Gigantesque escroquerie ou grande naïveté

Un couple est accusé d’avoir escroqué une quarantaine de personnes pour un préjudice d’au moins ...
Gigantesque escroquerie ou grande naïveté

Un couple est accusé d’avoir escroqué une quarantaine de personnes pour un préjudice d’au moins 3,5 millions de francs. Le Ministère public a requis mardi deux ans et demi de prison dont six mois ferme devant le Tribunal criminel à La Chaux-de-Fonds

Le couple a réussi à se faire remettre plus de 3,5 millions de francs pour financer des projets qui ne se sont jamais concrétisés, comme l'exploitation d'une mine de diamants au Libéria. (Photo : libre de droits) Le couple a réussi à se faire remettre plus de 3,5 millions de francs pour financer des projets qui ne se sont jamais concrétisés, comme l'exploitation d'une mine de diamants au Libéria. (Photo : libre de droits)

Escrocs ou escroqués ? Le Tribunal criminel à La Chaux-de-Fonds devra trancher. Un couple est accusé d’escroquerie et d’abus de confiance pour un préjudice d’au moins 3,5 millions de francs. Une quarantaine de personnes ont été lésées, certaines ont retiré leur plainte. Les faits se sont déroulés entre 2009 et 2012.


Quatre projets, quatre échecs

Mardi, seul l’homme a comparu devant la Cour. Sa co-accusée ne s’est pas présentée pour raisons médicales. Le prévenu présent, un ancien agent immobilier en vue à l'époque des faits, dit s’être laissé embarquer, par naïveté, dans plusieurs projets proposés par sa co-accusée. Des projets qui n’ont jamais vu le jour. C’est l’homme qui cherchait les fonds. La femme amenait les projets.

Le prévenu s’est d'abord lancé dans une affaire de maisons écologiques dites révolutionnaires. Pour financer l’achat de la licence pour l’Europe, il a demandé des sommes astronomiques à plusieurs amis proches ou connaissances, pour certains des entrepreneurs en vue dans le haut du canton, mais aussi des personnalités connues. Le projet ne s’est jamais concrétisé.

Le duo s’est alors lancé dans l’achat d’une mine de diamants au Libéria. Là encore, le prévenu s’est approchés de son cercle d’amis ou de connaissances pour financer le projet. Nouvel échec.

Il y a ensuite eu la création d’une entreprise de vêtements de luxe au Mexique. Financé là aussi par l’argent de tiers. Encore un échec. Le dernier volet concerne des Bons au Trésor qui devaient valoir des centaines de milliers de francs. Au final, ils se sont avérés sans valeur, mis à part pour les collectionneurs.


Le prévenu dit s’être fait escroqué

Le prévenu admet les faits. Mais il a répété à plusieurs reprises qu’il avait cru jusqu’au dernier jour à ces projets et aux promesses de sa co-accusée. Raison pour laquelle il s’est approché d’amis pour financer ce qu’il pensait être de bonnes affaires. Le prévenu dit avoir été mis sous pression pour trouver encore et encore des fonds à investir, sans quoi il perdait tout. Il a aussi admis avoir acheté des diamants qu’il a fait passer pour des pierres extraites de sa mine au Libéria pour obtenir de nouveaux financements. Pour le reste, il dit ne pas avoir menti, croyant lui-même à la réussite de ses projets. Aujourd’hui, il ne comprend pas sa naïveté. Il se dit lui-même victime d’un réseau d’escrocs actifs sur le plan international et ne pas comprendre pourquoi « les vrais coupables ne se trouvent pas dans la salle » d’audience.

Pour son avocat, il n’y a eu ni escroquerie ni abus de confiance. Son client croyait dur comme fer à la rentabilité de ses projets. Il a d’ailleurs toujours manifesté sa volonté de rembourser ses dettes. L'avocat a demandé l’acquittement de son client et 50'000 francs de tort morale. Depuis cette histoire, il n'a plus jamais trouvé de travail. Il est aujourd'hui actif dans la société de sa compagne et gagne 3'500 francs par mois.

La défense de la prévenue demande le classement de l'affaire en ce qui concerne sa cliente. La femme, qui a une intelligence inférieure à la moyenne selon une expertise psychiatrique, n’avait pas les capacités intellectuelles pour escroquer qui que ce soit. De plus, elle était persuadée que les fonds provenaient uniquement de son acolyte d’affaire. Elle n’aurait pas été au courant des multiples emprunts. Par ailleurs, étant donné qu'elle ne connaissait pas les lésés, elle ne s'est pas non plus rendue coupable d'abus de confiance. 


Une affaire rocambolesque

Pour le Ministère public, le duo s’est bel et bien rendu coupable d’escroquerie et d’abus de confiance. Pour le procureur, les projets présentés au prévenu étaient tellement bancals qu’il ne pouvait pas ignorer qu’ils ne se réaliseraient jamais. Il n’y avait pas de comptabilité, pas de plan financier et l’outil de production était partiellement pensé. Le procureur a pris pour exemple la confection de vêtements de luxe: il n’y avait pas de couturiers parmi les employés. Et de poursuivre que le prévenu a accepté de faire courir le risque à ses amis de tout perdre. Le Ministère public a également relevé que près de 60% des fonds versés n’ont pas été investis dans les projets mentionnés mais ont servi à financer un train de vie luxueux. Et d'ajouter que l'accusé a usé de sa bonne réputation et de ses liens d’amitié pour soutirer de l’argent à ses victimes, constituant ainsi l’infraction d’abus de confiance. A sa décharge, et contrairement à la co-prévenue, l’homme a toujours eu l’intention de rembourser ses dettes.


Il « vendrait un frigo à un Esquimau» 

Une affirmation que l’avocat de la partie plaignante a balayée. Les faits se sont produits il y a dix ans et pour l’instant pas un seul centime n’a été remboursé. Les lésés se sont faits avoir par une homme qui avait la folie des grandeurs. Un homme qui « vendrait un frigo à un Esquimau ». Sur la quarantaine de victimes, certaines ont retiré leur plainte en espérant être remboursées, toujours selon l’avocat. D’autres « ne se sont pas annoncées car leurs fonds n’étaient pas nets ».

Le verdict sera rendu jeudi à 17 heures. /sma


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