Pour la deuxième fois depuis plus d'un siècle, les pêcheurs professionnels de la région ont capturé moins de 100 tonnes de poissons en 2022. Les acteurs du milieu tirent la sonnette d’alarme
« Si on ne fait rien, la pêche va disparaître à Neuchâtel ». Alexandre Bonny, président des pêcheurs professionnels du lac de Neuchâtel, n’y va pas par quatre chemins. En 2022, les captures de poissons se sont abaissées à 91,9 tonnes dans la zone. Le pire résultat depuis le début des mesures en 1917, à l’exception des 89 tonnes de 2019. À titre de comparaison, la production de la pêche professionnelle locale tournait encore autour des 300 tonnes en 2016. « Il y a quelques années, on pêchait bien durant huit mois de l’année et tout le monde gagnait bien sa vie », se remémore le pêcheur de Chevroux. « Aujourd’hui, pendant quatre mois on pêche un tout petit peu et le reste de l’année on n’a plus rien ».
« Si on rentre avec 30 kilos de poissons, on est très content. Mais ça n’arrive pas toujours »
Le cormoran vu comme bête noire
Cette baisse drastique s’explique en deux mots selon Alexandre Bonny : les cormorans. « La courbe de leur population explose alors que celle de la pêche dégringole. Le seul remède est de réguler sa présence autour du lac », estime-t-il. Une solution déjà mise en place en 2019, lorsque les oiseaux consommaient 450 tonnes de poissons par an, et que les tirs à leur encontre ont été autorisés pour la première fois. Une mesure insuffisante selon le pêcheur : « Les tirs actuels, c'est une goutte d’eau dans le lac ».
« On nous rit au nez, mais si on ne fait rien, le métier va disparaître »
Quand la technologique s’en mêle
Autre paramètre à prendre en compte pour expliquer cette baisse, la pêche de loisir. Si les captures de cette dernière restent stables aux alentours des 23 tonnes par année, les prises évoluent. Comme le révèle Le Temps, une nouvelle technologie, un sondeur baptisé « livescope », permet contre quelques milliers de francs de capturer de très beaux spécimens bien plus facilement. « C’est clairement un plus, on peut voir ce qui se passe en temps réel autour du bateau », précise Adrien Belgrano, guide de pêche sur le lac de Neuchâtel. « Par contre, cela banalise les prises exceptionnelles, soit de gros poissons qui sont aussi de bons géniteurs ». Mais le pêcheur tient à relativiser : « l'utilisation de cette technologie est discutable, néamoins, ce n'est pas le problème principal actuellement ».
« Cette technologie permet de prospecter beaucoup plus rapidement »
On s’active en coulisse
Les cormorans, la surpêche et la pêche de loisirs, mais aussi la qualité des eaux du lac, la prolifération des moules quagga ou le réchauffement climatique sont autant de paramètres qui expliquent la baisse inquiétante des captures de poissons dans le lac de Neuchâtel ces dernières années. Une situation complexe, à laquelle les autorités essayent de faire face. « On réfléchit à étendre la période de tirs des cormorans, peut-être même sur toute l'année. On effectue des repeuplements et on octroie aussi un soutien d'environ 10'000 francs aux pêcheurs professionnels. Mais pour le réchauffement climatique ou les moules quagga, c'est plus difficile d'agir directement », concède le chef du Service de la faune, des forêts et de la nature, Christophe Noël.
« On veut trouver des solutions. Mais on arrive dans la limite de ce qu'on peut faire »
Après une année 2022 très compliquée, aucune embellie n'est prévue en 2023. « On sait déjà que nous n'aurons pas une remontée des statistiques de captures selon les premiers chiffres que l'on a pu observer cette année », conclut Christophe Noël. /gjo









