L’indication géographique protégée va de l’avant au Val-de-Travers. Après plusieurs années de négociations, les différentes parties ont soumis un cahier des charges de la fabrication du breuvage à l’Office fédéral de l’agriculture. De quoi créer des tensions
Après 20 ans de discorde, les distillateurs du Val-de-Travers ont mis de l’eau dans leur bleue. L’Association interprofessionnelle de l’absinthe et celle des Artisans-distillateurs ont annoncé vendredi avoir trouvé une solution concernant l’indication géographique protégée du breuvage. Elles ont soumis un cahier des charges de fabrication IGP à l’Office fédéral de l’agriculture. Il a fallu notamment l’aide d’un médiateur depuis mai pour arriver à ce compromis.
Une version allégée
Il y a un camp qui a lâché plus de lest que l’autre pour arriver à ce cahier des charges. Reprenons les positions de base de chacun : l’Association interprofessionnelle milite depuis maintenant près de vingt ans pour une absinthe du Val-de-Travers IGP faite uniquement avec des plantes d’absinthe du Vallon. En face l’Association des Artisans-distillateurs d’absinthe, elle, se bat pour pouvoir utiliser des plantes d’absinthe étrangères en référence aux recettes de la clandestinité.
La proposition validée est celle d’une seule absinthe IGP Val-de-Travers, mais avec deux référentiels. Sur l’étiquette de la bouteille, il sera soit inscrit « Recette originelle issue de plantes d’absinthe cultivées au Val-de-Travers », soit « recette issue de la période de clandestinité ». C’est donc le camp de l’interprofession qui a fait des concessions. « On souhaite absolument protéger cette absinthe du Val-de-Travers », explique son président Philippe Martin.
Philippe Martin
Un distillateur a déjà affiché son mécontentement ! Claude-Alain Bugnon, distillateur à Couvet, a démissionné de l’association interprofessionnelle, dont il était l’un des fondateurs, pour signifier son mécontentement. « Pour moi c’est l’IGP de la honte », assène-t-il.
Claude-Alain Bugnon
Pour Claude-Alain Bugnon, accorder une IGP à des absinthes faites à base de plantes étrangères pose un problème grave notamment pour le client. C’est un mensonge car quand on indique « recette issue de la clandestinité », on ne précise pas qu’il n’y a pas de plantes du Val-de-Travers », explique ce membre fondateur de l’Association interprofessionnelle de l’absinthe.
Claude-Alain Bugnon
Est-ce que cette mouture de l’IGP peut être vue comme une tromperie vis-à-vis de la clientèle ? « Si on regarde dans le détail de l’IGP, on peut avoir un produit IGP qui ne contient aucune plante de la région », rétorque Philippe Martin.
Philippe Martin
Quel délai désormais ?
Le dossier est maintenant dans les mains de l’OFAG, l’Office fédéral de l’agriculture. Il doit valider le nouveau cahier des charges pour aller de l’avant. Il restera ensuite plusieurs étapes comme notamment « la mise en place d’un organe de contrôle », selon les dires de Philippe Martin.
Philippe Martin
Le futur de cette absinthe du Val-de-Travers IGP sera donc moins trouble si l’OFAG rend une décision favorable. A moins que des recours soient déposés. « C’est probable, si le projet est accepté tel quel, que je fasse recours », explique Claude-Alain Bugnon.
Claude-Alain Bugnon
L’Association des Artisans-distillateurs d’absinthe nous a indiqué ne pas vouloir communiquer tant que le processus était en cours. L’OFAG rendra sa décision en début d’année prochaine. /dpi









