Le sujet est hautement sensible et fait bondir les détenteurs de bétail et les exploitants d’estivage. Le Canton de Neuchâtel a organisé une séance d’information sur le loup lundi soir à La Sagne
Le Canton de Neuchâtel se prépare à l’arrivée du loup. Comment protéger les animaux de rente, quelles indemnisations pour les bêtes tuées ou blessés, comment se comporter en cas d’attaque ? Autant de questions abordées lundi soir à La Sagne lors d’une séance d’information organisée par le Département de l’environnement. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y avait beaucoup d’émotion. Les agriculteurs n’ont pas leur langue dans la poche, ils ont sorti les crocs et se sont exprimés avec leur cœur : « On parle d’un animal qu’on ne veut même pas voir en photo », « d’un indésirable », « zéro tolérance pour le loup », « zéro loup, zéro problème », « ne pas faire pâturer nos bêtes dans une zone à risque, hors de question ! Ma foi, ça sera le prix à payer d’avoir de temps en temps un cadavre pour pouvoir le tirer ». Voilà quelques pics entendus lors de cette séance qui a réuni un peu plus de 40 personnes.
Un mélange d’inquiétude, de désarroi, de dépit et de colère
Agriculteur à La Sagne, Raymond Béguin, estime que ses pairs sont mis devant le fait accompli. « Cette soirée n’était pas faite pour savoir si on veut le loup ou pas, mais pour voir quelles mesures on pourrait prendre. Vous prenez n’importe quelle tranche de la population, travailler plus, gagner moins, perdre des animaux et être atteint dans sa santé, personne ne le tolèrerait ».
Autre motif d’inquiétude, la tant redoutée attaque du loup et ses conséquences psychologiques. Raymond Béguin tient à souligner que « le loup ne tue pas que pour manger. Lorsqu’il attaque, des bêtes peuvent encore être agonisantes. Les jeunes agriculteurs, formés à la protection des animaux, ne sont pas prêts à devoir achever leur bête ».
Les normes pour abattre un loup prochainement revues
Si cette séance avait pour but d’informer les agriculteurs, ces derniers n’ont donc pas manqué de déplorer un manque de reconnaissance pour la valeur de leur travail et d’une entrave supplémentaire à la pratique d’un métier toujours plus difficile. Christophe Noël, chef du Service de la faune, des forêts et de la nature, y est sensible. « Je les comprends parfaitement, c’est un changement important l’arrivée de ces grands prédateurs. Ça génère de grosses inquiétudes. L’objectif, c’était aussi de les rassurer et de leur montrer qu’avec les mesures prévues par la Confédération, on peut mettre en place une organisation qui garantit la poursuite de l’élevage dans de bonnes conditions dans le canton ».
Un tir de loup peut se justifier en fonction de nombre de victimes qu’il fait. Par exemple, dix animaux de rente tués en quatre mois ou deux bovidés. Ces seuils seront abaissés dès le 1er juillet, et passeront respectivement à six et un. D’autres règles seront prochainement appliquées pour renforcer encore la protection des élevages et alléger les normes pour abattre cet animal. Christophe Noël explique que dès l’été prochain, « un système de régulation préventif entrera en vigueur. Le loup pourra être tiré non pas sur la base des dommages réalisés, mais dans une optique de stabilisation des effectifs en Suisse ».
Une dizaine d’individus observée dans le canton
Les effectifs de loups en Suisse sont en constantes hausses depuis 2012. Elle est même exponentielle, +30% par an. Cette année, 250 loups et 26 meutes sont répertoriés dans le pays, principalement dans les Alpes. L’an dernier, le prédateur a tué 1'500 animaux de rente sur le territoire helvétique. Désormais l’animal se dirige peu à peu vers les Préalpes et le Plateau et il est déjà bien implanté dans le Jura vaudois. « Le canton de Neuchâtel se trouve lui au niveau du front de colonisation », précise Christophe Noël. « C’est-à-dire qu’actuellement seuls des individus isolés ont été observés. Une dizaine depuis le début de l’année. Mais il faut s’attendre à la présence de couples ou de meutes ces prochaines années ».
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