Envoyée pour réaliser l’inventaire d’une boutique de la Métropole horlogère, une employée de l’office des faillites du canton de Neuchâtel en a profité pour faire son marché. Elle a été licenciée sur le champ. Le patron du commerce, lui, s’inquiète de la fiabilité de ce service de l’État.
Il l’a un peu en travers de la gorge, ce commerçant chaux-de-fonnier. Au printemps 2023, son magasin a été mis en faillite administrative, pour des raisons de domiciliation du dirigeant de l’entreprise. Une fois l’enseigne fermée, deux collaborateurs de l’office des faillites, un homme et une femme, sont venus faire l’inventaire de la boutique. Une procédure ordinaire que le propriétaire du magasin a suivie depuis son domicile, grâce à la caméra installée dans l’échoppe.
Une fois la marchandise répertoriée, l’homme est sorti du magasin. La femme est restée seule à l’intérieur. Sur les images de la vidéosurveillance, on la voit prendre son téléphone portable et appeler une de ses connaissances. Devant une vitrine contenant des produits, on entend l’employée de l’office des faillites énumérer à son interlocuteur les noms des marques de la marchandise en question. Après quelques échanges, la femme se penche vers la vitrine, prend un sachet et le glisse dans son sac à main. Elle se dirige ensuite vers la porte de la boutique, s’arrête devant celle-ci et tourne la tête en direction de l’endroit où elle vient de commettre son forfait. C’est là qu’elle prend conscience qu’il y a une caméra. La femme revient alors sur ses pas, sort le sachet de son sac et le remet à sa place, sur l’étagère.
« Tout n’est pas tout blanc »
Estomaqué, le propriétaire du magasin, qui a suivi la scène depuis chez lui grâce à la caméra vidéo, prend tout de suite contact avec l’office des faillites, par l’intermédiaire de son fiduciaire, pour dénoncer le cas.
Si pour le patron de la boutique la faillite n’a été entre guillemets qu’administrative. D’autres « perdent tout dans ce genre de procédure ». Et « on va encore les voler », s’exclame-t-il révolté.
S’il a décidé de parler de cette affaire, c’est, dit-il, pour que le public sache. « En Suisse, un pays où en apparence tout se passe bien, tout n’est pas tout blanc », explique-t-il.
Employée remerciée
Contacté, le chef du Service des poursuites et faillites reconnait le cas et évoque « un acte isolé ». Il rappelle que « l’honnêteté est une valeur essentielle, soulignée lors des engagements et rappelée régulièrement au personnel de l’office ».
Il assure que la personne qui s’est montrée indélicate lors de l’inventaire du magasin chaux-de-fonnier « ne fait plus partie du personnel ». Et il ajoute que « même un larcin de quelques francs est intolérable pour l’éthique de [la] profession ».
Les personnes chargées de réaliser les inventaires pour le compte de l’office des faillites sont engagées « sur la base des règles ordinaires applicables à tout le personnel de l’administration cantonale neuchâteloise ». S’ajoute « la production d’un extrait du registre des poursuites et, éventuellement, une vérification auprès d’employeurs précédents ».
Dans une affaire de faillite, les interventions sont systématiquement réalisées par au moins deux personnes. Et « les inventaires sont toujours soumis aux organes des entreprises en faillites », précise le chef de service.
Des excuses
Reste que le patron du magasin chaux-de-fonnier attendait des excuses du préposé à l’office des faillites, ce qui, selon ses dires, lui a été refusé. Le chef du service rappelle que la société en faillite n’a finalement subi aucun dommage et le préposé a exprimé son indignation et les regrets de la personne impliquée. Mais, précise-t-il, « des excuses officielles n’ont jamais été demandées ».
D’un point de vue professionnel, le patron de la boutique mise en faillite a pu rebondir très vite. Il a rouvert une enseigne à quelques dizaines de mètres de la première, avec un directeur établi cette fois-ci en Suisse. /cwi









