoine bâti et immatériel. Elle se révèle exceptionnelle tant par la richesse de ses motifs que par son état de conservation, ont relevé les intervenants, dont le président du Conseil communal Roland Spring. Ce dernier a dû lutter pour obtenir la validation des différents crédits communaux à la restauration de ce bâtiment. « On avait des oppositions, mais on a eu le fin nez d’organiser une rencontre dans la chapelle pour le Conseil général et on a réussi à convaincre passablement de personnes qui étaient opposées au départ », explique-t-il. Pour lui, la beauté de ce lieu aura suffi à faire changer d’avis plusieurs conseillers généraux landeronnais. Le crédit avalisé se monte à 270'000 francs. À noter que le canton et la Confédération mettent aussi la main à la poche pour la réalisation de ce projet. Selon Frédéric Frank, ce coup de pouce du Canton et de la Confédération a encore davantage motivé le Conseil général à voter en faveur de cette rénovation.
Frédéric Frank : « À chaque fois qu’on découvre un pan du patrimoine bâti, ça nous permet de mieux comprendre les autres. »
Des peintures simples mais très parlantes
Les décors expressifs montrent d’indéniables similitudes avec ceux de la chapelle de Combes, bâtie à la même époque. Ils sont caractéristiques des réalisations baroques de la Contre-Réforme portée par les Orléans-Longueville, qui tentent de faire du Landeron une vitrine du catholicisme.
Conservée et aménagée sous sa forme actuelle en 1828, la chapelle, alors confiée aux frères Capucins, aurait servi de chapelle funéraire jusqu’à la construction du nouveau funérarium en 1922. Elle a abrité un temps encore l’imposant retable baroque à colonnes torsadées encadrant une représentation de l’Assomption de la Vierge Marie, aujourd’hui exposé au Musée de l’Hôtel de Ville du Landeron. /ATS-yca












