Imbroglio sur fond d’arnaque pour un ex-député

Jean-Luc Pieren, ancien député au Grand Conseil neuchâtelois, a comparu lundi au Tribunal régional ...
Imbroglio sur fond d’arnaque pour un ex-député

Jean-Luc Pieren, ancien député au Grand Conseil neuchâtelois, a comparu lundi au Tribunal régional de La Chaux-de-Fonds. Il est suspecté d’avoir joué un rôle indirect dans une arnaque entre la Suisse et le Bénin

Jean-Luc Pieren plaide l'acquittement (photo : archives). Jean-Luc Pieren plaide l'acquittement (photo : archives).

Un ancien député au Grand Conseil neuchâtelois a comparu lundi matin devant le Tribunal de police au Tribunal régional des Montagnes et du Val-de-Ruz, à La Chaux-de-Fonds. Jean-Luc Pieren, ex-élu UDC et actuellement membre du Parti fédéraliste européen, a été entendu afin de faire la lumière sur son rôle dans une affaire de blanchiment d’argent. Il était prévenu d’avoir commis un acte propre à entraver l’action de la justice, au sujet de sommes d’argent dont il devait présumer qu’elles provenaient d’une activité criminelle.

Des difficultés financières

L’affaire a un côté exemplaire : elle peut servir de mise en garde contre les méthodes douteuses de certains réseaux criminels.

Les faits datent du mois de mai 2021. En proie à des difficultés financières, Jean-Luc Pieren a passé une petite annonce en ligne afin de trouver un emploi à même de lui permettre de compléter ses revenus issus de l’AVS. Dans ce cadre, il a été contacté par un individu qui se présentait comme un homme d’affaire étranger, en quête d’un employé capable de lui servir de relais sur le marché suisse. Leur collaboration a pris la forme de versements sur le compte postal du prévenu, qu’il était chargé de reverser au Bénin, via un guichet de transfert de fonds. En plus d’une commission, il lui aurait été promis un salaire régulier pour s’acquitter de ces transactions.

En neuf jours, Jean-Luc Pieren a reçu cinq versements, pour un montant total de près de 2'800 francs. Il en a transféré 1'700. Au terme de cette période, sa méfiance vis-à-vis de son employeur s’est éveillée. Craignant d’être impliqué dans des affaires frauduleuses, il a bloqué toute transaction et menacé de le dénoncer à la police s’il ne s’expliquait pas. Celui qui prétendait être un homme d’affaire aurait alors promis de le faire, une fois arrivé en Suisse.


Des jeux vidéo jamais livrés

Mais ça ne s’est jamais produit. Début 2022, donc environ huit mois plus tard, c’est la police qui a contacté Jean-Luc Pieren pour chercher à comprendre son rôle dans cette affaire. Entretemps, deux individus avaient porté plainte : ayant cherché à acheter des jeux vidéo en ligne, ceux-ci n’avaient jamais obtenu ce qu’ils avaient commandé, raison pour laquelle ils ont fini par actionner la justice. Ce sont leurs versements qui ont atterri sur le compte du prévenu, et qu’il a ensuite transféré en partie, sans en connaître l’origine.

Lors de l’audience, Jean-Luc Pieren, qui se représentait lui-même, a clamé sa bonne foi. Se dépeignant comme « une victime », au même titre que les plaignants, il a souligné qu’il avait coupé les ponts avec son commanditaire dès qu’il a flairé quelque chose de douteux. Il a également rappelé qu’il avait pleinement collaboré avec les forces de l’ordre. Il réclame l’acquittement.

Le ministère public requiert une peine de 20 jours-amende à 30 francs, avec sursis pendant deux ans, ainsi que le payement de la somme empochée et des frais de la cause. Le jugement sera rendu le lundi 23 mai.


Un dossier immobilier

Les difficultés financières de Jean-Luc Pieren sont liées à une autre affaire. Elle a commencé en 2012, lorsque celui-ci s’est vu refuser un permis de construire pour un projet de lotissement aux Hauts-Geneveys. Une décision qui s’est transformée en bataille juridique contre l’ancien conseiller communal de Val-de-Ruz Claude-Henri Schaller, reconnu coupable d’abus d’autorité en appel par la Cour pénale du tribunal cantonal neuchâtelois. C’était en septembre 2020. Aucun recours n’ayant été porté au Tribunal fédéral, la décision est entrée en force.

La CORESP, la commission cantonale de la responsabilité des collectivités publiques, doit à présent statuer sur le dédommagement de 1,9 million de francs réclamé par Jean-Luc Pieren, par l’entremise de son avocat. Ça pourrait être le cas ces prochaines semaines. L’ex-député a toujours l’espoir de mener à bien son projet immobilier. /jhi


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