Selon une étude, les loyers ont encore augmenté l’an dernier en Suisse comme à Neuchâtel. Et ils pourraient encore grimper pour certains en cas de hausse du taux hypothécaire de référence, ce qui inquiète l’Asloca Neuchâtel
Les loyers ont encore augmenté en 2022. Au niveau national, la hausse s’élève en moyenne à 4,3% selon l’indice Swiss Real Estate Offer, publié la semaine passée par SMG Swiss Marketplace Group et le cabinet de conseil immobilier CIFI. Dans l’espace Mitteland, qui comprend le canton de Neuchâtel, l’augmentation est de 2,7%. Des chiffres qui laissent sceptique et circonspect le président de l’Asloca Neuchâtel, Jonathan Gretillat. « On se rend compte que l’année dernière, en tout cas au niveau suisse, la hausse des loyers est beaucoup plus prononcée que l’inflation ». Selon une autre étude, celle du cabinet BASS publiée l’automne dernier, les loyers moyens ont augmenté de 22,1% entre 2005 et 2021. « C’est 18% de plus que l’indice national des prix à la consommation », peut-on lire dans cette enquête mandatée par l’Association suisse des locataires. Selon Jonathan Gretillat les loyers auraient dû au contraire baisser durant cette période « où les prix étaient stables et les taux hypothécaires plutôt historiquement bas ». Pour expliquer cette situation, il émet l’hypothèse « que les propriétaires, en particulier les grosses sociétés immobilières, ont pratiqué des loyers excessifs ».
Une analyse que ne partage pas le directeur de la Chambre immobilière neuchâteloise, Yann Sunier qui souhaite cadrer le débat sur la situation cantonale. « Pour moi il n’y a pas eu de hausse possible sur les loyers en cours. Mais si de nouveaux appartements ont été mis en location avec un confort supplémentaire, et bien forcément les loyers sont un peu plus élevés ». Et les propriétaires ont-ils pratiqué des rendements excessifs ? « Pas du tout », rétorque Yann Sunier. « D’ailleurs, si le locataire estime que son loyer est abusif, il peut demander un calcul de rendement ». Il tient aussi à rappeler « que dans les communes neuchâteloises où il y a une pénurie de logements, le bailleur doit impérativement remettre un formulaire officiel qui communique au nouveau locataire le loyer précédent. Il n’y a donc pas de possibilité pour le bailleur de dégager des rendements abusifs lors de changements de locataires ».
Vers une probable hausse du taux de référence
Avec la remontée du taux moyen des banques, il est possible que le taux hypothécaire de référence augmente et passe de 1,25 à 1,5 voire 1,75 cette année, selon une étude de l’UBS publiée l’automne dernier. Ce qui signifie que les propriétaires sont en droit d’exiger une hausse de loyers de 3% à 6% pour ceux qui ont signé un bail avec ce taux (1,25), en place depuis mars 2020. « On voit bien que les taux pratiqués actuellement sont plus élevés, donc vraisemblablement il y aura une incidence sur le prochain calcul de l’Office fédéral de la statistique. Et que soit en mars ou en juin, le taux de référence pourrait passer à 1,5 », explique Yann Sunier. Le directeur de la chambre immobilière neuchâteloise précise toutefois « que si le locataire a signé un bail avec un taux supérieur à 1,25, il ne subira pas de hausse de loyer ».
Situation préoccupante pour l’Asloca Neuchâtel
« La hausse des coûts de l’énergie implique que les locataires sont un peu pris en otage », aux yeux de Jonathan Gretillat. « Parce qu’ils n’ont pas le choix, ils doivent payer leurs charges qui augmentent sans cesse. Et si on ajoute la potentielle hausse des taux répercutée sur les locataires, il y a un vrai risque qu’une partie de plus en plus importante de locataires se retrouve en difficulté pour payer les loyers », craint le président de l’Asloca Neuchâtel.
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