Et pour cause, il n’existe pas en Suisse de législation en la matière. Mais les institutions publiques se rallient généralement au code de déontologie de l’ICOM. Ce qui n’est pas forcément le cas des musées privés. Explications avec Marc-Olivier Gonseth, conservateur ad intérim du MEN.
Un musée peut-il vendre un objet en Suisse ? Lors de son exposition « Les esprits de l’apéro », le Musée de la vigne et du vin à Boudry proposait à la vente des statuettes provenant de deux collections privées. L’une d’art népalais achetée lors d’une vente aux enchères à Paris et l’autre provenant d’une ancienne collection neuchâteloise d’art africain. Une vente qui a interpelé une ethnologue en vadrouille dans le journal satirique « Vigousse » du 28 mars. Pour Marc-Olivier Gonseth, conservateur ad-intérim du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN), on est face à une question délicate. « Elle nous ramène à l’absence de cadre normatif et de législation suisse en matière de vente d’objets de musée, contrairement par exemple à la France où il y a inaliénabilité des collections. » Ce qui n’est pas le cas en Suisse. Il y a aussi une différence entre les institutions publiques, « qui décident généralement de se rallier au code de déontologie du Conseil international des musées (ICOM), qui donne des consignes quand il s’agit de se débarrasser d’un objet ou de renoncer à un objet. »
Les lignes directrices de l'ICOM
Marc-Olivier Gonseth précise que « pour l’ICOM, la valeur marchande d’un objet n’est pas considérée comme une raison légitime de s’en séparer. » Les raisons prises en compte sont, par exemple, lorsque le musée n’est pas en mesure d’entretenir l’objet comme il se doit, s’il est un doublon dans la collection, s’il a été acquis illégalement ou s’il n’est plus conforme à la mission ou aux objectifs du musée. Marc-Olivier Gonseth explique que ce n’est pas le cas pour les institutions privées, qui font plus ou moins ce qu’elles veulent en fonction de leurs problèmes et besoins. « Je me souviens que la Fondation Bodmer à Genève avait vendu en 1998 un Michel-Ange pour payer une partie de sa rénovation par l'architecte Mario Botta. »
Marc-Olivier Gonseth : « Dans le cas d’institutions privées, les gens font ce qu’ils veulent en fonction des principes qu’ils se donnent. »
La règle au MEN
La règle principale au Musée d'ethnographie de Neuchâtel est issue de l’exposition « Retour d’Angola » mise sur pied par l’institution en 2007 et qui revenait sur une mission dans ce pays. Théodore Delachaux, ancien conservateur du Musée, a ramené plus de 3'500 objets et plus de 2'300 clichés de cette région. Sur place, il a essayé à plusieurs reprises d’obtenir des colliers constitués de bois pyrogravé, de tressages et des coquillages. « Et il a reçu à chaque fois la même réponse : je ne peux pas vous le vendre, il n’est pas à moi. Cette réponse nous a fait considérer l’ensemble de la collection qu’il a ramenée sous cet angle. Rien de ce qu’il avait ramené n’était à nous. » Une réflexion que le MEN va étendre à la totalité de ses objets. « Nos collections sont sorties du domaine de la propriété individuelle et même collective. Elles sont entre les collectivités. » Soit entre les collectivités qui détiennent l’objet et celles dont il est issu.
Les mentalités changent
Actuellement, on s’interroge de plus en plus sur les provenances problématiques des objets. Comment a-t-il été acquis. Et on appelle les musées à faire de plus en plus de recherches en provenance de leurs collections. Marc-Olivier Gonseth relève qu’à Neuchâtel « fort de cette idée que ce n’est pas à nous, on a ouvert un certain nombre de dossiers avec des demandes qui nous viennent de l’extérieur, mais aussi avec des constatations que l’on a faites de l’intérieur. » Le MEN a d’ailleurs reçu des sculptures en terre cuite du Mali léguées par une fondation qu’il n’a pas incluses dans ses collections, car ce type de pièces figurent sur la liste rouge de l’ICOM. « On a au contraire lancé une procédure avec cette fondation et avec nos collègues pour mieux comprendre ce qu’étaient ces pièces et arriver à les restituer à un musée au Mali ». Les démarches sont toujours en cours.
« Ces pièces n’entreront jamais dans nos collections, mais reprendront le chemin du Mali. »
Marc-Olivier Gonseth relève aussi qu’il est impossible pour un musée de « faire le tour de la totalité des collections en portant sur elles un soupçon généralisé. (…) Mais on aime l’idée d’entrer en relation avec les personnes et communautés qui ont des demandes à nous faire et construire ensemble un dossier qui va permettre ensuite d’être intelligent dans le processus de restitution. »
« On nous a fait un certain nombre de demandes, qu’on cherche à remplir du mieux que l’on peut. »
Vente pas illégale
En ce qui concerne le Musée de la vigne et du vin, Marc-Olivier Gonseth relève que cette mise en vente de statuettes n’est pas illégale. Patrice Allanfranchini, conservateur de l’institution boudrysanne, indique que les pièces en question ne figurent pas sur une liste rouge. Il précise qu’il n’y a eu aucune spoliation et que tous ces objets proposés à la vente ont été achetés en toute légalité. Au final, aucune statuette n'a été vendue.
Au-delà de l’objet, le conservateur du MEN insiste sur l’importance capitale des bases de données, non seulement de l’objet mais aussi des photographies. « Les connaissances que nous avons accumulées pour les objets sont susceptibles de franchir des dizaines de milliers de kilomètres et de toucher la plupart des populations concernées. » Il prend comme exemple l’importance capitale que des populations canaques ont accordée à la restitution de photographies lors d’une exposition concernant leurs ancêtres. /sma









