L’homme accusé d’avoir tué sa femme de 23 coups de couteau en avril 2021 à Peseux comparaît ce mardi devant le Tribunal criminel à Neuchâtel. Il est prévenu de meurtre. Le Ministère public a aussi requis son expulsion du territoire suisse pendant quinze ans
Féminicide devant le Tribunal criminel à Neuchâtel. Un homme de 45 ans est accusé d’avoir tué sa femme de 23 coups de couteaux en avril 2021 à son domicile à Peseux. Le prévenu s'en serait pris à son épouse après le départ des trois enfants du couple pour l'école et à la suite d'une énième dispute. La victime lui aurait signifié qu'elle voulait se séparer de lui. Le Ministère public a requis une peine de quinze ans de prison et l’expulsion du territoire suisse pendant quinze ans. La défense plaide pour une peine de dix ans de prison maximum et demande de renoncer à l’expulsion.
L’homme se dit victime d’un marabout
Lors de son audition par la Cour, les propos du prévenu ont parfois été confus. Il a déclaré que c’était un accident, qu’il ne pouvait pas expliquer son acte, qu’il ne se souvenait plus. Il a aussi admis qu’il l’avait tuée par trahison et par colère. À ces versions s’en est ajoutée une nouvelle mardi matin. Lors de l'audience, le quadragénaire a expliqué : « Après le premier coup de couteau, elle m'a dit qu'elle avait fait appel à un marabout afin de me jeter un sort pour que je la tue ». « La colère a remonté. J'étais plus moi-même, j'étais pris par le marabout. Je ne me rappelle plus de la scène. Je tremblais et je pleurais », a ajouté le prévenu.
L'accusé, qui a servi 12 ans dans l'armée érythréenne et qui l'a désertée, estime qu'il serait en danger s'il est expulsé en Erythrée après sa détention. « Il l'a déserté pour être plus proche des siens » et est parti avec sa famille au Soudan, a expliqué Victoria Leuenberger, avocate de la défense.
Alors qu'il était au Sud Soudan, le prévenu a été mis devant le fait accompli du départ de sa femme et de ses enfants pour l'Europe. Elle l’aurait quitté pour des violences conjugales fréquentes. « Depuis 2014, il n'avait pas revu ses enfants », a ajouté l'avocate.
Le Ministère public retient le meurtre
« Le féminicide n'est pas l'apanage d'une culture ou d'une religion », a déclaré le procureur Nicolas Feuz. Avec 23 coups de couteau au visage, au thorax, au dos et aux membres supérieurs, « il y avait une réelle intention de tuer. Ce n'était pas un accident », a-t-il ajouté.
Le prévenu, d'origine érythréenne tout comme la victime, est arrivé en Suisse dans le cadre d'un regroupement familial, un peu plus d'un mois avant le meurtre. La victime, âgée de 34 ans et qui était en Suisse depuis 2017, avait fait « des démarches à contre-cœur » pour ce regroupement et uniquement pour qu'il soit plus proche des trois enfants du couple. Ils faisaient chambre à part et la victime ne voulait pas continuer à vivre avec lui une fois qu’il aurait eu ses papiers.
« Elle ne lui pardonnait pas les violences domestiques commises au pays », a expliqué Nicolas Feuz. Selon le procureur, le prévenu avait des doutes sur une potentielle infidélité de sa femme, mais la victime ne la lui « a jamais confirmée ». L'accusé a appris durant l'instruction que la victime avait subi deux IVG en Suisse et une fausse couche. Le Ministère public estime toutefois qu'il n'y avait pas de préméditation. Mais il ne s’agit pas non plus d’un crime passionnel.
Le prévenu s’est senti été humilié
Le prévenu, qui n'a pas exprimé de repentir, « a sacrifié trois vies, en plus de celle de la victime », a déclaré l'avocate Valérie Maurer, représentante des enfants, pour lesquels 35'000 francs pour chacun ont été demandés pour tort moral. L'accusé n'acceptait pas l'émancipation de sa femme et s'est senti humilié, a-t-elle ajouté.
Selon Valérie Maurer, « il a fait preuve d'une brutalité sans précédent et d'un parfait sang-froid ». Pour l'avocate, le meurtre a germé dans son esprit. Il a suffi d'une humiliation supplémentaire pour le passage à l'acte. « La limite entre meurtre et assassinat est très mince », a-t-elle ajouté.
La défense plaide pour dix de prison maximum
Selon la défense, le prévenu se sentait « dans une impasse, car il nourrissait beaucoup d'espoirs en venant en Suisse ». L'accusé était dans une situation émotionnelle terrible. Cette nouvelle dispute l'a plongé dans une colère. Il a été submergé par ses émotions, mais ne voulait pas tuer sa femme. La peine privative de liberté ne doit pas dépasser dix ans, a ajouté l'avocate. Elle a aussi demandé de renoncer à l’expulsion du territoire de son client après sa peine de prison. Les enfants auront peut-être besoin, a-t-elle déclaré, une fois de cette figure paternelle.
Après l'acte, il « a tout de suite téléphoné » pour demander de l'aide, selon la défense. La victime est décédée de ses blessures quelques heures plus tard à l'hôpital.
Audience à huis clos partiel
L'audience s'est déroulée à huis clos partiel. Une très forte affluence était attendue et le tribunal voulait préserver la tranquillité et la sécurité de l'audience. « Il fallait aussi respecter la vie privée des enfants », a expliqué le président du Tribunal criminel du Littoral et du Val-de-Travers à Neuchâtel, Niels Favre. Ces derniers, toujours mineurs, ont été dispensés de comparaître.
Le verdict sera rendu à 16h30. /ats-sma








