Dans son réquisitoire ce mardi à Boudry, le Ministère public a retenu, entre autres, l’acte d'ordre sexuel avec des enfants et la contrainte sexuelle. La culpabilité de l'avocat neuchâtelois, entendu depuis lundi par le Tribunal criminel du Littoral et du Val-de-Travers, ne fait pas de doute selon la procureure qui demande également un traitement psychologique et une interdiction à vie d'exercer une activité avec des mineurs
Le Ministère public a requis trois ans de prison, dont un an ferme et deux ans avec sursis de cinq ans, contre l'ex-entraîneur de foot. L'avocat, accusé d'actes d'ordre sexuel avec des enfants, nie toutes les accusations.
Le mobile est « odieux », le prévenu n'ayant pensé qu'à assouvir ses désirs et ses pulsions égoïstes, en détruisant la vie de ses victimes, a déclaré mardi la procureure Sarah Weingart devant le Tribunal criminel du Littoral et du Val-de-Travers à Boudry.
Selon le Ministère public, le prévenu avait « une forte emprise » sur les victimes qui étaient dans une situation de dépendance. Sur cinq adolescents, trois ont porté plainte. Ils avaient entre 13 et 15 ans au moment des premiers faits.
Des jeunes vulnérables
Selon la procureure, l'accusé choisissait des jeunes en situation fragile et vulnérable, avec absence de figure paternelle. Il les appâtait avec des cadeaux, des voyages pour voir des matches de foot et en leur offrant une place d'apprentissage, un stage ou de faire des petits travaux.
Les jeunes étaient « hors d'état de résister aux assauts de leur employeur, qu'ils craignaient et considéraient comme un père », a déclaré Sarah Weingart. Les victimes dormaient dans le même lit ou dans la même chambre que l'accusé, devaient se déshabiller devant lui et se doucher ou se tenir nues. L'accusé savonnait certaines victimes, les séchait, leur mettait de la crème sur les parties intimes ou leur tenait le sexe.
« Ce n'est pas parce que le prévenu n'avait pas d'érection que cela veut dire qu'il n'était pas excité. C'est l'emprise qui l'excite », a ajouté la procureure. « Son impuissance le perturbe », a-t-elle précisé.
Aucune prise de conscience
Le Ministère public estime que l'accusé n'a aucune prise de conscience de ses actes. Selon lui, il n'arrive pas à admettre une attirance pédophilique. La responsabilité du prévenu est totale. Une mesure thérapeutique est requise. La procureure veut qu'une interdiction d'exercer une activité avec des mineurs soit prononcée.
Les faits se sont produits entre 2017 et 2020, selon les cas. Le prévenu a balayé toutes les accusations envers lui.
« J'ai pris cette mission à cœur comme si j'étais leur père, et pas leur employeur. Je voulais qu'ils réussissent et cela explique mon implication », a déclaré l'accusé. L'avocat a précisé qu'il ne voulait pas pour autant remplacer leur père.
Par rapport à l'accusation d'avoir masturbé à quatre reprises un adolescent, le prévenu a déclaré que la victime avait envoyé ce message à la suite d'une dispute avec lui, en lien avec des vols d'argent et de la consommation de stupéfiants.
Le jeune, qui a été entendu lundi comme témoin, a déclaré qu'il avait inventé le message. Pour la procureure, cette victime est toujours sous l'emprise, y compris financière. L'accusé a fait en sorte d'instiguer la justice en erreur en poussant le jeune à s'accuser faussement.
Les avocats des victimes confirment
Peu après le Ministère public, c’était aux trois avocats des victimes de faire leur plaidoirie ce mardi soir. Si tous ont soutenu les conclusions de la procureure, ils ont particulièrement insisté sur le déni total dans lequel l'accusé s'est réfugié et sa minimisation des faits. Ils ont relevé les aberrations dans le comportement du prévenu, qui malgré une première affaire il y a quelques années, a reproduit les mêmes schémas. Ils ont enjoint les juges à ne pas se laisser embrouiller par la défense et à regarder le dossier avec recul, celui-ci ne laissant pas de place aux doutes.
La plaidoirie de la défense se tiendra mercredi matin.
Déjà accusé par le passé
Le prévenu a déjà eu des démêlés avec la justice pour des actes du même ordre. Le Tribunal cantonal avait libéré en 2017 les charges retenues contre l'ex-entraîneur, estimant que le doute devait profiter à l'accusé. Le quadragénaire avait été condamné à huit mois de prison avec sursis en 1ère instance.
En lien avec cette procédure, l'avocat a été placé en détention provisoire durant près de deux mois. Des mesures de substitution ont été prononcées après cette période-là.
L'audience se poursuivra mercredi. Le verdict sera rendu le 22 décembre à 11h00. /ATS-rgi








