Le Ministère public a levé le voile mardi sur certaines procédures en cours liées à l’enlèvement de jumeaux à La Chaux-de-Fonds. Il refuse d’accorder au père des enfants un sauf-conduit. Cette autorisation aurait permis au prévenu, qui se trouve actuellement en Espagne, de venir en Suisse le temps d’une audience sans risquer d’être arrêté. La justice neuchâteloise a jugé que le risque de récidive était trop grand, a indiqué mardi le procureur général devant la presse, Pierre Aubert.
Le risque de récidive est trop important selon le procureur général Pierre Aubert
La décision fâche l’avocat du père, Frédéric Hainard. Il estime que ce risque n’existe pas, car il est possible d’accorder un sauf-conduit uniquement le temps de l’audience et placer les enfants sous surveillance pendant ce temps-là. L’avocat annonce sa volonté de déposer un recours.
L'avocat du père, Frédéric Hainard, veut déposer un recours
Demande d’extradition refusée
Le 14 octobre dernier, le père des enfants avait tenté de les ramener en Espagne avant d’être interpellé en France dans la région des Landes. Vendredi, la justice française a refusé la demande d’extradition du prévenu vers la Suisse. La Chambre d’instruction de la Cour d’appel de Pau a estimé que la demande d’extradition émise par la Suisse ne respectait pas le principe de spécialité. Cette règle interdit à la justice suisse de juger le père pour d’autres faits que ceux qui ont justifié la demande d’extradition. Le prévenu fait l’objet d’autres plaintes pénales sur le territoire helvétique de la part de la mère, notamment pour des menaces de mort.
Le Ministère public a pourtant assuré mardi devant la presse que son mandat d’arrêt concernait uniquement l’enlèvement du 14 octobre. Les faits antérieurs auraient fait l’objet d’une nouvelle demande par la suite. Le Procureur général Pierre Aubert a déclaré « ne pas comprendre » pourquoi la justice française a pensé que la Suisse ne respecterait pas le principe de spécialité.
Frédéric Hainard pointe du doigt « des carences et des manquements dans la demande d’entre-aide déposée par le Ministère public neuchâtelois ». Le procureur général précise de son côté que « la demande d’extradition a été faite dans l’urgence en pleine nuit. Mais du point de vue du Ministère public, elle est parfaitement conforme aux règles internationales ».
La procureure Sarah Weingart, en charge du dossier a expliqué n'avoir reçu aucune demande formelle de la part de l'avocat du père, qui demandait sa récusation. « Je ne vois pas de motif de récusation, à part la même lecture erronée de la possibilité d'extension, en lien avec l'extradition », a ajouté Pierre Aubert.
Le père conteste le kidnapping
Le père des enfants, qui s’est exprimé dans les médias, conteste le kidnapping. Selon lui, il était venu à La Chaux-de-Fonds depuis l'Espagne pour exercer son droit de visite. Sur place, personne n'a répondu à ses appels. Quand il a vu les enfants sortir dans le jardin, il les a appelés et les jumeaux sont venus et sont montés dans la voiture.
Si les deux versions se contredisent, les faits corroborent la version des plaignants, selon le Ministère public. Sarah Weingart a précisé que les blessures de la grand-mère, qui a été bâillonnée et ligotée et qui a eu deux côtes cassées lors de l'enlèvement, sont compatibles avec ses déclarations. Un médecin légiste l'a constaté.
Pierre Aubert évoque des preuves
Garde : en mains des autorités tutélaires
La question de la garde des jumeaux, qui vivent à nouveau à La Chaux-de-Fonds avec les grands-parents et la mère, n'est pas de la compétence du Ministère public. Elle est examinée par les autorités tutélaires.
La mère possédait la garde des enfants en Espagne mais avec des restrictions de déplacements. Elle a jugé plus sûr de quitter le pays, alors qu'elle n'avait pas le droit de le faire. Un mandat d'arrêt international a été lancé contre elle, car elle a été accusée d'avoir kidnappé les jumeaux, qui avaient été retrouvés en juin à Boudry.
La mère a induit la justice en erreur, selon Frédéric Hainard
« La question doit être maintenant tranchée à la lumière des derniers événements », a déclaré Pierre Aubert. La procureure Sarah Weingart a précisé que l'Espagne avait fait un signalement mais n'avait pas déposé de demande d'extradition contre la mère. /ATS-ara









