L’homme a comparu jeudi devant la Cour pénale à Neuchâtel. Il avait été acquitté en première instance en 2020 pour des actes d’ordre sexuel sur des enfants. Les deux plaignants et le Ministère public ont fait recours
Nouveau procès pour un éducateur des Montagnes neuchâteloises. L’individu comparaissait jeudi en appel devant la Cour pénale à Neuchâtel. Il avait été acquitté en 2020 d’actes d’ordre sexuel sur des enfants et de pornographie dure. Deux résidents de la structure dans laquelle il travaillait à La Chaux-de-Fonds avaient déposé plainte pour des faits survenus entre 2012 et 2015. Le Tribunal de police avait alors remis en cause la crédibilité des plaignants et relevé le manque d’intention sexuelle dans les actes reprochés. Les deux adolescents et le Ministère public ont fait appel de cette décision.
Des actes équivoques à caractère sexuel
« Certains se sont dénudés, mais c’était leur choix », c’est avec cette phrase que le procureur a commencé sa plaidoirie, jugeant qu’elle résumait parfaitement le dossier. Le Ministère public a accusé le prévenu de se laver les mains des actes auxquels ont été confrontés les enfants dont il avait la charge : jeux avec gages impliquant de se déshabiller, fessées administrées sans pantalon ni sous-vêtements, attouchements sous le couvert d’une leçon d’hygiène, etc. D’après plusieurs témoignages, la nudité semblait être une constante dans la structure d’accueil qu’il dirigeait. Or le procureur a regretté l’absence de distance pédagogique et une certaine confusion des rôles : « il était éducateur, thérapeute et parfois un ami » pour les jeunes résidents. Une critique partagée par la partie plaignante qui a relevé également le rôle ambigu de l’accusé, lui qui « est devenu un père de substitution » pour ses enfants en difficulté. « Ses victimes perdaient leur esprit critique à cause de l’ambiguïté des relations que le prévenu imposait », a insisté l’un des avocats. Le procureur a concédé qu’une certaine promiscuité est incontournable dans ce type d’institution, « mais ce qui rend d’autant plus important de maintenir une distance ».
En outre, du matériel pornographique illégal a été retrouvé sur les ordinateurs de l’institution. Une partie de ce contenu était à caractère pédophile. Mais le prévenu ignore comment ces images ont été téléchargées. Il a insisté sur le libre accès des machines. Après tout, « le mot de passe pour les utiliser était affiché au mur ».
Récit peu crédible et fortement exagéré
La défense n’a pas mâché ses mots à l’encontre du Ministère public et des plaignants : « on nage entre vacuité et a priori ». Elle s’est insurgée des amalgames « toxiques », par exemple entre la nudité et la pédophilie. « Jouer n’est pas abuser », tout comme « punir n’est pas frapper ou torturer ». Elle a reproché aux appelants d’exagérer chaque mot et de déformer les propos de l’ancien éducateur. Comme si chaque comportement ou attitude avait eu une connotation sexuelle. Le même reproche a été fait au réquisitoire du Ministère public, qui « prend des éléments anodins pour les assembler et construire un élément délictuel ».
Les mandataires du prévenu se sont attelés à démonter la crédibilité des deux adolescents plaignants, dont un seul était présent durant l’audience. Les deux anciens résidents ont été décrits comme très indisciplinés et rétifs à l’autorité. L’un d’eux a été qualifié de « très instable », alors qu’il lui était reproché un récit des faits « grotesque et risible » s’étoffant progressivement. Pour la défense, l’affaire a été montée de toute pièce pour se venger de l’éducateur, jugé trop sévère et autoritaire.
Quant au contenu pornographique trouvé sur les ordinateurs, l’intimé a démontré sa sincérité en collaborant et en fournissant rapidement les accès à la police, a rappelé la défense.
Le Ministère public a requis une peine de douze mois de privation de liberté, avec un sursis de trois ans, et l’interdiction d’exercer une activité avec des mineurs pendant dix ans. Les avocats des plaignants ont demandé en sus une indemnité pour tort moral. L’un des mandataires a également suggéré d’étendre à 18 mois la peine de prison.
La défense a demandé, elle, la confirmation de l’acquittement.
Le verdict sera rendu dans une semaine. /dsa









