Expo.02, vingt ans déjà

Vitrine ludique, inventive voire spectaculaire des réalités helvétiques, Expo.02 fut, il y ...
Expo.02, vingt ans déjà

Vitrine ludique, inventive voire spectaculaire des réalités helvétiques, Expo.02 fut, il y a vingt ans, une entreprise aussi ambitieuse que ruineuse. Un Suisse sur deux l'a explorée et la plupart ont aimé. Mais pour en arriver là, que de péripéties

L'exposition se tenait il y a vingt ans à Neuchâtel, Yverdon, Bienne et Morat (photo : archives)  L'exposition se tenait il y a vingt ans à Neuchâtel, Yverdon, Bienne et Morat (photo : archives)

 « Tout le monde a été dépassé par l'ampleur du projet », avait commenté à l'époque le directeur artistique Martin Heller, décédé en octobre dernier. Il disait là l’essentiel : étiquetée « gouffre à millions » des années avant son inauguration, Expo.02 n'a qu'en partie rempli ses objectifs.

Certes, cette sixième exposition nationale a surpris, provoqué et séduit en évitant en grande partie le patriotisme et le pittoresque helvétique. Elle a donné un coup de fouet à l'économie locale et un coup de jeune aux localités hôtes. Ses 4,2 millions de visiteurs se souviennent d'une formidable somme d'efforts, d'une architecture emballante et de la « magie de l'éphémère ».

Mais beaucoup aussi gardent en travers de la gorge les multiples cafouillages et la gabegie financière. Cet événement organisé tous les 25 ans environ a coûté 1,6 milliard de francs, dont plus de 900 millions de francs à charge de la Confédération (sept fois plus que prévu) et 85 millions payés par les villes et cantons.

Gestation laborieuse

L'idée d'une exposition nationale germe à la fin des années 1970. Des projets capotent, dont celui devant marquer les 700 ans de la Confédération en 1991.

Deux autres s'enlisent - au Tessin et à Genève - car le Conseil fédéral tranche : il la prévoit en 2001 sur quatre sites du Pays des Trois-Lacs. Un choix symboliquement fort car la région jouxte une frontière linguistique.

La jeune et inventive plasticienne saint-galloise Pipilotti Rist en accepte la direction artistique en 1997. Si les idées foisonnent, la gestion laisse à désirer. Les responsables manquent d'expérience et font preuve d'une attitude jugée parfois arrogante. A cela s'ajoute une période creuse pour l'économie. Difficile dès lors de trouver les 1,4 milliard de francs initialement prévus.

Le budget repose sur une utopie financière, celle d'un large soutien du secteur privé. Certes, la plupart des très grandes entreprises helvétiques acceptent de s'engager, mais les PME n'y contribuent pas dans la mesure espérée. Les promoteurs d'Expo.01 affichent néanmoins un optimisme de façade.

Exposition en danger

En 1998, des conflits attisent des rivalités entre les directions techniques, artistique et financière. C'est l'impasse. L'avenir de l'exposition est menacé. Pipilotti Rist quitte le navire. D'autres têtes tombent par la suite.

Nelly Wenger et Martin Heller reprennent le gouvernail début 1999 et corrigent maints défauts de cette entreprise. Au plus fort de la crise, en août, le Comité stratégique commande une expertise à l'industriel biennois Nicolas Hayek. Son rapport liste les faiblesses mais n'enterre pas le projet.

Automne 1999, moment décisif : le Conseil fédéral maintient la manifestation. Il accorde des fonds supplémentaires mais exige des mesures d'assainissement draconiennes et ajourne d'un an l'ouverture de ce qui se prononce dorénavant « Expo.02 ». Ce report dégrise de nombreux Suisses.

L'affaire est loin d'être terminée. Elle rebondit plusieurs fois aux Chambres fédérales, la survie du projet reposant désormais sur l'aval de crédits additionnels. Les débats sont durs, voire amers, mais le Parlement se résigne et approuve ces rallonges.

La presse se régale de cette saga politico-financière. Mais au fur et à mesure que l'Expo émerge sur les sites de Morat, Bienne, Neuchâtel, Yverdon-les-Bains et sur l'arteplage mobile du Jura, les médias accompagnent davantage l'événement.

Enjeu considérable

Quand Expo.02 ouvre au public le 15 mai 2002, ses responsables croisent les doigts : l'enjeu est considérable. Leur fête protéiforme de 159 jours est aussi une sorte de voyage durant lequel les Suisses vont à la rencontre d'eux-mêmes.

Bien que passés à la moulinette du compromis helvétique, les arteplages restent attractifs avec leur quarantaine d'expositions, leurs 13'500 animations, concerts et autres représentations. Mais les à-côtés sont très chers, tels les parkings officiels, les souvenirs ou les navettes Iris.

Au final, Expo.02 enregistre 10,3 millions d'entrées. Les visiteurs se déclarent en majorité très satisfaits même si certains ont été déconcertés par le pavillon de la Banque nationale suisse « Argent et valeur » à Bienne : une machine y transformait en confettis deux billets de 100 francs à la minute. Tout un symbole. /ats


 

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