La tempête frappe, lui photographie. Le Musée d’Estavayer-le-Lac et ses grenouilles accueille depuis la semaine dernière le travail d’Alan Humerose. L’exposition du photographe originaire du Jura s’intitule « Une rafale des racines ». À travers ses clichés, Alan Humerose dévoile des images de la tempête Lothar : des arbres déracinés et des branches arrachées, capturées lors de son road trip postapocalyptique de 4’000km. Ses photographies, vues à travers son objectif, évoquent des contes et des légendes chamboulés.
Pour Maxime Papaux, directeur du Musée d’Estavayer-le-Lac et ses grenouilles, le choix de cette exposition s’inscrit dans « la volonté du musée de développer des propositions artistiques », tout en restant fidèle à « ses curiosités et à ses célèbres grenouilles taxidermisées ». L’idée de présenter les œuvres d’Alan Humerose « s’est fagotée après des échanges avec l’artiste autour de la cabinerie », explique-t-il. Dès que l’occasion s'est présentée, le musée n'a pas hésité à saisir l’opportunité. Il en a d'ailleurs profité pour rénover l'une de ses salles. Ainsi, « les gens peuvent découvrir une nouvelle salle », souligne le directeur du musée.
Maxime Papaux : « Il y a eu cette proposition de pouvoir exposer pour la première fois cette série qui a 25 ans. »
« Une abstraction absolue »
Il y a 25 ans, le 26 décembre 1999, l’une des tempêtes les plus puissantes s’abattait sur la Suisse. A l’annonce des dégâts, c’était « une abstraction absolue. Des millions d’arbres abattus je ne savais pas ce que ça voulait dire, alors que je connais très bien la forêt », souligne le photographe Alan Humerose. Alors, il est parti. Pour voir. Il précise que son but n’était « pas de faire un reportage photo », ni même de documenter l’événement. Le photographe souligne que ses images vont bien au-delà de la simple illustration d’une catastrophe écologique. Pour lui, elles ne sont pas le fruit d’une idée préconçue, mais d’une réaction spontanée à ce qu'il voit : « Je n’ai jamais aucune idée de faire une photographie. C’est que tout à coup je vois quelque chose, et ce quelque chose est si obsédant que je m’en débarrasse en le photographiant ».
Alan Humerose : « Cette question est devenue obsédante, alors je suis parti pour voir. »
Effondrement des contes et légendes
Et puis, au fil du voyage, Alan Humerose constate que ce ne sont plus seulement des arbres tombés. « Ce sont des légendes qui s’effondrent, à l’image du Petit Chaperon Rouge enseveli sous des troncs ». L’artiste a conservé ces photos pendant 25 ans avant de les exposer. Ce délai lui a permis de se « détacher émotionnellement de l'instant de la prise de vue » précise-t-il, et de les redécouvrir, après des années de travail sur d'autres projets. Ce n’est qu'après ce processus qu’il a choisi de les exposer. /lal










