Par trois fois, ils avaient tenté de vider le coffre-fort d’une famille de Hauterive. Deux criminels ont été jugés et condamnés lundi par le Tribunal criminel à Neuchâtel
Tentative d’extorsion en trois épisodes lundi devant le Tribunal criminel de Neuchâtel. Deux hommes comparaissaient devant la cour. Ils ont été condamnés. Le principal accusé, tout juste majeur au moment des faits en 2023, avait besoin d’argent pour rembourser les quelques dizaines de milliers de francs qu’il avait volés à son beau-père. C’est en tout cas ce qu’il a expliqué à la cour. Après avoir tenté sans succès de retirer des sous à un bancomat de Lausanne avec une fausse carte bancaire, il a élaboré un nouveau plan. À savoir, piller le coffre-fort d’une famille d’Hauterive qu’il avait connu durant son enfance.
Lors d’une première tentative le 10 juin de l’année dernière, son comparse, âgé de 25 ans, renonce à la dernière minute. Les deux jeunes reviennent sept jours plus tard. Cette fois-ci, ils sont accompagnés d’un troisième homme qui lui aussi abandonne au moment d’enfiler sa cagoule.
Les deux prévenus retournent une troisième fois au domicile de leurs futures victimes le 23 juin, peu avant minuit. Ils sonnent à la porte. C’est la fille de la famille qui ouvre. Ils l’aspergent de spray au poivre. Le plus âgé des deux malfrats plaque l’adolescente de 16 ans au sol pendant que le plus jeune des criminels fait subir le même traitement à la mère, venue porter secours à sa fille.
Réveillé par les cris, le mari et père se présente à la porte et fait fuir les deux malfrats. Ils sont cueillis peu de temps après par les forces de l’ordre.
Ce lundi matin, la séance du tribunal a commencé avec le témoignage des deux victimes. Elles ont ensuite quitté la salle, ne souhaitant pas assister à l’audition des prévenus et être confrontées une nouvelle fois aux moments traumatisants qu’elles ont vécu.
La voix tremblante, l’adolescente a demandé « comment se sentir en sécurité quand on se fait agresser par quelqu’un avec qui on a grandi ? ». Elle explique être sous antidépresseurs, faire des crises d’angoisses. « J’ai arrêté de vivre à 16 ans, à cause de toi », a-t-elle lancé au principal accusé.
Sa mère a avoué être capable de plus de résilience, parce que dans sa vie, elle a vécu des violences physiques, morales et sexuelles, a-t-elle expliqué. Elle sait que les choses vont s’atténuer avec le temps. Elle veut aider au maximum sa fille à passer le cap.
Le principal prévenu, qui reconnait les faits qui lui sont reprochés, a d’emblée présenté ses excuses, regrettant d’avoir fait du mal à des gens qu’il apprécie. La détention provisoire a été un choc pour lui, assure-t-il. Il veut se racheter. Il s’est engagé à payer aux victimes ce qu’elles demanderaient, tout en sachant que cela n’effacera pas le traumatisme vécu.
Son avocate a souligné les traumas de son enfance, un père absent et en prison, un frère jumeau derrière les barreaux, la recherche de la compagnie d’une figure paternelle de substitution auprès de personnes plus âgées. L’une d’elles a d’ailleurs obtenu du jeune homme des faveurs sexuelles.
La mandataire a encore mis en exergue que de l’activité délictueuse de son client s’est déroulée entre fin 2022 et le premier semestre 2023, une période durant laquelle « l’argent lui brûle les doigts et se glisse dans toutes ses failles psychologiques ». Elle souligne aussi l’absence d’antécédents de son mandat, son engagement, notamment politique et sportif pour sa région du Gros-de-Vaud. Elle propose à la cour de la condamner à deux ans de peine privative de liberté avec un sursis de 4 ans.
L’autre prévenu aussi reconnait les faits et exprime des regrets : « Je sais que ça n’effacera rien, mais je tenais à m’excuser ». Dans sa plaidoirie, son avocat explique que cette affaire n’est pas celle de son client, mais de l’autre accusé. Sans lui et son fort pouvoir de persuasion, « il n’aurait jamais eu l’idée de commettre la moindre infraction ». Il recommande aux juges une peine de 12 mois avec sursis durant 4 ans.
Dans son réquisitoire, le procureur relève les mensonges du principal accusé, soulignant la complexité du personnage, sa propension à s’inventer une autre vie.
Il évoque aussi l’achat d’une hache par le principal prévenu. Une arme qui serait utilisée pour couper des doigts afin d’obtenir le code du coffre-fort. Le représentant du Ministère mentionne encore la fois, entre fin mai et début juin, où le principal prévenu teste sur un chien un spray lacrymogène. « On voit ici sa volonté de s’en prendre à l’intégrité physique ».
Le procureur demande à la cour de le condamner à 36 mois de prison, dont la moitié avec sursis et l’autre compère à 20 mois de prison avec sursis.
Dans son jugement, le tribunal criminel a retenu la tentative d’extorsion aggravée et la violation de domicile. Pour le principal prévenu, il souligne l’énergie criminelle considérable déployée pour recruter des co-auteurs. Il mentionne son immaturité « il a probablement confondu la réalité avec les jeux vidéo » et l’absence d’antécédents pénaux. Le juge le condamne à 36 mois de prison dont six mois ferme, ce qui lui permettra de travailler en journée avant de retourner derrière les barreaux le soir. Le solde est frappé d’un sursis de quatre ans auquel s’ajoute un suivi thérapeutique.
Le deuxième accusé, dont la cour juge que sa culpabilité est moyenne et son rôle plus accessoire, écope d’une peine de 20 mois avec sursis durant deux ans. /cwi









