Alors que la plupart des communes du canton de Neuchâtel tirent la langue, une autre affiche un grand sourire, et c’est Boudry. Le budget 2024 de la Ville prévoit un bénéfice de 2,5 millions de francs et des investissements qui s’élèvent à 13 millions de francs. À la vue de ces perspectives très positives, le Conseil communal a proposé lundi soir au Conseil général d’abaisser le coefficient fiscal des personnes physiques de trois points, le faisant passer de 71 à 68 pour l’année 2024. Cette proposition a passé la rampe par 30 voix contre 8. Elle a toutefois été accueillie avec réserve et sans grand enthousiasme par le Parti socialiste et les Verts. Le chef du groupe écologiste, Emile Dubois, explique « qu’une baisse d’impôts n’est avantageuse que pour les couches de personnes affichant des revenus élevés. La population de Boudry aurait pu bénéficier de cet argent en l’utilisant différemment ».
Emile Dubois, chef du groupe des Verts au Conseil général de Boudry :
L’impact pour les finances communales de cette baisse de trois points représente une réduction des recettes estimée à environ 585'000 francs.
Le PLR souhaitait une baisse de cinq points
À l’inverse, le PLR voyait dans cette belle santé financière affichée par la Commune - due principalement aux revenus fiscaux exceptionnels en provenance d’une grande entreprise - l’occasion d’aller plus loin. Le parti libéral-radical a déposé un amendement pour fixer le coefficient fiscal à 66, soit une baisse d’impôts de cinq points et ceci pour les trois ans à venir. « La Commune pouvait clairement se le permettre », explique le chef du groupe PLR Danilo Facchinetti. La proposition a finalement été rejetée par la gauche majoritaire au sein du législatif par 20 voix contre 18. Et pour donner un petit aperçu de l’ambiance quelque peu tendue ce lundi soir, le vote ne s’est pas fait à main levée, mais à l’appel nominal, selon une exigence du PLR. Il s’agit d’appeler tour à tour chacun des membres de l’assemblée à exprimer son vote publiquement, vote qui figurera ensuite dans le PV de la séance.
Et si pour la gauche, cette baisse d’impôts acceptée est avant tout un cadeau aux plus riches, qui a des effets minimes, voire nuls pour la classe moyenne et les personnes moins aisées, Danilo Facchinetti rappelle que « lors de la période de vaches maigres traversée par Boudry, ce sont les gens aisés avec des moyens qui ont contribué à soutenir Boudry ». Et de contre-attaquer : « À droite, nous n’avons pas la haine du riche ».
Danilo Facchinetti, chef du groupe PLR au Conseil général de Boudry :
Maintenir une marge d’attractivité fiscale en cas de fusion avec Cortaillod
De son côté, le Parti socialiste a fait valoir d’autres arguments contre la proposition des libéraux-radicaux. Pour le conseiller général PS, Nicolas Rousseau, la prudence doit être de mise, faisant référence à la révision de la loi sur la contribution des personnes morales voulue par le Canton et qui pourrait limiter les bénéfices de la commune de Boudry.
« Et puis il nous paraissait utile de nous laisser une petite marge de manœuvre dans la perspective éventuelle d’une fusion avec Cortaillod, qui est dans l’air. Cortaillod a un coefficient fiscal de 66. Et baisser tout de suite à 66 ne serait pas judicieux, car dans le cadre d’un vote sur une fusion, une baisse d’impôts est toujours un élément attractif », souligne Nicolas Rousseau.
Nicolas Rousseau, conseiller général socialiste à Boudry :
Stratégie et prudence ont donc guidé une partie du Conseil général au cours d’une soirée animée où gauche et droite se sont affrontées préparant déjà le terrain à une campagne d’élections communales qui s’annonce d’ores et déjà piquante du côté de Boudry. /jpp









