Le système de santé est saturé dans le canton de Neuchâtel. Le Conseil d’État adopte le 21 décembre un arrêté urgent. Il permet aux autorités sanitaires de demander, voire de réquisitionner des ressources et assurer la couverture des soins
Confronté à une triple épidémie de virus (Covid-19, grippe et bronchiolite), une pénurie de soignants, une maque de médecins de famille et à un épuisement généralisé du personnel de santé, le système de santé neuchâtelois est saturé.
Pour assurer la couverture des soins, le Conseil d’État a adopté un arrêté urgent. Il octroie aux autorités sanitaires la possibilité de demander, voire de réquisitionner si nécessaire, des ressources matérielles et humaines aux différents acteurs du système de santé neuchâtelois. Des examens ou actes médicaux non urgents pourraient être limités ou suspendus.
Laurent Kurth, ministre en charge de la santé
La situation n’est pas propre au canton de Neuchâtel. Elle touche l’ensemble du continent.
Cri d'alarme au RHNe
« Nous travaillons avec d'autres états-majors de crise à la mise en place de lieux supplémentaires de prise en charge », a détaillé Laurent Kurth, sans en dire davantage. Les médecins de garde et les médecins indépendants devront le cas échéant faire preuve de disponibilité pendant les vacances de fêtes de fin d'année.
Les difficultés ont poussé Claire Charmet, directrice du site de La Chaux-de-Fonds du Réseau hospitalier neuchâtelois, à lancer un « cri d'alarme », selon Laurent Kurth. Le RHNe affronte 50 à 70 entrées stationnaires par jour, contre 40 habituellement. Le tout dans un contexte de pénurie et d'épuisement du personnel soignant.
Pointe de l'iceberg
A l'autre bout de la chaîne, avec le bouchon dans les hôpitaux, les EMS traversent eux aussi une situation « critique ». « On pédale comme des malades en faisant du sur-place », a averti Fabienne Wyss Kubler, secrétaire générale de l'Association neuchâteloise des établissements et maisons pour personnes âgées.
Des lits y ont été supprimés pour répondre aux efforts de maintien à domicile. Les difficultés du RHNe constituent la « pointe de l'iceberg », a décrit Vincent Huguenin-Dumittan, chef du Service cantonale de la santé publique. « Sans un dialogue permanent entre les acteurs du secteur, le contexte serait encore plus délicat ».
Faire évoluer le système
Parmi les problèmes figurent le nombre élevé de patients en attente d'un passage du RHNe à un EMS, avec 60 lits C il y a dix jours, et la pénurie de médecins de famille, dont les conditions d'installation se sont compliquées récemment pour les étrangers. Laurent Kurth a écarté toute lenteur dans les réponses.
Il existe aussi un dialogue avec les acteurs privés, comme les cliniques privées. Quant aux transferts de patients vers d'autres cantons, ils apparaissent impossibles, ces derniers rencontrant un contexte similaire, a constaté Laurent Kurth, qui estime que l'arrêté urgent accélérera la prise de conscience du phénomène.
Au-delà, Neuchâtel doit travailler à une évolution de son système de soins, en intégrant la démographie stagnante et vieillissante du canton. La part des personnes âgées de plus de 80% y représente 5,7% de la population, contre 5,1% en moyenne suisse. Celle des ménages à une personne y atteint en outre 39,1%, contre 35,5%.
/ATS-comm-cwi-sma









