Une expérience d’enrichissement de la biodiversité est menée depuis cinq ans sur l’île de Sumatra en Indonésie. Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue Nature, dont Clara Zemp, professeure en biologie de la conservation à l’Université de Neuchâtel, est la première auteure
Des îlots d’arbres parsemant des plantations de palmiers à huile sur l’île indonésienne de Sumatra ont permis en cinq ans d’accroître significativement la biodiversité de l’exploitation agricole sans en diminuer la productivité. C’est le résultat d’une étude avec participation neuchâteloise publiée dans la revue Nature.
La transformation des forêts tropicales en plantations de palmiers à huile entraîne des pertes considérables pour la planète, en termes de biodiversité et de fonctionnement écologique. On compte globalement quelque 21 millions d’hectares occupés par cette culture, essentiellement en Indonésie et en Malaisie.
Une expérience d'enrichissement de la biodiversité intitulée EFForTS-BEE a été mise en place depuis 2013 à Sumatra sous l’égide de l’Université de Göttingen (D). Un total de 52 îlots d’arbres composés de six espèces locales ont été disséminés dans une plantation industrielle de palmiers à huile.
« Nous avons été très surpris de voir que les rendements des palmiers à huile au niveau de la plantation ne diminuaient pas », se réjouit Clara Zemp, professeure en biologie de la conservation à l’Université de Neuchâtel (UniNE) et première auteure de l'étude.
L’équipe de scientifiques s’attendait à une détérioration du rendement au cours du temps, en raison des îlots arborés qui auraient utilisé des ressources pour leur propre développement au détriment des palmiers à huile. Or cela n’a pas été le cas.
Tout à y gagner
« C’est une très bonne nouvelle, car cela montre que l’industrie a tout à y gagner. Il y a un vrai potentiel pour développer ces pratiques de restauration écologique à grande échelle », selon la chercheuse, citée mercredi dans un communiqué de l'UniNE.
Clara Zemp et ses collègues ont, durant plusieurs années, mesuré la diversité des espèces de micro-organismes du sol (bactéries, champignons), d’insectes et d’autres petits invertébrés, de plantes, d’oiseaux et de chauves-souris.
« Nous avons aussi quantifié les impacts en termes de régulation du cycle de l’eau, du carbone et des nutriments, de régulation du microclimat, de qualité du sol, de pollinisation et de contrôle des communautés biologiques et des espèces invasives. Très peu d’études sont aussi complètes », note la scientifique.
Ce projet pointe du doigt l’urgence, pour de nombreux paysages agricoles à travers le monde, d’une restauration écologique qui favorise les moyens de subsistance locaux, selon les auteurs. Même si la biodiversité « restaurée » reste différente de celle que l’on trouve dans les forêts intactes, elle est souhaitable pour maintenir des agroécosystèmes fonctionnels. /ATS









