Chauffeur de bus séducteur devant la justice

Un trentenaire, ex-chauffeur de bus, est accusé d’avoir joué de son statut pour séduire et ...
Chauffeur de bus séducteur devant la justice

Un trentenaire, ex-chauffeur de bus, est accusé d’avoir joué de son statut pour séduire et entretenir des relations sexuelles avec quatre jeunes filles de moins de 16 ans. Le tribunal criminel de La Chaux-de-Fonds l’a condamné.

Le Tribunal criminel de La Chaux-de-Fonds reconnaît la culpabilité d'un ex-chauffeur de bus dans une affaire  de mœurs. (photo : archives) Le Tribunal criminel de La Chaux-de-Fonds reconnaît la culpabilité d'un ex-chauffeur de bus dans une affaire  de mœurs. (photo : archives)

Vladimir Nabokov et Marguerite Duras ont été invoqués mercredi matin au Tribunal criminel à La Chaux-de-Fonds. Le premier avec son ouvrage Lolita et la seconde avec son roman l’Amant. Les deux écrivains ont été pris à partie par le procureur - pour l’auteur américain - et par l’avocat de la défense - pour la romancière française - dans une affaire d’actes d’ordre sexuel avec des enfants. Selon l’acte d’accusation, le prévenu, un trentenaire, aurait utilisé son statut de chauffeur de bus pour séduire et entretenir des relations sexuelles avec des mineures âgées de 14 à 15 ans au moment des faits.

Comme dans Lolita, y a-t-il eu emprise d’un homme adulte sur les jeunes filles, peut-être consentantes ? Ou au contraire, avait-on à faire, comme dans l’Amant, à des adolescentes ayant soif de découvrir et de transgresser les mœurs ?


Des regrets

La Cour a tranché en faveur d’un verdict de culpabilité. L’accusé écope de 32 mois de peine privative de liberté, dont neuf ferme, la poursuite du traitement déjà en place, une interdiction à vie de mener des activités impliquant des personnes de moins de 16 ans et des frais à hauteur de 14'000 francs. Le tribunal a, en revanche, renoncé à une expulsion du territoire comme le réclamait le Ministère public.

Entre 2018 et 2023, l’accusé a, selon l’acte d’accusation, utilisé son statut de chauffeur de bus pour séduire des jeunes filles et entretenir avec au moins trois d’entre elles des relations sexuelles.

Pour le trentenaire, sa profession n’avait rien à voir avec les faits qui lui sont reprochés. Après un an de thérapie, il est arrivé à la conclusion que c’est l’environnement dans lequel il évoluait qui l’a « poussé à avoir ce comportement déplacé », et pas son uniforme. C’est aussi grâce à ce suivi thérapeutique qu’il a compris que ses agissements pouvaient lui permettre « d’avoir une sorte d’emprise » sur ces adolescentes. Il dit également « regretter ces relations », comprenant qu’il aurait pu « entacher le développement des jeunes filles ».

Sur les quatre victimes citées dans l’acte d’accusation, seules deux ont porté plainte, dont l’une d’elles par l’intermédiaire de sa mère.


Amour-haine

Appelée à témoigner devant la Cour, une des deux plaignantes reconnait les rapports sexuels, soulignant que le prévenu ne l’avait « pas forcé ». À une question du procureur à propos de la différence d’âge entre elle et l’accusé, elle répond : « Aujourd’hui, je ne trouve pas ça normal. Mais à 14 ans, on n’en a pas conscience. Face à un adulte, on se sent toujours plus petit. Je n’osais pas forcément dire non ».

La deuxième témoin, une fille de 15 ans, donne l’impression d’osciller entre amour et haine pour le prévenu. « J’ai encore des sentiments d’amour pour lui et je le déteste au plus profond de mon cœur », explique-t-elle au président du tribunal. Elle cherche encore à avoir des contacts avec le trentenaire. À la fin de son témoignage, elle s’enquiert auprès de la Cour pour savoir si elle aura le droit de lui envoyer des lettres s’il devait aller en prison.

Dans son réquisitoire, le procureur a utilisé le mot de prédateur sexuel à l’encontre du prévenu, invoquant le protagoniste du roman de Nabokov et l’image d’une jeune fille séductrice comme fil rouge de toute cette affaire. Il reprend les mots du prévenu lors de son interrogatoire par la police : « Si ça s’est passé, c’est parce que j’ai senti qu’elle voulait ». Réponse typique du pédophile, conclut le procureur. Il avait notamment requis 36 mois d’emprisonnement avec ou sans un sursis partiel et une expulsion de sept ans du territoire suisse.

Ce réquisitoire a provoqué « un profond malaise » chez l’avocat de la Défense qui le qualifie de « démagogique, caricatural, sidérant ». Il poursuit : « Accuser le prévenu de prédateur, les victimes de proies, de fruits à cueillir, ça ne ressort en rien de cette affaire ». Avant de prévenir que « la justice des émotions, c’est porteur d’un danger, pas la recherche de la vérité ».

Même s’il sait qu’à l’ère #MeToo il est délicat de s’engager sur cette voie, l’avocat de la Défense met en avant des relations consenties. Il évoque cette jeune fille, qui ne faisait pas partie des plaignantes, qui assure se sentir victime de rien et être heureuse de cette relation qui a duré plusieurs années. Le mandataire du trentenaire met en avant les propos de cette adolescente qui assure que « si j’avais dit non, il aurait arrêté ». « Ils se voyaient parfois sans entretenir de rapport », martèle l’avocat. Et puis, il rappelle cette jeune fille qui change plusieurs fois sa version des faits face aux enquêteurs, alors que son client a eu lui un discours constant. En conclusion de la plaidoirie, il avait demandé à la Cour de renoncer à l’expulsion et de prononcer une peine compatible avec un sursis complet.


Ministère public partiellement satisfait

Tant du côté de la Défense que du Ministère public, il est trop tôt pour dire si appel il y aura. La partie défenderesse qualifie toutefois le jugement d’équilibré et souligne une peine compatible avec un régime de semi-détention qui permettrait à son client de retrouver du travail et de se reconstruire. L'avocat ajoute que si cette affaire s’est dénouée devant le Tribunal criminel, c’est parce que son client a refusé la procédure simplifiée qui l’aurait conduit à une expulsion du territoire pour une durée de sept ans. Il note au passage que ce dossier « n’a pas suscité un engouement des parties plaignantes ». Celles-ci n’ont pas fait valoir de prétentions civiles et ne se sont pas attachées les services d’un avocat, remarque-t-il.

De son côté, le procureur se dit partiellement satisfait de la sentence. Il peine comprendre « l’argumentation qui permet de renoncer à une expulsion du territoire » et va réfléchir à un éventuel appel. /cwi


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