La justice se penche sur l’overdose fatale d’une mineure

Un homme a comparu vendredi à Neuchâtel pour homicide et acte d’ordre sexuel avec des mineurs ...
La justice se penche sur l’overdose fatale d’une mineure

Un homme a comparu vendredi à Neuchâtel pour homicide et acte d’ordre sexuel avec des mineurs. La victime est décédée après une intoxication aiguë à la méthadone

C'est à l'Hôtel de Ville de Neuchâtel que s'est tenue l'audience vendredi matin (photo : archives). C'est à l'Hôtel de Ville de Neuchâtel que s'est tenue l'audience vendredi matin (photo : archives).

Atmosphère pesante vendredi matin au Tribunal criminel de Neuchâtel. Une maman dévastée qui réclame justice, un prévenu qui dit regretter et qui pleure durant l’audience, un tableau blanc qui empêche tout échange de regards entre la partie plaignante et la défense, le tout sous haute surveillance policière. Un homme de 46 ans comparaissait face à la justice après le décès, dû à une overdose, d’une jeune fille âgée entre 12 et 14 ans au moment des faits. Il est notamment prévenu d’homicide, d’acte d’ordre sexuel avec des mineurs, de pornographie, de remise à des enfants de substances pouvant mettre en danger leur santé ou encore d’infractions à la loi sur les stupéfiants.

Selon l’acte d’accusation, au moment du drame, l’accusé entretenait des relations sexuelles régulières et consenties avec la défunte depuis plus d’une année. Lors d’une soirée de septembre 2020, au domicile du prévenu qu’il partageait avec sa mère, le couple a consommé de l’alcool et différents stupéfiants, notamment du haschisch et de la méthadone. Cette dernière substance, prise en quantité importante, a causé la mort de la jeune fille au terme d’une lente agonie. L’homme, qui lui avait également avalé plusieurs Dormicum, a en effet constaté qu’elle respirait avec difficulté durant la matinée, a tenté de la réveiller, sans y parvenir, notamment en lui versant un verre d’eau au visage. Estimant qu’elle dormait profondément, il a quitté la maison pour aller faire des courses et c’est à son retour qu’il a constaté qu’elle ne respirait plus et qu’il a appelé les secours, mais c’était trop tard.

Le prévenu a tout d’abord expliqué qu’il ne savait pas qu’on lui avait remis de la méthadone et que s’il avait su, il n’en aurait pas pris ni donné. Il pensait davantage à un excitant sexuel, son fournisseur lui ayant dit « qu’il passerait une bonne soirée ». Il a également dit s’être inquiété de l’état de la fille, mais ne pensait pas que c’était si grave. « Je suis bête, j’aurais dû me rendre compte qu’elle était en danger ». Quant aux remords exprimés, ils ont été mis en doute par les juges notamment parce qu’il avait utilisé en prison une photo de la victime dénudée et décédée comme marque-page. L’expertise psychiatrique, elle, fait état d’un diagnostic de pédophilie et d’un syndrome de dépendance à des produits multiples.


Onze ans de prison requis par la procureure

Dans son réquisitoire, la procureure a parlé d’un cadre sordide et tragique. « Le prévenu a entraîné la mort ou n’a rien fait pour l’empêcher. Il peine à envisager la gravité de son comportement, un comportement malsain, mais ne le comprend pas. C’est un danger pour la société. Il admet les faits, mais les minimise ». Elle a ajouté que l’homme se comportait comme un « ado » et n’a que des mineurs dans son cercle d’amis. Il est d’ailleurs aussi accusé d’avoir commis des actes d’ordre sexuel au préjudice de deux jeunes autres filles mineures. La procureure a aussi relevé son lourd passé de toxicomane qui consomme de la drogue et des médicaments depuis l’âge de 13 ans. En l’absence de signes de prise de conscience et au vu du risque de récidive qualifié d’élevé par les experts, elle réclame que la prévention d’homicide soit retenue et demande onze ans de prison et des mesures thérapeutiques institutionnelles en milieu fermé.


Homicide par négligence pour la défense

L’avocate de la maman de la victime estime que la jeune fille est morte par la faute du prévenu. « Il a fourni la drogue, encouragé le mélange et s’est rendormi avant d’aller faire des courses alors qu’elle agonisait ». Un comportement qu’elle a qualifié de fautif et impardonnable. Il doit être condamné sévèrement et le dol éventuel doit être retenu. L’avocate demande également 50'000 francs pour tort moral.

De son côté, l’avocate du prévenu a commencé sa plaidoirie en expliquant que sa « lourde tâche » était « de faire comprendre l’incompréhensible ». Elle a étayé ses propos en mettant en perspective l’histoire de son client : son enfance difficile, le fait d’avoir été confronté aux abus sexuels dans son enfance, sa consommation importante et sa dépendance aux drogues très jeune ou encore son isolement social. Elle a parlé du prévenu « comme étant naïf, d’un individu qui manquait de réflexion et qui était accablé de regrets et de culpabilité ». Sur le soir en question, l’avocate a évoqué le cocktail de drogues et l’alcool qui avaient altéré sa perception de la situation. Son lourd passé de toxicomane ne lui aurait aussi pas permis de se rendre compte du danger de cette importante consommation de stupéfiants. La défense a plaidé pour que l’homicide par négligence soit retenu et que la peine n’excède pas les six ans et demi de réclusion.

Le verdict sera rendu le 30 juin. /jpp


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