Douze ans et demi requis pour tentative d’assassinat

Un homme a comparu vendredi devant le Tribunal criminel à La Chaux-de-Fonds. Il est accusé ...
Douze ans et demi requis pour tentative d’assassinat

Un homme a comparu vendredi devant le Tribunal criminel à La Chaux-de-Fonds. Il est accusé d’avoir battu son ex-compagne avec une batte de base-ball, la laissant entre la vie et la mort

Image d'illustration. Image d'illustration.

Des coups d’une violence inouïe devant le Tribunal criminel à La Chaux-de-Fonds. Un homme a comparu vendredi pour avoir frappé son ex-compagne avec une batte de base-ball, la laissant entre la vie et la mort. Les faits se sont déroulés dans la soirée du 2 mars 2018 au domicile de la victime à Fontaines.

Le procureur a requis une peine de douze ans et demi de prison pour tentative d’assassinat. La partie plaignante a suivi le Ministère public.

L’avocat de cet infirmier en psychiatrie de 62 ans a lui demandé à la Cour de retenir la prévention de lésions corporelles graves. Il a plaidé pour une peine de 36 mois de prison, dont 18 avec sursis. Il met en doute le fait que son client ait frappé son ex avec la batte de base-ball.


Des coups d'une grande violence

Selon l’acte d’accusation, les coups portés ont été tellement violents que la batte de base-ball s’est cassée. La victime s’est retrouvée entre la vie et la mort alors que son ex-conjoint prenait la fuite. Des voisins ayant entendu la plaignante hurler de douleur ont appelé les secours. La femme, âgée de 40 ans au moment des faits, s’en est sortie avec de multiples fractures, quatre jours de coma et des séquelles à vie. Lors de son audition, elle a expliqué que ce soir-là, son ancien conjoint était « venu pour la liquider ».

Cette tragique affaire s’est tenue sur fond de la garde de leur enfant de quatre ans au moment des faits. Le père en voulait la garde exclusive, selon l'acte d'accusation, ce à quoi la mère s’opposait. Elle a en revanche répété que, pour elle, il était important que son fils garde des liens avec son papa. C'est la raison pour laquelle le droit de garde était assez large, même si elle craignait à chaque fois que le prévenu ne lui ramène pas son enfant.


Le prévenu ne se souvient pas

Lors de son audition, le prévenu était capable de raconter en détail ce qu’il s’était passé avant et après ce qu’il qualifie de « conflit physique ». Il ne se souvient en revanche pas du passage à l’acte. Mais il a précisé à de multiples reprises qu’il n’avait jamais eu l’intention de faire de mal à son ex. Et, précise-t-il, lui aussi a été blessé… à l’épaule.

Cet infirmier en psychiatrie admet en revanche que le soir des faits, il est venu du canton de Fribourg pour simuler un cambriolage au domicile de son ex, qui était absente. Il voulait lui faire peur. Il est resté plus de deux heures dans l’appartement. Il avait depuis quelques temps également équipé la voiture de son ancienne compagne d’un traqueur. Il a expliqué qu’il l’avait fait pour toujours savoir où se trouvait l’enfant car il été inquiet pour lui. On ne sait pas trop ce que l’accusé reprochait à la mère. Il a laissé sous-entendre, sans le dire clairement, que son fils aurait pu être victime de maltraitance. Il avait constaté sur lui des bleus inexpliqués. Le soir des faits, il voulait juste faire peur à son ex et, par la même occasion, la convaincre de lui laisser leur fils pendant quelques temps afin qu’il soit en sécurité.


Des séquelles à vie

La plaignante ne se souvient pas non plus des faits de cette soirée du 2 mars 2018 mais elle en est certaine : le prévenu est venu pour la liquider. Il savait qu’il n’obtiendrait pas la garde exclusive de leur enfant lors d’une réunion prévue quelques jours plus tard à l’Office de la Protection de l’enfant et de l’adulte.

A la question de savoir comment la victime va aujourd’hui, elle répond: « Je suis en phase de reconstruction. Le travail, je peux oublier (elle était économiste.) Ma vie se résume à des thérapies. Je peux oublier ma vie d’avant. Je dois tout réapprendre. (…) J’apprends à refaire du vélo et du ski en même temps que mon fils. » Elle a aussi expliqué que son enfant de six ans voulait l’accompagner ce vendredi à l’audience… pour la protéger…


Le Ministère public a requis douze ans et demi de prison

Le parquet a relevé la minutie dont le prévenu avait fait preuve pour mettre sur pied son plan: « Un plan macabre et sinistre. L’acte était préparé, planifié, prémédité pour aboutir à ce piège mortel. » Après être entré par effraction, il a attendu sa victime pendant plus de deux heures. Il aurait pu renoncer mais il ne l’a pas fait. Pour que son ex n’ait aucune chance, il a dévissé les ampoules afin de plonger l’appartement dans le noir. Il s’est ensuite acharné sur sa victime. Frappant dans des zones susceptibles de provoquer la mort, à savoir le visage et le thorax. Il a ensuite quitté les lieux, laissant « la victime en bouillie. Elle baigne dans son sang et fait des spasmes. » Pour minimiser son geste, il est allé jusqu'à dire que la victime l'avait attaqué.

Pour le procureur, l’homme n’a aucune circonstance atténuante. Son mobile est odieux: il a agi de la sorte car son ex-compagne lui tenait tête, notamment en ce qui concernait l’éducation de leur enfant. Le Ministère public a aussi cité l'expertise psychiatrique qui définit le prévenu comme une personnes narcissique, ayant une surestime de lui et n'aimant pas qu'on le contredise.

Même analyse du côté de l’avocate de la partie plaignante qui a parlé de féminicide. Elle est revenue sur la relation des deux anciens amants, durant laquelle sa cliente était sous emprise, dénigrée et manipulée. L'accusé a tenté de réduire sa cliente à une chose, sa chose. Une manière de faire qu’il aurait déjà utilisée avec ses deux premières femmes.


La défense nie la tentative d’assassinat

Pour l’avocat de la défense, son client n’est pas l’être méchant et monstrueux que le Ministère public et la partie plaignante ont décrit. C’est un père soucieux de faire au mieux pour ses enfants.

L’avocat du prévenu a répété à plusieurs reprises que son client ne contestait pas que les faits reprochés étaient graves mais il a rejeté la qualification de tentative d’assassinat et de tentative de meurtre, car l'accusé n’avait pas l’intention de tuer son ex-compagne. Il estime par ailleurs, en se référant à un rapport, que son client n’a pas frappé la victime avec une batte de base-ball : les traces de projections de sang le montrent. Pour la défense, les deux anciens amants se sont bagarrés et la plaignante s’est cognée contre les murs.

Le prévenu a exprimé des regrets en toute fin d’audience. Le verdict sera rendu le 12 mars. /sma


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