Les eaux souterraines, dont les enjeux deviennent plus grands avec le changement climatique, seront à l’honneur du 8 au 13 septembre lors d'un Congrès mondial à Davos (GR). L'événement est co-organisé par le Centre d'hydrogéologie et de géothermie de l'Université de Neuchâtel (CHYN), qui rayonne grâce à ses travaux qui visent à anticiper les tendances futures.
"Les eaux souterraines sont importantes pour l'eau potable, l'irrigation agricole et l'écosystème. Elles peuvent être perçues comme un grand réservoir à disposition lors de périodes de sécheresse mais si on les surexploite l'aquifère devient vide", a déclaré jeudi Philip Brunner, président du comité scientifique du Congrès lors d'un point-presse à la station de pompage de Boudry (NE).
"Les enjeux deviennent plus compliqués avec les changements climatiques. Nous devons améliorer notre compréhension de la manière dont les eaux souterraines interagissent avec les différents sols, les glaciers, la neige, les rivières et les lacs, et comment elles réagissent aux événements extrêmes en nous appuyant sur les progrès méthodologiques", a expliqué Daniel Hunkeler, professeur au CHYN et président du comité d'organisation du Congrès.
Landon Halloran, maître-assistant et son équipe, ont ainsi développé de nouvelles méthodes pour mesurer les variations de stockage de l'eau souterraine sans avoir à forer. "En relevant de très petites variations de gravité imperceptibles par l'humain, grâce à un gravimètre facilement transportable, on peut voir le niveau de la nappe phréatique".
Des mesures gravimétriques ont ainsi permis de quantifier la perte de réserve d'eau souterraine au cours d’une période chaude dans le Vallon de Réchy (VS), de même que la perte annuelle de pergélisol dans les glaciers rocheux de Canfinal et Murtèl (GR).
Plus de 1000 spécialistes vont débattre
De leur côté, le postdoctorant Tanguy Racine et le professeur Philippe Renard participent au projet européen KARST qui cherche à déterminer les lois physiques qui régissent l'écoulement de l'eau et le transport des polluants dans les massifs calcaires. Les aquifères karstiques, dont dépendent 25% de la population, peuvent, par leur capacité d’écoulement extrêmement rapide, entraîner des inondations, ainsi que de la pollution des ressources en eau douce.
"Les réseaux karstiques sont très vulnérables. Une contamination peut se déplacer très vite, sans avoir pu être filtrée. Les aquifères karstiques sont à protéger", a ajouté Tanguy Racine.
Le doctorant Saeed Mhanna a abordé la gestion de l'eau dans les zones de conflits, et notamment lors de la guerre en Syrie. En raison de l'accès limité au terrain, le chercheur a utilisé des données de télédétection par satellite. Il a observé que la baisse de besoins en irrigation, en lien avec l'abandon de terres cultivées dû à la guerre, avait permis à des sources de recommencer à couler.
Dans ses recherches, le scientifique Ronan Abhervé vise à prédire les ressources en eau des lacs et des rivières dans les 20 ou 30 prochaines années en modélisant des scénarios sur les précipitations et des données sur les sources en amont des bassins versants. "En Bretagne, on observe que les débits vont baisser de 30%". Ces modélisations aident à prendre des décisions politiques, selon lui.
Le Congrès va aborder notamment la question du changement climatique dans les régions montagneuses et de ses conséquences pour la cryosphère qui comprend les glaciers, la neige et le pergélisol. Le 12 septembre sera une journée dédiée aux thématiques qui concernent la Suisse.
L'événement va réunir plus de 1100 spécialistes de 80 pays à Davos. "C'est la 2e fois que la Suisse l'organise et la dernière fois, c'était il y a 30 ans à Lausanne", a expliqué Daniel Hunkeler. Les organisateurs auraient bien voulu le faire à Neuchâtel mais il n'y avait pas assez de chambres d'hôtels et de salles suffisamment grandes disponibles.
/ATS








